Un an plus tard, les féministes n’ont pas tué le jeu de rôle

Par contre, elles ont, depuis, pas mal lattés les coucouilles râlistes. Ho, ils sont toujours là, hein… on les a pas tué, eux, et on ne les a pas non plus fait disparaitre, ils ont juste fini par s’enterrer dans leurs antres numériques, ressortant de temps en temps telle une horde de trolls fâchés pour hululer sur la dernière initiative associative ou éditoriale qui détruira le jeu de rôle et ne laissera qu’un monde ravagé et des ossements partout…

Les coucouilles nous ont promis ça :

On a eu ça :

Bon résumé… un an après l’article de Slate, qu’en reste-il ?

Pas mal de bonnes choses pour le monde du jeu de rôle du point de vue militant, associatif et éditorial et, pour moi, seulement quelques épisodes de harcèlement en ligne, de calomnie et d’injures diverses qui n’ont jamais pu sortir du cercle des coucouilles-râlistes-virilistes-incels-réacs-homophobes-transphobes (ne cherchez pas la mention inutile, y’en a pas), à quelques péquins près.

Le jeu de rôle se porte toujours bien, il se porte même mieux, devenu un phénomène de société au delà d’un effet de mode et l’article de Slate n’aura été qu’une tempête dans leur verre d’eau. Alors, un bilan ?

 

L’article en question, c’est ça, sorti il y a un an :

http://www.slate.fr/story/173913/sexisme-jeu-de-role-scenario-viol-joueuses?fbclid=IwAR2CmUqBF9azWSD3qpFviL5PbCD37tYSXB5Fr9ijgFENxLQIGSlvZgoKe3o

 

Aldo Pappacoda s’est chargé de faire ce bilan, et résumer un peu l’histoire. Avec son accord et sa bénédiction, et parce que je trouve qu’il l’a fait mieux que j’aurais pu le faire, voici donc son résumé :

Aujourd’hui, c’est la journée internationale des droits de la femme.

Je ne vais pas vous parler de féminicides, de disparités salariales, de mutilations de jeunes filles, du haro médiatique sur les femmes qui osent accuser des « notables » de viol, de « la bonne longueur de la jupe » ou de mariages forcés. Parce que des occasions d’en parler, malheureusement, on va pas en manquer, jusqu’au prochain 8 mars.

On va, longuement, revenir au petit monde des rôlistes, et ressortir un article paru sur le site Slate, il y a un an environ (le 28 février 2019 précisément). Dans cet article, plusieurs femmes de notre milieu ont raconté des anecdotes sur le sexisme qu’elles ont pu vivre, en tant que rôlistes. A plusieurs reprises, plusieurs intervenantes citées dans l’article ont bien rappelé que ce genre de phénomènes *n’était pas majoritaire*, et que de leur point de vue, en tant que femmes soumises à diverses formes de sexisme, notre milieu n’était pas plus ou moins sexiste que le reste de la société.

Donc, pour faire court : il y a du sexisme dans le milieu du jdr, comme partout dans le reste de la société. Ca ne concerne pas la majorité des pratiquants, mais ça ne rend pas les expériences vécues par les concernées moins pénibles, et elles s’en passeraient bien, comme d’ailleurs du sexisme dans le reste de leur vie.

Sauf que voilà, une fois de plus, ce genre de propos ne convient pas à tout le monde, hein. Cette surprise…

Et donc, on a eu droit à l’époque au florilège suivant :
– elles exagèrent
– non, mais moi, j’ai jamais vu ça et ça fait vingt ans que je joue
– encore des greluches qui veulent attirer l’attention
– non, mais il y a des gens, certains jeux sont pas faits pour eux, voilà.
– moi, quelqu’un qui chouine, je le dégage de ma table
– on a pas besoin de parler de ça, ça va ternir l’image du jdr, et rappelez-vous dans les années 90, tout le mal que nous a fait Mireille Dumas.
– je suis une femme, j’ai jamais vécu ça, elles racontent n’importe quoi
– c’est encore les mêmes hystériques avec leurs potes social justice warriors qui veulent nous forcer à utiliser la X-card et à jouer à des jeux gay-friendly. On se laissera pas faire par ces racailles politiquement correctes.
– elles ont qu’à jouer entre filles et nous foutre la paix
– voilà, ces connasses vont tuer le jeu de rôle.
– alors, elles ont pas tort, mais moi, je l’aurai pas dit comme ça. Et puis, Slate, c’est un torchon sensationnaliste, de toute manière.

Et pendant plusieurs semaines, sur certains fils d’actualité facebook, autant vous dire que ça a été la guerre tous azimuts.
Un an plus tard, déjà, on peut affirmer que le jeu de rôle n’est pas mort. Et que, contrairement à certaines accusations très personnelles lancées contre plusieurs de ces femmes, elles n’ont pas provoqué la ruée d’une nouvelle inquisition médiatique sur notre loisir, pour le réduire en cendres.

Ces propos catastrophistes mis de côté, on peut constater quoi ? Que dans notre milieu, comme ailleurs, il y a toujours un noyau dur pour dire que les gonzesses, ben elles feraient mieux de se taire parce qu’on en a marre qu’elles nous empêchent de jouir de notre soleil, là-haut, sur nos colonnes de marbre blanc de ceux qui se la coulent douce, loin au dessus des réalités qui leur déplaisent.

