{"id":594,"date":"2012-04-04T19:56:09","date_gmt":"2012-04-04T17:56:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.psychee.org\/blog\/?page_id=594"},"modified":"2012-04-04T20:10:08","modified_gmt":"2012-04-04T18:10:08","slug":"recits-karol-ka-univers-de-super-heros","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.psychee.org\/blog\/the-rpg-matos\/recits-karol-ka-univers-de-super-heros\/","title":{"rendered":"R\u00e9cits: Karol Ka -univers de super-h\u00e9ros"},"content":{"rendered":"<h1>1-<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La balle traversa la paroi du derme avec une facilit\u00e9 amplifi\u00e9e par sa v\u00e9locit\u00e9, la peau et la chair d\u00e9chir\u00e9es par son inertie. Sans \u00eatre ralentie, elle traversa le muscle grand pectoral, creusant un sillon de destruction o\u00f9 la structure m\u00eame des fibres se d\u00e9litait tandis que dans la zone d\u2019impact elle-m\u00eame une partie de la blessure \u00e9tait caut\u00e9ris\u00e9e.<br \/>\nLe muscle delto\u00efde perdit dans les trois microsecondes suivantes sa jonction au sternum sous l\u2019onde de choc et les tendons en furent arrach\u00e9s cr\u00e9ant imm\u00e9diatement une difficult\u00e9 de maniement du bras qui durerait \u00e0 jamais. La m\u00eame onde de choc fit s\u2019abaisser sur deux centim\u00e8tres la seconde et troisi\u00e8me c\u00f4te qui vinrent faire pression sur le poumon et le c\u0153ur, provoquant une brusque perte de pression sanguine en m\u00eame temps qu\u2019une rupture de l\u2019alimentation en air, d\u00e9butant imm\u00e9diatement une asphyxie avec anoxie rapide. Le sujet \u00e9tait assez jeune pour qu\u2019elles ne se brisent pas, gr\u00e2ce \u00e0 leur souplesse, et elle \u00e9chappa ainsi au risque de perforation cardiaque.<br \/>\nApr\u00e8s avoir franchi 5 centim\u00e8tres de chair, faisant sauter de son logement la clavicule, la balle perfora de plein fouet l\u2019omoplate, dont la structure ne r\u00e9sista pas. Le trou s\u2019agrandit des suites de l\u2019onde de choc qui emmenait avec elle des fragments de chair en nombre, et un centim\u00e8tre cube d\u2019os fut projet\u00e9 de mani\u00e8re explosif hors de la blessure, cr\u00e9ant une cavit\u00e9 sur le dos d\u2019un diam\u00e8tre de sept centim\u00e8tres, avec pour centre le projectile qui poursuivit sa course.<br \/>\nL\u2019h\u00e9morragie provoqu\u00e9e par la section de plusieurs art\u00e8res secondaires laissa derri\u00e8re la victime une projection de sang, dont une partie vaporis\u00e9, sur un m\u00e8tre cinquante, qui macula le sol et tout ce qui pouvait \u00eatre \u00e9clabouss\u00e9.<\/p>\n<p>La balle ne fut qu\u2019\u00e0 peine ralentie par le chemin de destruction qu\u2019elle se tailla dans son obstacle, et quand elle atteint sa cible son rapport entre volume de destruction et v\u00e9locit\u00e9 fut parfait. Le garde du corps qui la re\u00e7ut en pleine poitrine mourut dans la seconde de ce qu\u2019on nomme choc traumatique massif. Une fa\u00e7on polie de dire que tant d\u2019organes vitaux furent r\u00e9duit en bouillie qu\u2019un l\u00e9giste a pu jouer au puzzle six heures durant.<\/p>\n<p>Une petite fille de treize ans hurla comme il est difficile d\u2019imaginer ce que peut \u00eatre hurler de terreur et de douleur.<br \/>\nUne petite fille de treize ans garda cette cicatrice et les handicaps d\u2019un tel impact \u00e0 vie.<br \/>\nUne petite fille de treize ans vit se r\u00e9veiller son pouvoir et contre toute logique, traversa, comme si le sol se d\u00e9robait, le plancher du hall de la Maison Blanche, puis trois \u00e9tages de sous-sol avant de s\u2019effondrer \u00e0 l\u2019abri de l\u2019obscurit\u00e9, se vidant de son sang.<\/p>\n<p>Une femme quasi-inhumaine, parfaite, aux oreilles longues, fines, et pointues, comme les quatre autres agents qui \u00e9taient en train de tuer sans piti\u00e9 ou \u00e9motion tout ce qui entourait leur cible, le pr\u00e9sident des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, retourna son arme sur le plus proche de ses alli\u00e9s. Sans une once d\u2019\u00e9motion, elle pointa le pistolet modifi\u00e9 calibre .50 avec une vitesse fulgurante sur sa tempe, et appuya sur la d\u00e9tente. La balle quitta le canon \u00e0 une v\u00e9locit\u00e9 effrayante et creusa son chemin de mort dans le cerveau.<br \/>\nSans h\u00e9siter, sans l\u2019illusion m\u00eame d\u2019un mouvement inutile, elle d\u00e9pla\u00e7a le canon en trois autres angles, appuyant \u00e0 chaque fois sur la d\u00e9tente, l\u2019\u0153il directeur riv\u00e9 \u00e0 la mire de l\u2019arme. Les trois cibles, v\u00eatues de ma m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019elle, v\u00eatements militaires moulants, ultra-moderne, incluant des armures pare-balle \u00e0 rev\u00eatement m\u00e9tallique anti-onde, protections anti-choc, tissus ignifug\u00e9s, le tout d\u2019un noir mat parfait, s\u2019effondr\u00e8rent dans l\u2019instant, le cerveau r\u00e9pandu dans l\u2019air noy\u00e9 de fum\u00e9e de poudre, et charg\u00e9 d\u2019odeur de sang, comme des gerbes sanglantes.<\/p>\n<p>La femme s\u2019arr\u00eata, le canon dress\u00e9 devant elle. Six impacts la touch\u00e8rent le temps de ce mouvement et de ces quatre morts. Les balles firent leurs ravages dans le corps vis\u00e9, mais elle ne tomba pas, et le spectacle de ces chairs qui se r\u00e9g\u00e9n\u00e9raient \u00e0 vitesse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e en faisant repousser les tissus d\u00e9truits souleva le c\u0153ur des spectateurs encore assez lucides pour le voir.<\/p>\n<p>Elle pointa l\u2019arme \u00e0 sa t\u00eate, alors, dans le m\u00eame geste parfait et \u00e9conome du moindre mouvement inutile. Et son index droit pressa la d\u00e9tente. Il n\u2019y eu qu\u2019un clic\u2026<br \/>\nEt elle hurla.<\/p>\n<p>Comme un \u00e9cho au hurlement d\u2019une enfant, elle hurla, l\u00e2chant l\u2019arme qui vint baigner au sol dans le sang m\u00eal\u00e9 de deux personnes qui \u00e9taient les parents de la petite fille qu\u2019elle avait bless\u00e9 l\u2019instant d\u2019avant, et qui n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 que des obstacles g\u00eanant \u00e0 retirer du p\u00e9rim\u00e8tre de la cible \u00e0 atteindre. Elle hurla, se mettant \u00e0 pleurer, le regard rendu fou de douleur, tandis qu\u2019autour d\u2019elle, les agents et gardes du corps survivant \u00e0 l\u2019assaut qui avait d\u00e9truit une bonne partie des int\u00e9rieurs du rez-de-chauss\u00e9e de la Maison Blanche se massaient en bloc autour d\u2019elle, la braquant de leur armes, hurlants des ordres qu\u2019elle n\u2019entendait pas, lui intimant de se mettre \u00e0 plat ventre, et toutes ces choses qu\u2019on fait quand on essaye d\u2019arr\u00eater quelqu\u2019un.