Qui m’a inspiré au long de ma (petite) carrière d’illustratrice, part 1 sur 2

On ne dessine pas, on ne peint pas, on ne progresse pas sans inspirations dont on prend modèle. En fait, une grande partie de nos goûts eux-mêmes ne se forgent pas par des choix, mais par les hasards de ce qui nous influence. Hé non, vous n’avez pas choisi d’aimer ceci plutôt que cela. C’est l’influence d’éléments culturel au long de votre développement cognitif, puis à l’âge adulte en fonction de votre plasticité cérébrale et de vos expériences socio-culturelles qui affecte vos préférences, vos penchants, vos inspirations. Vos choix propres ne sont que le reflet de ces influences. Hé non, encore… on n’est jamais libres. Suffit d’avoir fait un peu de pub pour le savoir et le comprendre très vite !

Avant toute chose et c’est un élément à retenir, si j’ai choisi et commencé de faire de l’art ma vie professionnelle alors que je n’avais que 15 ans, la vie, justement, n’a pas exactement été enthousiaste avec le fait que je poursuive cette idée. Je n’ai donc fait de l’art et de l’illustration que pendant une grosse dizaine d’année (et encore…) sur les 30 ans entre cette décision et le moment où je tape ces lignes. Le reste du temps, j’ai pratiqué toute sortes de métiers et effectué toutes sortes de formations. J’en retiens surtout la pub, la communication visuelle, le travail social et la direction artistique. Bref…. Tout ça pour dire que y’a des trous béants dans ma propre culture et mes inspirations d’artiste. Et puis je commence à avoir le syndrome de la vieille conne sans télé dans sa caverne : c’est-à-dire que par exemple, le plus souvent si on me parle de trucs animés qui passent à la télé ou des derniers mangas ou comics à la mode… je suis paumée et j’en ai même jamais entendu parler !

Mais donc… Ouais donc j’ai commencé à 15 ans et mes premières inspirations à dessiner entre 15 et 20 ans ont commencé avec six auteurs d’un côté… et Récré A2 de l’autre et les émissions de dessins animés pour enfants qui se lâchaient sur les animés japonais. Parce que Albator. Parce que Chevaliers du Zodiaque. Parce que Les Merveilleuses Cités d’Or. Parce que Ulysse 31, ou encore Cobra ou Il était une fois l’Espace. Vous noterez très vite que j’ai aucunes inspirations classiques en art. Ce n’est pas vrai car je voue une admiration sans borne à Magritte, Dürer, Dali, Mucha et Rembrandt ; mais ce n’est pas de là que j’ai pris des modèles au départ.

Et puis, après le passage où, gamine, je cherchais qui « copier » pour gribouiller et comment faire des choses toute seule, j’ai commencé à acheter des artbooks, des bédés et des mangas non pour les lire, mais les étudier tandis que je prenais des cours pénibles d’anatomie artistique avec un de mes ainés et génie du dessin classique à l’époque, Michel-Ange Poggi (oui, son prénom l’a inspiré).

Le premier de ces auteurs c’était Seron, dessinateur des Petits Hommes. Parce que SF. Parce que style très franco-belge et pas mal influencé par Franquin. Parce que méchadesigns à tous les étages. Et parce que SF : je l’ai déjà dit mais vous allez réaliser que c’est un peu un leitmotiv pour moi. Sauf que quand on t’apprend le dessin réaliste et l’anatomie artistique, Seron est un modèle un peu limité. Ça n’a donc pas duré, mais ça m’a quand même beaucoup influencée dès le départ.

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Et juste après, il y a Roger Leloup et les Yoko Tsuno. Haaa, les aventures spatiales avec les vinéens. J’ai toujours dit que si Roger Leloup avait eu un vrai bon scénariste qui le suive dans ses idées, ce serait une des plus grandes séries de bédé de tous les temps. C’est son point faible. Mais moi, c’était encore une fois en premier lieu dans le méchadesign contemporain et de SF que je cherchais mes inspirations, mais aussi dans les énormes évolutions du dessin de l’auteur que je nourrissais ma propre motivation. Et puis… la quasi première série de bédé féministe mettant en scène un personnage fort jamais caricaturé ! Forcément que je ne pouvais que l’aimer !