Et, pour ces gens là, évidemment, ceux qui ont pris partie pour ces femmes, ce sont forcément au choix :
– des ratés qui espèrent pécho en faisant semblant d’être féministes
– des gens qui espèrent faire du buzz et avoir leur minute de gloire (quand on connait l’étendue de la communauté rôliste, franchement, on peut se faire sa minute de gloire sur youtube beaucoup plus facilement en postant une vidéo de chat rigolote filmée chez soi, mais passons…).
– des imbéciles qui jouent avec le feu, et qui vont provoquer la fin du jdr, voire pire encore.
– des fourbes qui ne sont pas de vrais rôlistes, mais des manipulateurs utilisant le jdr pour avancer leurs idées sournoises (à base d’arc-en-ciel, de cartes X et de bisounours, si j’ai bien compris).
– ah, et des puritains, aussi. J’oubliai, ces affreux puritains « politiquement corrects » qui voudraient nous faire jouer de manière dictatoriale, aseptisée. Des fois qu’ils parviennent à leurs fins, on aura bientôt dans chaque jdr vendu une puce enregistreuse, qui te dénoncera au Politburo, si jamais tu mets du nichon, ou des gros mots dans une partie.

Un an après, donc, dans la francophonie du jeu de rôle :
– le jdr est toujours là
– les gens continuent à jouer comme ils le veulent
– les gens continuent à ne pas acheter les jeux qui ne leur plaisent pas
– il n’y a toujours pas de puce enregistreuse

Quels sont les changements qu’on a pu observer, du coup ?

Quels changements qu’on pourrait considérer comme allant dans le même sens que le dit article, ou *peut-être* inspirés par lui et les engueulades qui s’en sont suivies.

Et bien, c’est assez simple :
– certaines conventions ont proposé l’utilisation d’outils comme la X-card aux tables de jdr qu’elles organisent. Juste pour mémoire, les conventions sont des manifestations organisées par des particuliers, ou des associations. Elles sont libres d’écrire le règlement intérieur qui leur plait. Une convention a tout a fait le droit de vous demander de venir en cravate, si elle le souhaite. Même une cravate à paillettes. Ou rose. C’est un peu comme ces gens qui disent « non, mais si ça leur plait pas, les greluches, elles dégagent de ma table ». Ben une convention, c’est pareil : si ça vous plait pas, ne venez pas, hein. Et vous pouvez même le dire sur les réseaux sociaux, et le dénoncer. Vous pouvez même organiser votre propre convention qui vous plait à vous et dire à ceux auxquels ça plait pas qu’ils ont le droit d’aller voir ailleurs. Personne ne va venir à trois heures du matin chez vous pour vous casser la gueule, tuer votre chat, ou crever les pneus de votre voiture. Personne.

– certains éditeurs francophones ont publiquement exprimé leur soutien à toutes les initiatives qui visent à réduire le sexisme, sous toutes ses formes. Certains sont même allés jusqu’à reprendre les choix d’éditeurs anglophones, qui utilisaient par exemple le féminin pour parler du meneur de jeu. Et donc, on a vu par exemple un jeu américain – Runequest – traduit en français utiliser le terme « meneuse ». Et non, une meneuse, ça n’est PAS une meneuse de revue, les gars. Si on dit meneuse DE REVUE, c’est bien pour préciser qu’une femme, ça peut mener autre chose… je sais, ça a du en surprendre quelques-uns, mais c’est une réalité. Respirez un coup, ça va passer. Et si, accessoirement, ça vous dérange qu’à votre table les copains vous appellent « la meneuse », ben vous pouvez très bien le leur dire. Soit ce sont des copains un peu respectueux de votre amitié et qui ne veulent pas vous blesser parce que vous le vivez mal, et ça vous fera tous rigoler avant de passer à autre chose (et à continuer à ne pas utiliser « meneuse » entre vous si vous voulez, mais oui… personne ne viendra vous sermonner, les gars… sérieux.) soit ce sont des connards, et bon, c’est à vous de voir si vous voulez continuer à jouer avec des connards. C’est vrai que c’est jamais drôle d’être victime de blagues un peu grasses et sexistes, en tant qu’homme, hein. Un peu comme quand on est femme, d’ailleurs, pour ceux qui n’auraient pas remarqué. Mais elles, elles doivent le mériter, je suppose…
– un certain nombre de clubs et d’assos, ainsi que plusieurs dizaines de rôlistes et artistes du milieu ont signé un « manifeste des paladins chatoyants« , affirmant leur position pour plus d’inclusivité et surtout plus de respect dans notre milieu, et reprenant à leur compte cette désignation méprisante de « paladins chatoyants », chère au dernier carré des vrais rôlistes qui sentent bon la testostérone et la poussière des siècles passés.

Voilà, donc, un an plus tard, à peu près tous les dégâts causés par les hordes féminazies qui, grâce à Slate, allaient tuer le jeu de rôle, déclencher une nouvelle vague de descentes médiatiques, et obliger les derniers vrais rôlistes à se planquer dans une cave pour pouvoir continuer à faire ce qu’ils veulent. A l’abri des méchants Social Justice Warriors qui se prennent pour l’Inquisition espagnole. Et des filles.

Ah, tiens. Et les filles, là-dedans, au fait ?
Ben comme à chaque fois, « on » a décidé de balancer leurs propos à la poubelle. Parce que… bon, voir plus haut.
Et donc… elles vont devoir encore ouvrir leur gueule.
Et donc… on va revoir les mêmes gars ressortir les mêmes trucs crypto-paranoïdes parce que ça les dérangera.
Encore.

C’est à peu près tout ce qu’ils feront pour « défendre le jeu de rôle », ou le promouvoir, ou y faire venir du monde.

C’est-à-dire rien.

Aldo Pappacoda

 

 

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