<\/p>\n<p>Elle n\u2019entendit rien, et resta prostr\u00e9e \u00e0 pleurer, les yeux hagards, avant qu\u2019ils ne fixent un point. Une petite fille de dix ans, dans les bras d\u2019un homme qu\u2019elle ne connaissait pas, en tailleur riche et \u00e9l\u00e9gant, entour\u00e9 de ces hommes, paniqu\u00e9s et anxieux, lan\u00e7ant des ordres dans la fum\u00e9e et les cr\u00e9pitements des c\u00e2bles \u00e9lectriques sectionn\u00e9s. Et la petite fille, atteinte par une balle, mourrait.<\/p>\n<p>Aucun des agents ne fut en mesure d\u2019expliquer comment dans la m\u00eame seconde, elle r\u00e9ussit \u00e0 briser les menottes qu\u2019on lui avait pass\u00e9es sans r\u00e9sistance, comment elle se dressa alors qu\u2019ils \u00e9taient six au dessus d\u2019elle, comment elle franchit les six m\u00e8tres entre elle et la fille du pr\u00e9sident, et comment elle put le faire si vite. Comment elle surv\u00e9cut aux quatre balles qui l\u2019attinrent malgr\u00e9 tout, avant que le feu ne cesse quand elle attrapa la petite fille. Personne ne put dire comment elle fit ce qu\u2019elle fit, ni comment elle y surv\u00e9cut. Mais elle sauva l\u2019enfant \u00e2g\u00e9e de dix ans, qu\u2019une balle de calibre .50 avait perfor\u00e9 par l\u2019abdomen. Elle la sauva en la serrant dans ses bras, hurlant de douleur tandis qu\u2019elle gagnait la blessure m\u00eame que l\u2019enfant perdit. Quand elle retomba en arri\u00e8re en gardant la petite fille contre elle, elle n\u2019avait presque plus rien, mais la femme elle, avait le ventre d\u00e9chir\u00e9 par un tel impact qu\u2019on put le comparer \u00e0 un shrapnel d\u2019obus. Ceci apr\u00e8s ce qui fut r\u00e9pertori\u00e9 comme onze impacts de balles de calibre divers, dont trois de calibre .44<\/p>\n<p>Ce fut le premier souvenir de la d\u00e9nomm\u00e9e Carole Ka.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>2-<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un hurlement, une gerbe de sang, partant de son dos, le regard de d\u00e9tresse absolue d\u2019une gosse de 13 ans qui n\u2019a rien demand\u00e9, qui vient de perdre la seconde d\u2019avant ses parents, et dont l\u2019\u00e9paule sera \u00e0 jamais handicap\u00e9e par la balle qui l\u2019a travers\u00e9, et qui dispara\u00eet sous ses yeux, aval\u00e9e par le parquet\u2026<\/p>\n<p>Carole se redressa d\u2019un bond, la bouche grand-ouverte dans un cri muet. Le lit-futon en g\u00e9mit de son bon vieux bois qui n\u2019appr\u00e9ciait jamais la violence que la jeune femme pouvait mettre dans ses gestes quand elle ne les contr\u00f4lait pas.<\/p>\n<p>Un regard dans la p\u00e9nombre pour la voir, elle.<br \/>\nElle ne tourna pas la t\u00eate pour voir le r\u00e9veil ; elle savait qu\u2019il devait \u00eatre entre 4h58 et 5h07, et qu\u2019en r\u00e9sum\u00e9, elle \u00e9tait simplement r\u00e9veill\u00e9e comme elle l\u2019\u00e9tait depuis aussi longtemps qu\u2019elle s\u2019en rappelait. C&rsquo;est-\u00e0-dire ce jour l\u00e0.<\/p>\n<p>Mais elle scruta la p\u00e9nombre. Elle \u00e9tait l\u00e0. La petite fille de treize ans qu\u2019elle avait manqu\u00e9 assassiner, et qui \u00e9tait le premier souvenir de sa vie. Quelques ann\u00e9es de plus, elle \u00e9tait toujours une jeune fille, plus grande, plus belle, plus abim\u00e9e par la vie aussi, et elle dormait sur le canap\u00e9-lit, un paquet de chips \u00e9ventr\u00e9 r\u00e9pandant ses miettes au dessus de ses cheveux tress\u00e9s en dizaines de nattes noires. On ne voyait pas grand-chose d\u2019autre, elle \u00e9tait emmitoufl\u00e9e dans la couette qu\u2019elle avait le premier soir adopt\u00e9 comme sienne. Carole avait \u00e9t\u00e9 bonne pour en racheter une autre le lendemain.<\/p>\n<p>La maison \u00e9tait spacieuse. Un studio de rez-de chauss\u00e9e, mais en fait, il m\u00e9ritait le nom de loft. Am\u00e9nag\u00e9 dans un ancien atelier de menuiserie, il avait son adresse dans un quartier qu\u2019on disait souvent malfam\u00e9 de Freedom, mais qui n\u2019\u00e9tait juste qu\u2019un quartier populaire d\u2019artisans, de petits commerces, et d\u2019un m\u00e9lange culturel qui lui faisaient c\u00f4toyer comme voisins un restaurant chinois \u2013un vrai- et un \u00e9b\u00e9niste ougandais.<\/p>\n<p>Ils la connaissaient tous. Voisins proches et plus lointains. Elle ne mettait pas un pied \u00e0 l\u2019\u00e9glise le Dimanche, mais \u00e9tait l\u00e0 aux f\u00eates paroissiales et apportait son lot de g\u00e2teaux. Elle riait \u00e0 tout, souriait \u00e0 tous, et allait chercher ses courses dans les petits magasins bien avant d\u2019aller se fournir dans les grands centres commerciaux. Sa voiture n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 tagu\u00e9e ou pill\u00e9e, ni ses murs, et elle aidait la vieille portoricaine du premier \u00e0 laver ses volets, ou monter ses paquets.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait c\u00e9libataire, et belle comme un c\u0153ur, mais parlait souvent de son ami Max vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, avec un sourire tendre qui faisait vite taire les questions sur sa solitude apparente.<br \/>\nEt elle \u00e9tait souvent absente. Zo\u00e9, sa chatte angora blanche, errait alors dans le quartier, et Dallariva, la vieille quarteronne italienne de \u00ab Ch\u00e9 La Pasta \u00bb, envoyait Emma, sa fille, faire le m\u00e9nage, nourrir l\u2019animal, et r\u00e9ceptionner le courrier. Et comme \u00e7a tout le monde savait que Max \u00e9crivait souvent, et que m\u00eame que ses lettres \u00e9taient tr\u00e8s belles, et qu\u2019il vivait au Yemen, s\u00fbrement un ing\u00e9nieur du p\u00e9trole.<\/p>\n<p>Souvent, ils la demandaient, quand elle \u00e9tait libre, pour remplacer l\u2019un ou l\u2019autre musicien pour une soir\u00e9e dans un bar, ou les f\u00eates de la paroisse. Elle jouait de la guitare comme personne, presque comme une vraie noire avec le blues dans la peau. Et elle ne mettait m\u00eame pas un matin \u00e0 apprendre le dernier morceau de gospel s\u2019il fallait remplacer du monde sur le tas.<\/p>\n<p>Elle disait travailler pour l\u2019arm\u00e9e. Cours de formation en langues \u00e9trang\u00e8res. Et quand on travaille pour l\u2019arm\u00e9e, on ne parle pas de son travail, et elle n\u2019en parlait pas trop, m\u00eame si rapidement tout le monde savait qu\u2019en cas de p\u00e9pin, elle savait o\u00f9 appeler pour r\u00e9gler des soucis de police, et ces choses l\u00e0. Et le petit Jimmy, sale gosse qu\u2019il \u00e9tait, lui devait de pas \u00eatre en taule, et d\u2019avoir r\u00e9ussit une cure de d\u00e9sintox.