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Ensuite vient Rahan, dessiné par André Chéret. Parce que mouvements ! Parce que encrages magnifiques ! Parce que anatomie maitrisée ! Parce que cadrages qui pètent ! Rahan, c’est le dessin d’un français qui rencontre le pulp  et le comics américain des années 70 et qui décide de tout exploser pour en extraire sa propre patte unique. Des années plus tard, André Chéret est devenu mon « papa » en dessin…On s’est écrit plusieurs fois, il m’a donné des conseils uniques, j’ai pu le rencontrer et son travail m’a servi de norme de ma propre qualité. Sans cette rencontre, j’aurais jamais jeté tout ce que j’ai fait en dessin pour tout recommencer et réapprendre à dessiner, avec un enthousiasme et un acharnement que vous constatez encore.

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Au passage, j’ai lu Les Passagers du Vent de Bourgeon. Et ça a laissé des traces, surtout dans ma façon de penser ce qu’est le récit. Déjà parce que c’est la première fois que des cases de bédé me filaient la nausée et un vrai mal-être, c’est-à-dire une puissante transmission d’émotion, mais aussi parce que c’est la première bédé adulte avec un sujet de fond aussi grave que je lisais. Elle m’a amplement faire remonter mon niveau de recherche et de considération de la bande dessinée.

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Et c’est là, à peu près vers mes 18 ans, qu’arrive le manga en librairie. Et que je peux lire et étudier deux monstres qui vont me marquer à jamais : Katsuhiro Ōtomo et Masamune Shirow. Je n’ai quasi eu aucun intérêt, à part poli, pour tout le reste de l’époque ! Il faudra attendre que j’ai 21-22 ans pour prendre ma seconde claque nipponne. La première vient de ces deux-là.

La baffe n’a pas tellement duré avec Otomo. Il a un style tel que, sauf de l’admiration et la prise de conscience que ce gars avait tout un studio derrière lui pour travailler les décors, les mises en scènes, les encrages de ces planches, je n’en ai pas extrait grand-chose si ce n’est la découverte, avec respect, considération et intérêt, qu’au Pays du Soleil Levant y’avait des monstres de la bédé faisant bien autre chose que des aventures pour gosses et adolescents pas toujours bien dessinées. D’otomo, j’ai d’ailleurs été bien plus frappée par Rêves d’Enfants que par Akira. Si vous ne connaissez pas, foncez !

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Par contre Masamune Shirow….

J’ai des posters de ses œuvres dont un dans mon bureau, juste pour me rappeler que j’arrive doucement à faire ce que je considère de « même qualité » que son travail. J’ai tous ses artbooks (oui, même ceux de cul), pratiquement tous ses albums. Pourquoi lui, pourquoi à ce point ? Pour Appleseed. Et, non, pas pour Ghost In The Shell, dont je préfère largement le magnifique et unique film d’animation de Mamoru Oshii (qui n’a pas pris une ride depuis 1995). Une sorte de claque scénaristique gigantesque, aussi violente que la baffe que je prenais en architecture, mechadesign, composition, mouvement et rythme visuel. Etrangement, je n’ai plus ouvert ses artbooks et ses bédés depuis 3-4 ans. Je pense que mes références ont grandement changées. Mon admiration et mon respect, eux, restent intacts. Et quand j’ai envie de rebosser du méchadesign, il reste toujours une inspiration énorme.

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J’ai donc 20 ans, on est en 1991, je me suis pris des claques visuelles remarquables. Mais c’est loin d’être fini. Je n’ai pas encore entendu parler de Miyazaki et je n’ai encore jamais croisé le travail de Moore et Gibbons pour Watchmen. Ça va changer et ça va me frapper encore plus fort et pour longtemps.

Ce sera pour l’article suivant, qui arrive ce soir  !

2 pensées sur “Qui m’a inspiré au long de ma (petite) carrière d’illustratrice, part 1 sur 2

  • 19 novembre 2016 à 14 h 19 min
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    C’est marrant, mais le principal reproche que j’ai à faire à Leloup – mis à part son absence de sens de l’humour – c’est le côté statique de son dessin.

    C’est un illustrateur exceptionnel – il a commencé au studio Hergé à faire ce que l’on n’appelait pas encore du mecha-design (c’est lui qui a dessiné le jet de Carreidas dans « Vol 714 pour Sidney ») – mais je trouve que ses personnages en BD manquent de mouvement, voire de profondeur dans les mauvais jours.

    • 19 novembre 2016 à 14 h 24 min
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      Ha c’est très clair que c’est pas du tout ce qui a pu m’inspirer chez lui… Pour ça, j’aurais plutôt Rahan et Shirow ^^

Commentaires fermés.

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