A quoi sert un éditeur ? Une petite aventure des Chants de Loss, le jeu de rôle

À quoi sert un éditeur en général et en particulier un éditeur de jeux de rôle ? Bon, ben déjà, c’est lui qui a les sous, que vous n’avez pas, pour lancer une production professionnelle de votre produit. Même en considérant l’apport financier direct que représente une campagne de financement participatif, il faut, bien avant de lancer cette campagne, des investissements importants pour créer et promouvoir le produit. Il faut des sous. Et pas qu’un peu. Et pas que cela…

Non, parce que vous ne savez peut-être pas, mais on paye les illustrateurs, les maquettistes, les graphistes, les relecteurs, les correcteurs, les traducteurs si besoin. Mais on paye aussi les chargés de communication, les responsables de gestion communautaire, les comptables, les secrétaires, les coordinateurs, etc. Et tous ces gens ne vont pas attendre que soit lancée la campagne de financement participatif et qu’enfin, les caisses soient pleines pour les rémunérer. Ho, on peut trouver des gens qui font une partie de ce métier bénévolement. Mais à un moment ou à un autre, par honnêteté autant que par souci d’efficacité, ces gens, on les paye, on les salarie, on fait wathever qui les arrange pour rétribuer leur travail.

Donc, l’argent, c’est important ; vital même. Et le créatif lambda, de l’argent, il est TRÈS rare qu’il en ait autant. Mais l’argent, ça n’est qu’une petite partie du problème et qu’une part du rôle de l’éditeur.

Ensuite vient tout le reste, apporté par l’éditeur. Déjà, lui, il a sa propre équipe éditoriale complète ; elle est formée, expérimentée et sait quoi faire et comment avec une expérience du domaine que le créatif n’arrivera jamais à réunir de manière aussi efficace, parce qu’une équipe, ça fonctionne en équipe, id est : ça se rode. Quand on réunit des gens ensemble pour un job, la première fois, on est assuré de se taper tous les ennuis du rodage. Si on n’a pas l’expérience de la direction d’équipe, ces ennuis deviennent des gouffres catastrophiques parfaitement aptes à faire foirer un projet, ou du moins le ralentir considérablement. Cette équipe, c’est elle qui va aider les créatifs, travailler avec eux et s’assurer du contrôle qualité en amont. Ça peut être juste un coordinateur ou un chef de projet avec un comptable, ça peut être une équipe créative complète qui assure tout le boulot visuel et une partie du boulot rédactionnel.

Mais l’éditeur, il a aussi son réseau : il connait le marché des imprimeurs et de leurs offres, il a son propre distributeur attitré, voir son réseau de distribution complet, il connait les plateformes de vente, sait avec qui négocier. Il a les mêmes connaissances pour les techniques et supports de transport et de détail. Bref, une fois que le produit est fini, il sait comment l’acheminer aux clients, aux détaillants et il saut exactement combien ça va coûter en fonction du produit, et comment on peut économiser.

Ensuite, l’éditeur, il a son carnet de compétences : il sait comment trouver des illustrateurs, des graphistes, des maquettistes. Il faut un correcteur ou un traducteur ? Il a ça sous la main. Il faut recruter un community manager senior ? Il sait où demander et comment l’intégrer dans une équipe. Notre graphiste s’est cassé le poignet ? Il en trouve un autre en urgence qui pourra prendre le relais pour le temps nécessaire. Bien sûr, un créatif peut avoir ce genre de contacts et de réseaux. Mais c’est rare. Aussi rare que, pour un créatif, les moyens de payer ces gens et les recruter efficacement.

Enfin, l’éditeur a en charge de décider, vérifier et valider la qualité finale du produit : parce que c’est « facile » d’écrire, dessiner et mettre en page, mais ensuite, il faut vérifier que ce soit propre, de qualité, sans erreurs (ou pas trop) et ensuite il faut imprimer et packager. Il est très facile de se retrouver avec une erreur sur la colorimétrie des fichiers d’impression et si on n’est pas vigilants et professionnels, de ne pas la voir. Il est facile de se retrouver avec des produits qui ont été mal montés et sans vérifier le tout à la sortie de production, on peut très bien envoyer des foutraques aux clients. Et puis, c’est à ce stade qu’on peut se demander : ok, alors tel quel, on en est à cette qualité-là, est-ce qu’on peut investir un brin pour la relever un peu et avoir une meilleure qualité, qui augmentera les ventes en aval, sans trop se faire mal au portefeuille, en amont ?

Voilà à quoi sert un éditeur, sur le papier. Et dans les faits, un éditeur qui n’assure pas ce travail, il n’y en a pas beaucoup et ces derniers ne durent pas longtemps. Je ne vais pas aborder les éditeurs à compte d’auteur, sauf pour les vouer aux gémonies histoire de dire ce que je pense d’eux. Mon propos s’adresse ici à décrire l’éditeur à compte éditorial : le gars qui prend le risque de sortir votre œuvre et vous assister pendant toute sa création, la distribuer, et prendre un risque (plus ou moins grand) de se vautrer et de perdre toute ou partie de ce qui a été investi si jamais il a finalement mal fait son boulot.

Pour Les Chants de Loss, le jeu de rôle, notre éditeur, c’est Open Sesame Games, qui était à l’origine la section JDR de Matagot. Il s’avère qu’on s’est retrouvés mêlés indirectement à la séparation des patrons de Matagot et la création d’une autre structure, alors que nous étions en plein travail éditorial. J’ai beaucoup râlé sur notre éditeur et je n’ai pas été la seule : on ne compte plus les retards, les problèmes de communication, etc. Mais notre éditeur a non seulement fait son job, mais il l’a fait avec une seule idée en tête : privilégier la meilleure qualité finale et s’assurer que malgré les aléas très chiants de cette aventure parfois pénible (j’en ai fait des crises de nerfs, si si !!), le produit parviendrait à dépasser les attentes de nos clients. Une manière comme une autre, honorable, de se rattraper sur les retards.

Et purée, vu les retours de nos clients, le but visé a été réussi au-delà de nos propres attentes ! Bien entendu, ce n’est pas parfait (coquilles !!), mais… quel plaisir de voir l’enthousiasme de notre communauté à recevoir leur boite de jeu et s’exclamer de plaisir et de joie à en voir la qualité, la beauté, la richesse ! Nous avons reçu nos propres exemplaires, il y a peu : on savait à quoi s’attendre, mais malgré cela, on a été époustouflées… pour le prix des boites collectors, finalement raisonnable, c’est un foisonnement de contenus et de luxe qui a été assuré haut la main. Quand on a vu cela, on n’a eu aucun doute que notre éditeur a, non seulement fait son travail, mais il l’a fait en dépassant largement nos propres attentes, pourtant exigeantes.

Et tout cela a un prix : le prix d’un risque éditorial, d’un investissement qui peut s’avérer un échec, même en plaçant la barre si haut et en réussissant à y parvenir. Pour les Chants de Loss, le jeu de rôle, nous savons, désormais, que ses premières ventes sont un succès remarquable, inattendu, même. Le coup de voir les plateformes de vente en rupture de stock à peine achalandées, cela présage de ventes futures conséquentes ; et c’est aussi important pour nous que pour notre éditeur. Je tiens à le remercier ici et le saluer chapeau bas ; il mérite cet hommage.

Voilà, en gros, ce qu’est un éditeur et ça marche aussi bien pour du JDR, que de la bédé, des romans, des jeux de plateau. Et non, c’est pas juste le gars qui a du fric…

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