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait sa vie.<\/p>\n<p>Vie invent\u00e9e, prise au jour le jour, elle en remerciait Max qui lui avait appris toutes les ficelles du travail de couverture. La vie \u00e9tait simple.<br \/>\nMais elle n\u2019aurait jamais assez de merci pour la chance qui lui avait fait tomber cette m\u00f4me des rues un matin, dans son appartement\u2026<\/p>\n<p>Jenny dormait comme un b\u00e9b\u00e9, et Carole avait un don pour tout faire sans le moindre bruit. Ca, elle le devait plut\u00f4t \u00e0 son corps, et \u00e0 Seven, qui lui avait appris \u00e0 s\u2019en servir. Elle n\u2019eut aucun mal \u00e0 ranger le capharna\u00fcm provoqu\u00e9 par l\u2019adolescente. Fringues et livres, vid\u00e9os \u00e9parpill\u00e9es partout, sans compter des restes de ses fringales. Elle ne lui disait rien. Jenny avait pass\u00e9 sa vie dans la rue, ou des familles d\u2019accueil toutes plus glauques les unes que les autres. Et elle le devait \u00e0 Carole. Elle ne se sentait pas capable d\u2019emp\u00eacher la jeune fille de tester toutes les b\u00eatises qu\u2019elle voulait. Elle lui donnait d\u00e9j\u00e0 un toit, et toute sa protection, c\u2019\u00e9tait le peu qu\u2019elle pouvait faire, le peu pour elle.<\/p>\n<p>Elle connecta son ordinateur, et attendit six heures, une fois la maison rang\u00e9e et remise en \u00e9tat. Une demi-heure \u00e0 attendre, ce n\u2019\u00e9tait rien. Elle r\u00e9visa int\u00e9rieurement quelques partitions musicales, avant de se mettre \u00e0 compter les t\u00e2ches et proc\u00e9dures de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 suivre pour les jours suivants, et les classer int\u00e9rieurement. Elle pouvait se souvenir de tout, et par cons\u00e9quent ne notait rien, se contentant d\u2019en faire le tri mentalement. Dans un certain sens, \u00eatre une machine vivante reconstruite par des nanobots avait des avantages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>3-<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Carole courait sur la piste, tandis que des t\u00e9l\u00e9m\u00e8tres laser coupl\u00e9s \u00e0 un ordinateur mesuraient le temps de r\u00e9cup\u00e9ration entre ce qu\u2019on \u00e9tait suppos\u00e9 appeler vitesse de pointe et vitesse de croisi\u00e8re.<br \/>\nEt Seven, devant l\u2019\u00e9cran, ne montrait rien de son d\u00e9sappointement.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il ne s\u2019appelait pas Seven, mais ce qui avait \u00e9t\u00e9 une marque d\u2019humour de mauvais gout apr\u00e8s son enqu\u00eate apr\u00e8s un terrible tueur en s\u00e9rie qui torturait ses victimes, tous hommes du gouvernement am\u00e9ricain, selon lui corrompus et marqu\u00e9s des sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux, \u00e9tait rest\u00e9. Seven \u00e9tait son nom de code, et il r\u00e9pondait \u00e0 celui-ci mieux qu\u2019\u00e0 son pr\u00e9nom, qui du reste \u00e9tait p\u00e9nible \u00e0 porter. On fait facilement des jeux de mot idiots sur Benjamen.<\/p>\n<p>Quand \u00e0 l\u2019\u00e9motion qu\u2019il ne trahissait pas, elle \u00e9tait sa marque de fabrique. Seven ne montrait jamais aucunes \u00e9motions. Il \u00e9tait le premier \u00e0 savoir qu\u2019une \u00e9motion tue. Il devait \u00e0 une \u00e9motion son corps en partie m\u00e9canique. Et depuis, ce qui lui restait d\u2019humanit\u00e9, il la gardait pour lui.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait impressionnante. Pas autant pour lui, et les trois agents du gouvernement am\u00e9ricain qu\u2019on avait sauv\u00e9 comme il l\u2019avait \u00e9t\u00e9, mais elle l\u2019\u00e9tait. Entre autres parce qu\u2019elle ne payait pas sa seconde vie d\u2019un poids de deux ou trois cent kilos, comme c\u2019\u00e9tait son cas, et de la d\u00e9pendance \u00e0 des piles \u00e0 fusion cens\u00e9es ne pas exister, et charg\u00e9s de \u00ab faire tourner le moteur \u00bb. Elle courait \u00e0 plus de 140 km\/hr en sprint, et ses p\u00e9riodes de repos ne d\u00e9passaient pas les six secondes entre chaque sprint de huit cent m\u00e8tre. Elle avait un corps qui se comportait exactement comme un corps biologique. Juste plus r\u00e9sistant, plus rapide, plus fort, et se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rant en permanence. Il \u00e9tait l\u00e0 pour lui apprendre les limites, les moyens de le dresser, ce corps, de l\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p>Quand il \u00e9tait venu la prendre en charge, \u00e0 la demande d\u2019Aegis, il savait qu\u2019elle avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une mort propre et m\u00e9dicale. Tout le monde en haut lieu avait dit qu\u2019elle devait \u00eatre \u00e9limin\u00e9e, comme ses quatre comparses.<br \/>\nMais \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas arriv\u00e9. Le Pr\u00e9sident lui devait sa fille. Thunder s\u2019en \u00e9tait m\u00eal\u00e9 et la d\u00e9cision avait \u00e9t\u00e9 prise de faire passer la plus grosse batterie de tests psychiques possibles \u00e0 la survivante, pour \u00eatre s\u00fbr. Et ce m\u00eame si LadyHarsh, t\u00e9l\u00e9pathe reconnue, avait assur\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait rien \u00e0 craindre.<\/p>\n<p>Elle avait pass\u00e9 un an \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Pas pour son corps. Mais pour sa t\u00eate\u2026 Enfin, fa\u00e7on de parler. Les hommes d\u2019\u00e9tats sont les plus grands paranos qui soient, sauf qu\u2019ils sont aussi les plus arrogants et les plus imprudents. Ils avaient \u00e9t\u00e9 parano\u00efaques jusqu\u2019au bout, voulant s\u2019assurer de la pleine et enti\u00e8re coop\u00e9ration de ce qui leur paraissaient avant tout comme une sacr\u00e9e potentialit\u00e9, un moyen d\u2019avoir plus fort de leur cot\u00e9 que leurs ennemis\u2026 Et quand aux ennemis\u2026 Seven haussa les \u00e9paules. Il y en avait toujours, ce n\u2019\u00e9tait pas difficile de les inventer, de les cr\u00e9er s\u2019il en manquait.<\/p>\n<p>Carole fut donc r\u00e9adapt\u00e9e au monde o\u00f9 elle vivait. Cela prit un an ; en d\u00e9marrant de presque rien. Si elle savait parler, lire, \u00e9crire dans sa langue, si elle semblait \u00eatre parfaitement entrain\u00e9e au combat, \u00e0 la tactique individuelle, au maniement des armes, elle n\u2019avait aucune culture, aucunes r\u00e9f\u00e9rences historiques. Une m\u00e9moire en forme de pages vierges, enfin, sauf la premi\u00e8re \u00e9crite \u00e0 coup de litres de sang. L\u2019avantage avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019elle m\u00e9morisait \u00e0 vitesse grand V. M\u00e9moire eid\u00e9tique. Encore un point commun avec Seven, dont une petite partie du cerveau et de l\u2019\u00e9pine dorsale \u00e9taient un ordinateur qui enregistrait sans faillir tout ce qu\u2019il avait besoin de m\u00e9moriser sans rien perdre.<\/p>\n<p>C\u2019est vers le huiti\u00e8me mois qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9, sans lui demander \u00e0 elle, ce qu\u2019on en ferait. Elle \u00e9tait toujours officiellement une militaire, m\u00eame si son identit\u00e9 r\u00e9elle restait un sujet confidentiel au point qu\u2019il n\u2019avait pu recouper le sc\u00e9nario qu\u2019\u00e0 force de d\u00e9duction. Et en tant que militaire, elle \u00e9tait affect\u00e9e \u00e0 l\u2019USS, devenant membre du corps charg\u00e9 de la protection du Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Seven leva les yeux de l\u2019\u00e9cran, pour la regarder courir. Doux j\u00e9sus qu\u2019elle \u00e9tait belle. C\u2019\u00e9tait le probl\u00e8me. Pour lui en tout cas Elle \u00e9tait belle, et il l\u2019avait vue fragile comme elle ne le serait plus jamais, puisque son job consistait \u00e0 s\u2019assurer qu\u2019elle allait devenir aussi solide qu\u2019une lame d\u2019acier. Et la beaut\u00e9 et la fragilit\u00e9 avaient un don naturel sur le c\u0153ur des hommes, qui \u00e9tait de susciter de l\u2019amour.<br \/>\nIl avait beau se le r\u00e9p\u00e9ter, mais la logique ne peut pas grand-chose contre la grande machinerie complexe qu\u2019est l\u2019amour. Et il l\u2019aimait.<\/p>\n<p>Il soupira. De ce qu\u2019il savait, elle avait du faire partie d\u2019un projet gouvernemental qui avait trouv\u00e9 son point d\u2019orgue pendant la Guerre du Golfe. Environ 3000 soldats de premi\u00e8re ligne \u00e9taient concern\u00e9s, tous ceux qui avaient accept\u00e9 de signer une d\u00e9charge concernant leur corps apr\u00e8s leur d\u00e9c\u00e8s. Ni le nom du projet, ni sa nature n\u2019avaient filtr\u00e9, mais \u00e7a avait concern\u00e9 102 morts. Au vu de ses recherches personnelles, et quoi que fut ce projet, seuls des soldats en \u00e9tat de mort clinique avaient \u00e9t\u00e9 concern\u00e9s, en bref, disons moins de la vingtaine des d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Et il avait eu peu de mal \u00e0 savoir qui de ces vingt d\u00e9c\u00e9d\u00e9s n\u2019avaient soudain plus exist\u00e9s l\u00e9galement. Vouloir \u00eatre parano\u00efaque am\u00e8ne souvent \u00e0 faire quelque chose de logique pour effacer des pistes, et qui en fait permet de les r\u00e9v\u00e9ler. Ils avaient \u00e9t\u00e9 sept, selon lui, dont deux femmes. Avoir leurs noms et leurs dossier \u00e9tait impossible, tout avait \u00e9t\u00e9 effac\u00e9, sauf quelques pistes. Et conna\u00eetre son nom, si elle choisissait le bon parmi deux, ne changerait rien pour Carole. Pour elle la vie \u00e9tait une page blanche artificiellement reconstitu\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce qui l\u2019avait aid\u00e9, et frustr\u00e9 aussi, \u00e9tait son homosexualit\u00e9. Il l\u2019avait su tr\u00e8s vite. Carole ayant pass\u00e9 la plus grande batterie de psychotests qu\u2019on puisse d\u00e9cemment faire passer \u00e0 quelqu\u2019un, et Seven ayant pratiquement tout consult\u00e9 afin d\u2019\u00eatre en parfaite mesure de l\u2019entrainer, ce point de d\u00e9tail n\u2019avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 personne. Pas plus qu\u2019une \u00e9vidence qui \u00e9tait qu\u2019elle avait forc\u00e9ment enfant\u00e9, et sans doute m\u00eame \u00e9lev\u00e9 un enfant, \u00e0 priori, une fille. C\u2019\u00e9tait le point de d\u00e9part et une sorte de r\u00e9sonnance dans ce qui restait de son esprit qui avait provoqu\u00e9 le choc qui l\u2019avait amen\u00e9 \u00e0 un comportement compl\u00e8tement et fort heureusement incoh\u00e9rent, un an plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Mais \u00e7a r\u00e9glait le probl\u00e8me, du moins professionnellement. Dans un tel cadre, il avait pour r\u00f4le de jouer les papas distants et froids, pr\u00e9sents, disponibles, mais professionnels et m\u00e9thodiques. Et comme Carole ne le regarderait jamais comme un partenaire sexuel, ce rapport resterait inchang\u00e9 et facile \u00e0 g\u00e9rer.<\/p>\n<p>Il n\u2019en restait pas moins qu\u2019il \u00e9tait fier. Pas de ce qu\u2019il avait fait comme travail, mais de la voir vivre. C\u2019\u00e9tait dur, elle avait des habitudes \u00e9tranges dues \u00e0 son absence de m\u00e9moire, et elle dormait mal et peu, le m\u00eame cauchemar remplissant sa m\u00e9moire, celui de sa premi\u00e8re seconde de vie. LadyHarsh avait fait en sorte de cr\u00e9er des blocages mentaux pour faciliter l\u2019assimilation de ce souvenir, mais ils avaient saut\u00e9 avec le temps, ce qui \u00e9tait aussi pr\u00e9vu, et si elle le supportait bien, il consid\u00e9rait que c\u2019\u00e9tait une chose sur laquelle il \u00e9tait frustr\u00e9 de l\u2019absence de prises.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>4-<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle va trop vite.<br \/>\nL\u2019\u0153il ne la suit pas.<\/p>\n<p>Ils filment. Ils doivent filmer. C\u2019est leur travail.<\/p>\n<p>Mais les cam\u00e9ras ne fixent qu\u2019une image fugace, seuls les ralentis permettront de relire ce que les agents d\u2019appuis et les deux observateurs auront pu attraper.<\/p>\n<p>Le premier mark II explose dans une gerbe de bleu. Elle r\u00e9apparait derri\u00e8re lui, une autre gerbe, \u00e9carlate, la suit. Son sang. Elle saigne, \u00e9norm\u00e9ment. N\u2019importe qui s\u2019arr\u00eaterait en r\u00e9pandant autant de sang, mais elle bondit encore, \u00e7a ne l\u2019a pas arr\u00eat\u00e9. Il en reste 4.<\/p>\n<p>Le second mark II se tourne, il est presque aussi rapide qu\u2019elle. Les cam\u00e9ras sautent, ceux qui les tiennent ne sont que des humains. Ils ont peur. Ce qui \u00e9quipe ces machines sont des canons vulcain de 12 mm. Les bras articul\u00e9s vomissent du m\u00e9tal. 1690 cartouches \u00e0 la minute, l\u00e2chant des balles blind\u00e9es qui d\u00e9chirent le b\u00e9ton environnant mais elle n\u2019en a cure.<\/p>\n<p>Le parking est un champ de mort rendu surr\u00e9aliste par les \u00e9clairages d\u2019alerte qui se noient dans la fum\u00e9e. Trois voitures br\u00fblent. Les cam\u00e9ras sautent toutes \u00e0 la fois, elles montrent soit le sol tandis que leur porteur s\u2019est couch\u00e9, soit une sc\u00e8ne \u00e0 demi flou\u00e9e par le souffle de l\u2019explosion d\u2019un des fourgons. Et elle, qui court. Impossible de courir si vite.<\/p>\n<p>Le bras des machines qui la visent, et des hommes, qui \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur luttent maintenant pour leur survie, suivent cette fl\u00e8che de blancheur et de pourpre, mais elle va si vite. Elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 la seconde armure aliment\u00e9e, dans un bruit de m\u00e9tal d\u00e9chir\u00e9. Un tiers de la machine est disloqu\u00e9e, les r\u00e9serves de cartouche explosent, projetant des munitions dans l\u2019air. Une des cam\u00e9ras explose quand un projectile l\u2019atteind de plein fouet, tandis que les jets d\u2019huile bouillante sifflent avec un bruit d\u2019agonie hurlante. Et elle se tourne vers les trois machines restantes.<\/p>\n<p>Pas de simulation. Pas de balles \u00e0 blanc. Elle a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e l\u00e0 parce que ces machines ont tent\u00e9s d\u2019enlever un scientifique dans un laboratoire f\u00e9d\u00e9rale. Elle ne le conna\u00eet pas. Elle ne conna\u00eet pas les douze flics tu\u00e9s, ni les hommes du SWAT \u00e0 qui elle vient en aide. Ni ces hommes, venus en triomphateurs et qui soudain r\u00e9alisent que l\u2019acier ne les prot\u00e9gera pas.<\/p>\n<p>Elle n\u2019en a cure. D\u00e9esse pour une seconde\u2026 elle est debout, impossible de dire \u00e0 quel point elle est bless\u00e9e, ni comment, ni o\u00f9. Elle regarde les trois machines. Leur laisser une chance. De se rendre. Une seule. Ils l\u00e8vent leurs armes, des trappes \u00e9jectent six missiles \u00e0 courte port\u00e9e. Ils sont fous. Une partie du sous-sol sera ras\u00e9 par l\u2019impact. Ils ont peur. La peur aveugle.<br \/>\nAucun missile n\u2019atteint sa cible, les cam\u00e9ras sont devenus flous. Les humains courent, pour survivre, et l\u2019un d\u2019eux l\u2019a vue, elle, s\u2019interposer devant la voiture devenue jouet volant sous le souffle d\u00e9ment, et se servir de son corps comme bouclier. Elle chute, une gerbe de sang la suit, n\u2019importe qui ne peut survivre \u00e0 \u00e7a, mais elle est d\u00e9j\u00e0 debout, le visage exalt\u00e9 de divinit\u00e9, celle de la survie la plus pure, et elle court d\u00e9j\u00e0. Le troisi\u00e8me robot ne peut la suivre du canon. 197 balles en vain, et elle lui arrache le bras. Non\u2026 elle le tranche, dans un bruit strident et infernal. Elle n\u2019est ni blind\u00e9e, ni sur-dense. Son bras aurait du \u00eatre d\u00e9chiquet\u00e9, la cam\u00e9ra montre bien cette terrible lumi\u00e8re blanche, un arc \u00e9lectrique, quand elle a frapp\u00e9, mais seul un ralenti pourrait dire qu\u2019est-ce que le t\u00e9moin a vu.<\/p>\n<p>Il en reste deux, elle a \u00e0 peine laiss\u00e9e chuter la troisi\u00e8me machine. L\u00e0 o\u00f9 elle se trouve l\u2019enfer se d\u00e9chaine, les canons vulcains d\u00e9chirent acier, plastique, b\u00e9ton. Mais elle va si vite. Trop vite pour les bras articul\u00e9s. Elle court\u2026 quelque chose \u00e0 la main. C\u2019est une tige d\u2019acier, une tige arrach\u00e9e \u00e0 un pilier de b\u00e9ton arm\u00e9 qui n\u2019a pas surv\u00e9cu \u00e0 la folie. Elle transperce la quatri\u00e8me machine, et dans le geste la t\u00eate et les censeurs du robot la suivent dans un chemin d\u2019huile, d\u2019acier et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Le dernier robot recule.<br \/>\nMourir pour mourir ?<\/p>\n<p>Aucun des pilotes n\u2019est mort. Elle ne tuera jamais si elle a une chance. Une seule chance.<\/p>\n<p>Mourir pour mourir ?<br \/>\nElle ne peut pas mourir. Elle se dresse, et s\u2019abaisse, tapie, comme un f\u00e9lin.<br \/>\nUn jeu\u2026 machine contre machine\u2026<\/p>\n<p>Mourir pour mourir ?<br \/>\nC\u2019est un jeu\u2026 Elle a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9. Il perdra.<\/p>\n<p>Elle s\u2019\u00e9lance\u2026 il dresse son arme, les senseurs hurlent des alarmes, et la suivent sans la l\u00e2cher. Il tire. Elle mourra, elle doit mourir, elle est mortelle, tout le monde est mortel\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>5-<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Comment peut-on tuer ce qui ne peut pas mourir \u00bb<br \/>\nIl avait prononc\u00e9 cette phrase \u00e0 voix basse, sa main droite agitant le verre de bourbon qu\u2019il tenait, donnant au liquide ambr\u00e9 un mouvement tournoyant. Une fa\u00e7on de se trouver un truc pour s\u2019hypnotiser un peu\u2026<br \/>\nMais les deux hommes \u00e0 ses cot\u00e9s avaient tout entendu, et restaient immobiles. Ils attendaient un ordre, du premier Homme des \u00c9tats-Unis. M\u00eame apr\u00e8s \u00e7a, il \u00e9tait toujours celui qui donnait tout les ordres.<br \/>\nAssumer sa position, disait-il. Il y a des paradoxes peu regardants sur la r\u00e9alit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>\u00ab Alors, monsieur ?&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e9truisez-les. Je me fous de comment, passez-les au four, coulez-les moi dans un bloc de b\u00e9ton, plongez-les dans la lave, mais d\u00e9truisez-les. \u00bb<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me homme rest\u00e9 en retrait grima\u00e7a. La cinquantaine, la carrure d\u2019un homme capable de soulever un taureau \u2013et il le faisait en effet et bien plus- le costume veston qu\u2019il portait lui allait aussi mal que lui allait parfaitement son treillis militaire du SHIELD en maillage de mol\u00e9cules instables. Il allait dire quelque chose mais se ret\u00eent. Sans conna\u00eetre les d\u00e9tails, il savait que fondamentalement, c\u2019\u00e9tait la meilleure chose \u00e0 faire. Si, et seulement si on consid\u00e9rait que ces quatre agents officiellement abattus \u00e9taient des machines.<\/p>\n<p>Mais la cinqui\u00e8me contredisait l\u2019id\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019un des deux hommes qui se tenait autour du Premier Homme des USA, le pr\u00e9sident lui-m\u00eame, prit note de l\u2019ordre d\u2019un oui militaire et sans \u00e2me. Il y avait un ordre, donc une action \u00e0 ex\u00e9cuter, avec toute la discr\u00e9tion possible et la diligence attendue. \u00catre le chef des services secrets am\u00e9ricains, et ob\u00e9ir \u00e0 un pr\u00e9sident qui change tout les quatre ans quand on est \u00e0 son poste depuis douze ans vous apprend tr\u00e8s vite \u00e0 interpr\u00e9ter tout ordre.<br \/>\nIl sortit, laissant sur place le premier secr\u00e9taire des \u00c9tats-Unis, et le commandant en chef de la division Aegis.<\/p>\n<p>A vrai dire en cette seconde, le premier secr\u00e9taire se sentait d\u00e9coratif. Il \u00e9tait surtout l\u00e0 en tant qu\u2019ami, l\u00e0 pour soutenir un homme, et non un chef d\u2019\u00e9tat. Il lui proposerait une fois le calme revenu un verre, dans un lieu choisi, avec un repas simple et bon, et ils parleraient de leurs vieux exploits de soldats. Jusqu\u2019\u00e0 ce moment l\u00e0, il ferait le planton officiel pr\u00e8s de son ami\u2026 Les d\u00e9cisions urgentes avaient \u00e9t\u00e9 prises, la version officielle de l\u2019affaire d\u00e9j\u00e0 sc\u00e9naris\u00e9e, les m\u00e9dias et les ambassades rassur\u00e9es, et les cadavres empaquet\u00e9s. G\u00e9rer \u00e9tait son m\u00e9tier, mais il n\u2019\u00e9tait ici lui aussi qu\u2019un homme\u2026<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident se tourna vers le colosse.<\/p>\n<p>\u00ab Et la derni\u00e8re ?.. Qu\u2019en est-il ? \u00bb<\/p>\n<p>Le colosse avait la voix aussi puissante et riche que sa taille pouvait le laisser pr\u00e9sumer, et m\u00eame avec une voix douce qu\u2019imposait le respect qu\u2019on donne \u00e0 ceux qui ont v\u00e9cu un drame, elle remplit la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>\u00ab Elle est en vie, sous la surveillance de nos services. A vrai dire, elle est en parfait \u00e9tat de sant\u00e9, son corps ne porte aucune s\u00e9quelles des blessures re\u00e7ues. Elle a gu\u00e9rie en moins d\u2019une demi-heure. Nous travaillons avec l\u2019arm\u00e9e et la NSA pour rapidement trouver son identit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a retourn\u00e9 son arme contre son commando, et les a abattus alors qu\u2019ils ont tu\u00e9 onze de mes meilleurs hommes. Elle a sauv\u00e9 ma fille alors qu\u2019elle tirait dans le tas. Pourquoi ?! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Difficile de savoir\u2026 \u00bb Le colosse toussa, plus pour se redonner une contenance \u00e0 ce qui allait suivre que pour un quelconque soucis de chat dans la gorge. \u00ab Elle dit ne se rappeler de rien. Elle parle peu, en \u00e9tat de choc. Nous avons\u2026 d\u00e9p\u00each\u00e9 une\u2026 t\u00e9l\u00e9pathe. Elle dit vrai, \u00e0 priori. Sa m\u00e9moire est absolument vierge, son seul souvenir r\u00e9ellement captable est l\u2019instant o\u00f9 elle a abattu la gamine disparue. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a ne r\u00e9pond pas \u00e0 pourquoi ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas monsieur le pr\u00e9sident, mais\u2026 ladyHarsh, enfin, notre t\u00e9l\u00e9pathe\u2026 a trouv\u00e9 une chose. C\u2019est le cri de la fillette, Helena Forsaken. Elle l\u2019a v\u00e9cu comme une \u00e9motion massive. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e, monsieur le pr\u00e9sident, cette femme a une histoire, on l\u2019a lui a juste effac\u00e9, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Et c\u2019est le cri de cette enfant qui vous a sauv\u00e9, c\u2019est \u00e7a qui l\u2019a r\u00e9veill\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Il y eu un regard. Un regard entre le Pr\u00e9sident, et l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres hommes du monde, qui l\u2019\u00e9tait avant lui, et le serait apr\u00e8s. Un regard que le Cpt du SHIELD au nom de code Thunder n\u2019oublierait jamais. Et sur lequel il ne trouverait pas de mots, pour dire ce qu\u2019il y voyait\u2026<\/p>\n<p>Le capitaine Thunder n\u2019avait pas abandonn\u00e9 son costume trois pi\u00e8ces, mais la cravate avait fini dans la poche de son veston, et les derniers boutons tir\u00e9s \u00e0 son poitrail de colosse avaient \u00e9taient ouverts. Ils en \u00e9taient bienheureux, car \u00e0 chaque respiration du g\u00e9ant, ils mena\u00e7aient de sauter.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, le costume n\u2019\u00e9tait pas fait pour lui, mais on s\u2019adapte comme on peut.<\/p>\n<p>Il s\u2019\u00e9tait \u00e9coul\u00e9 48 heures depuis le drame, et \u00e7a n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 48 heures reposantes. Il s\u2019\u00e9tait fait discret devant les m\u00e9dias, et avait du supporter trois r\u00e9unions d\u2019\u00e9tat-major et des critiques assassines \u00e0 son sujet. Mais les Secret Service et le SHIELD n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s non plus. Le pr\u00e9sident avait \u00e9chapp\u00e9 au pi\u00e8ge par miracle et rien n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 pour pourvoir \u00e0 une telle situation. La le\u00e7on \u00e9tait que \u00e7a ne devait jamais pouvoir recommencer.<\/p>\n<p>Il doutait fortement que l\u2019on puisse \u00e9viter que \u00e7a recommence, mais chercher un responsable est dans la nature humaine, et s\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019abri de ces consid\u00e9rations, il connaissait quelques t\u00eates qui allaient \u00eatre fauch\u00e9es pour l\u2019exemple.<\/p>\n<p>Cela ne lui retirait pas le go\u00fbt amer que ce jour l\u00e0, il aurait du \u00eatre l\u00e0. Mais il soup\u00e7onnait que le destin est farceur, et que \u00e7a n\u2019aurait pas pu se passer autrement.<\/p>\n<p>La chambre \u00e9tait blanche, et sentait ce que sentent tous les h\u00f4pitaux. Bien s\u00fbr, ici, si c\u2019en \u00e9tait un, c\u2019\u00e9tait aussi un centre de contr\u00f4le surprot\u00e9g\u00e9 appartenant au SHIELD, annexe d\u2019une prison pour super-criminels, une prison quasi vide, d\u2019ailleurs, la plus co\u00fbteuse du pays, mais renfermant les pires sources de danger qu\u2019on puisse imaginer. Dans la chambre, peu de mat\u00e9riel. La patiente n\u2019allait pas fuguer, et il n\u2019y avait qu\u2019une perfusion accroch\u00e9 \u00e0 son support, dans un lieu blanc, propre, net et sans \u00e2me.<\/p>\n<p>Et assise pr\u00e8s du lit, une femme dans un costume tailleur noir et pourpre sombre, \u00e9pousant parfaitement un corps presque improbable \u00e0 force de perfection, \u00e9lanc\u00e9 et muscl\u00e9 comme on voit que dans les comics, et qui sur sa chaise, veillait sur la femme blonde, \u00e0 peine plus \u00e2g\u00e9e qu\u2019elle et qui dormait.<\/p>\n<p>\u00ab Comment va-t-elle ? \u00bb demanda le cpt Thunder.<\/p>\n<p>LadyHarsh allait r\u00e9pondre, mais la voix us\u00e9e du m\u00e9decin-chef qui rentra dans la chambre sans se soucier d\u2019intimit\u00e9 et autres b\u00eatises qui depuis longtemps ne le concernant plus donna r\u00e9ponse \u00e0 la question :<\/p>\n<p>\u00ab Tr\u00e8s bien. Sinc\u00e8rement, n\u2019importe quel homme sur terre donnerait tout pour avoir sa sant\u00e9, je pense. Mais peut-\u00eatre pas au prix qu\u2019elle l\u2019a sans doutes pay\u00e9\u2026 Encore que\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Le colosse se tourna vers le m\u00e9decin. Ils se connaissaient de longue date, et le vieil homme osseux et d\u00e9fait l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 m\u00eame rafistol\u00e9 de bien des affres dont le super-h\u00e9ros \u00e9tait capable de vivre.<\/p>\n<p>\u00ab Que donnent les analyses ? \u00bb<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin souria, franchement, presque hilare.<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez dire les analyses de base, o\u00f9 celles o\u00f9 il a fallu sortir tout l\u2019attirail technologique d\u2019imagerie m\u00e9dical ?&#8230; \u00bb Il redevint s\u00e9rieux. \u00ab bon, pour r\u00e9sumer&#8230; C\u2019est selon moi une sorte de cyborg. On est parti d\u2019un \u00eatre humain, et on l\u2019a bricol\u00e9. Dans ce cas, c\u2019est cependant avec un g\u00e9nie technologique qui s\u2019il passait dans le domaine publique repr\u00e9senterait soixante ans d\u2019avanc\u00e9es m\u00e9dicales, au bas mot.<br \/>\nSi on ne regarde pas de pr\u00e8s, elle est humaine. Il faut aller v\u00e9rifier la constitution de son sang pour comprendre la diff\u00e9rence. Et l\u00e0, on voit quelque chose de surprenant. Ce sont des nanobots. En fait l\u2019\u00e9tendue de ses liquides vitaux, liquide enc\u00e9phalique compris, sont des nanobots. On en retrouve partout, y compris dans l\u2019estomac.<br \/>\nCes nanobots la reconstruisent en permanence, interrompant tout processus de vieillissement, y compris l\u2019apoptose. Mais ils font mieux, enfin, vous savez \u00e7a. Ils ne r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent pas les tissus d\u00e9truits. Ils les reconstruisent, tout bonnement. Ils suivent un ordre de programmation tr\u00e8s complexe, et une telle masse d\u2019informations ainsi coordonn\u00e9es m\u2019\u00e9chappe totalement, mais ils peuvent reconstruire n\u2019importe quel tissu, et la remettre en parfait \u00e9tat, cicatrices comprises, d\u2019ailleurs. Et ils le font \u00e0 une vitesse que je n\u2019arrive pas \u00e0 r\u00e9aliser. Enfin bref tout \u00e7a pour dire, que je pourrai vous parler des heures de sa biologie et du fait que c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s impossible, mais qu\u2019on a r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er un miracle m\u00e9dical.<br \/>\nClairement, on ne peut pas la tuer. Ils la reconstruisent trop vite pour \u00e7a. Ils r\u00e9parent, remettent tout en marche, et m\u00eame si vous lui tranchiez la t\u00eate, ils ont en m\u00e9moire de quoi la reconstruire, informations m\u00e9morielles comprises. Et ce tant qu\u2019il reste assez de nanobots et qu\u2019ils ont assez d\u2019\u00e9nergie. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on a eu des soucis. Elle a besoin d\u2019un r\u00e9gime alimentaire sp\u00e9cial, et les forts champs \u00e9lectro-magn\u00e9tiques alt\u00e8rent les nanobots, et leur r\u00e9serve d\u2019\u00e9nergie. \u00c7a affecte rapidement son m\u00e9tabolisme, en l\u2019occurrence, je pense qu\u2019une longue exposition la tuerait. On a eu des soucis avec le scanner \u00e0 imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique. Mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Il y eu un silence. Ladyharsh ne dit rien, elle semblait fatigu\u00e9e. Et le cpt Thunder restait pensif.<\/p>\n<p>\u00ab Et on sait qui elle est ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab A mon avis oui, mais \u00e0 mon avis on a pas \u00e0 le savoir\u2026 Enfin, pas moi, vous peut-\u00eatre, mais c\u2019est pass\u00e9 en code s\u00e9curit\u00e9 3, et si on a fait les relev\u00e9s d\u2019empreinte et dentaires, on n\u2019aura pas les r\u00e9sultats. Pour moi, elle s\u2019appelle Jane Do, pour le moment. \u00bb<\/p>\n<p>Le colosse se tourna vers Ladyharsh. \u00ab Ce n\u2019est pas trop dur ? \u00bb<\/p>\n<p>Une voix calme, douce, mais assez lasse r\u00e9pondit \u00ab \u00c7a va\u2026 elle cauchemarde \u00e9norm\u00e9ment, \u00e7a me fatigue beaucoup de contr\u00f4ler ses r\u00eaves. Mais elle n\u2019a que son premier souvenir \u00e9veill\u00e9 pour r\u00eaver, et elle ne r\u00eave que de \u00e7a. Il n\u2019y a rien d\u2019autre qui existe pour elle que ce qui l\u2019a fait changer de comportement au dernier moment\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et les drogues ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a la fait dormir\u2026 il en faut une bonne dose \u00bb r\u00e9pondit le m\u00e9decin. \u00ab Elle m\u2019a rappel\u00e9 un peu vous \u00e0 ce sujet. Mais elle r\u00e9siste trop pour qu\u2019on puisse l\u2019emp\u00eacher de r\u00eaver, alors LadyHarsh se charge de la veille mentale. Quand elle cauchemarde, elle me bousille le lit comme si c\u2019\u00e9tait du fer-blanc. A mon avis, elle sera psychologiquement tr\u00e8s affect\u00e9e quand on la r\u00e9veillera. Si jamais on la r\u00e9veille\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a ne d\u00e9pend pas de nous. L\u2019\u00e9tat-major semble se t\u00e2ter pour savoir quoi en faire. Mais je ferai tout pour qu\u2019on la r\u00e9veille. \u00bb<\/p>\n<p>Le regard du m\u00e9decin questionna de suite le h\u00e9ros, tandis que LadyHarsh sourit. La r\u00e9ponse \u00e9tait \u00e9vidente pour elle, mais l&rsquo;image du SHIELD avait toujours \u00e9t\u00e9 sulfureuse\u2026<\/p>\n<p>\u00ab Son premier acte conscient a \u00e9t\u00e9 de sauver des gens. Elle doit vivre, parce qu\u2019elle le m\u00e9rite\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>6- karol et Jenny<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Max avait sa t\u00eate de quarantenaire essayant de se r\u00e9veiller au caf\u00e9, derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran. Un sourire des deux, il \u00e9tait encore chez lui, le premier r\u00e9veill\u00e9 de sa maison. Il \u00e9tait mari\u00e9, deux enfants, une femme gentille et intelligente, un peu trop chr\u00e9tienne \u00e0 son go\u00fbt. Son ain\u00e9e lui posait des probl\u00e8mes p\u00e9nibles qui lui avaient valu pas mal de convocations \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ou la police, et il n\u2019\u00e9tait pas assez l\u00e0. Mais c\u2019\u00e9tait le prix de son m\u00e9tier. D\u00e9j\u00e0, il n\u2019\u00e9tait pas encore divorc\u00e9, c\u2019\u00e9tait un record dans sa fonction et sa branche.<\/p>\n<p>\u00ab Salut ch\u00e9rie \u00bb Il disait ch\u00e9rie par affection, comme on peut dire puce, ou gamine. Il n\u2019\u00e9tait pas de marbre devant la beaut\u00e9 de Carole, comme aucun homme, mais il savait qu\u2019elle \u00e9tait homosexuelle. Et elle devait bien \u00eatre l\u2019un de seuls agents qui n\u2019aient pas tent\u00e9 de le draguer, lui. USS ou pas, la vie de bureau est toujours remplis des m\u00eames r\u00e9flexes. Finalement qu\u2019elle fut homosexuelle le reposait lui. Il se dit que \u00e7a devait \u00eatre moins reposant pour les filles du service.<\/p>\n<p>Ils parl\u00e8rent de tout et rien, comme chaque matin, pendant une demi-heure avant que Max ne prenne son service \u00e0 l\u2019agence. Carole avait moins de contraintes de bureau, mais elle \u00e9tait agent de terrain, quand arrivait l\u2019heure, elle ne rigolait pas non plus. Ils parl\u00e8rent de Jenny, sur lequel Max enqu\u00eatait, et s\u2019arrangeait pour voir ce qui pouvait \u00eatre fait pour effacer les traces que la petite criminelle des rues avaient pas mal laiss\u00e9es. Ils discut\u00e8rent de job, des derni\u00e8res conneries en mati\u00e8re de gestion du service par l\u2019administration, du concert des Instants Gummy\u2019s o\u00f9 sa fille s\u2019\u00e9tait faite chopper avec trois cachets d\u2019extasy. De ce que Carole avait du faire pour rendre discr\u00e8tement une vielle montre en or de collection que Jenny avait subtilis\u00e9 dans le quartier \u00e0 un pappy qui pleurait son pr\u00e9cieux tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>Carole sortit \u00e0 sept heure faire un jogging, moment pour saluer les l\u00e8ve-t\u00f4t et les connaissances du quartier, et revint apr\u00e8s une heure\u2026 Elle pr\u00e9para un petit-d\u00e9jeuner, le jour \u00e9tait haut et doux, et Jenny dormait comme une petite fille. Et Carole ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de la regarder avec un \u00e9merveillement qui la g\u00eanait elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Elle posa le petit d\u00e9jeuner : toasts, deux \u0153ufs sur le plat, un grand caf\u00e9 de commerce \u00e9quitable, et de la gel\u00e9e de myrtilles, sur la table basse pr\u00e8s du canap\u00e9-lit. Et souffla doucement, pour laisser le parfum du caf\u00e9 r\u00e9veiller l\u2019adolescente.<\/p>\n<p>Et elle ne montra pas son impatience \u00e0 voir simplement la jeune fille ouvrir ses yeux, et pouvoir les admirer \u00e0 cet instant l\u00e0\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jenny ouvrit un \u0153il et s&rsquo;\u00e9tira longuement sous la couverture fixant bri\u00e8vement son h\u00f4te avant de reporter son attention sur le plateau sur la table basse en remuant le nez avant de replonger sous la couverture, laissant son dos d\u00e9nud\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est l&rsquo;heure, Jenny&#8230; Enfin, si tu veux te lever&#8230; sinon, \u00e7a va refroidir.\u00a0\u00bb<br \/>\nCarole souria au geste de l&rsquo;adolescente. En glissant le plateau fit tomber deux ou trois livres et une tasse de vieux caf\u00e9 qu&rsquo;elle rattrapa d&rsquo;instinct assez vite pour que l&rsquo;air en claqua, et que pas une goutte du liquide froid ne puisse en tomber.<br \/>\nCarole se redressa, posa la tasse, et vint s&rsquo;assoir sur la table basse. L\u2019un des toasts fut prestement retir\u00e9 de son assiette, et elle le m\u00e2cha avec d\u00e9lice en regardant le dos nu&#8230; la cicatrice, \u00e9norme, de la balle y \u00e9tait parfaitement visible. Et son regard ne pouvait s&rsquo;en d\u00e9tacher facilement. Ca ne coupait pas sa faim. Mais \u00e0 vrai dire rien ne pouvait emp\u00eacher Carole de manger. Son m\u00e9tabolisme lui demandait \u00e9norm\u00e9ment, et elle avait appris \u00e0 g\u00e9rer cette demande, ce qui pouvait se r\u00e9sumer \u00e0 quatre \u00e0 cinq repas d&rsquo;ogre par jour.<br \/>\nMais, m\u00eame sans arr\u00e9ter son app\u00e9tit, ce qu&rsquo;elle voyait \u00e9tait le r\u00e9sultat de ce qu&rsquo;elle revoyait chaque nuit. Ce qu&rsquo;elle avait commis.<\/p>\n<p>Le claquement fit sursauter la jeune femme qui se redressa sur ses coudes, la t\u00eate tourn\u00e9e vers Carol. \u00ab\u00a0Ouah !!&#8230;\u00a0\u00bb Elle passa sa main dans ses tresses, d\u00e9gageant son visage ensommeill\u00e9 et son regard qui alla de Carol \u00e0 la table. \u00ab\u00a0Ca sent bon&#8230;\u00a0\u00bb Jenny se retourna d&rsquo;un mouvement ramenant ses genoux sous son menton et ses bras crois\u00e9s.<br \/>\n\u00ab\u00a0Rien ne t&rsquo;\u00e9chappe hein ?\u00a0\u00bb dit-elle dans un sourire, en baillant \u00e0 s&rsquo;en d\u00e9crocher la m\u00e2choire.<\/p>\n<p>Carole souria doucement, et avala le toast. \u00ab\u00a0Merci&#8230; non, rien ne m&rsquo;\u00e9chappe. Tu sais que je ne suis pas humaine, Jenny. Mon cerveau non plus. Je n&rsquo;ai besoin de rien pour me rappeler de tout, quoi que ce soit. Et je n&rsquo;allais pas laisser du caf\u00e9 se r\u00e9pandre sur ton pantalon\u00a0\u00bb<br \/>\nElle souria encore. Elle se moquait comme d&rsquo;une guigne de son vieux tapis tiss\u00e9 en ch\u00e8vre crue.<br \/>\nMais, la veille, Jenny avait eu des yeux de petite fille devant ce jean \u00e9lim\u00e9 et d\u00e9lav\u00e9 de chez Levie&rsquo;s. Et Carole aurait assomm\u00e9 un r\u00e9giment si n\u00e9cessaire pour que ce pantalon reste aussi intact que possible pour elle.<\/p>\n<p>Jenny jeta un regard sur le dit pantalon puis haussa les \u00e9paules, sa main grattant furieusement sa chevelure dont les tresses venaient dissimuler son visage juv\u00e9nile, tentant de les chasser d&rsquo;un souffle vigoureux. \u00ab\u00a0Tu as des cicatrices sur le corps et m\u00eame sur&#8230;\u00a0\u00bb Jenny s&rsquo;interrompit les joues rosies. \u00ab\u00a0Enfin&#8230; des cicatrices quoi&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole ouvrit des yeux surpris, au rougissement de l&rsquo;adolescente. Dire que \u00e7a la laissait indiff\u00e9rente \u00e9tait un mensonge assez grand pour y faire passer un boeing.<br \/>\nLa jeune femme d\u00e9tourna la t\u00eate, laissant \u00e0 Jenny le temps de reprendre des couleurs moins notables, puis souriant toujours comme elle tendait \u00e0 le faire plus que de raison devant l&rsquo;adolescente, lui r\u00e9pondit, sa main gauche venant retirer une tresse r\u00e9calcitrante du visage de la jeune fille.<br \/>\n\u00a0\u00bb J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 humaine.\u00a0\u00bb Ses yeux brill\u00e8rent, devenus doux et tendres, plus grands, plus jeunes, plus humains.\u00a0\u00bb Simplement, je ne le suis plus. Mon corps me r\u00e9pare de tout, mais avant de ne plus \u00eatre humaine, j&rsquo;avais des cicatrices. Comme tout le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny suivit du regard la main qui se tendit vers son visage, r\u00e9primant un mouvement de recul plus g\u00ean\u00e9e par le geste d&rsquo;attention que craintive sur la nature de la femme devant elle qui, elle le savait, pouvait faire preuve d&rsquo;une rare violence et surtout qui \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9trange pour elle. \u00ab\u00a0Oui enfin&#8230; heummm&#8230;\u00a0\u00bb Elle fixa des ses yeux bleu oc\u00e9an Carol, la d\u00e9taillant longuement. Elle semblait pensive&#8230;<\/p>\n<p>Carole remit la m\u00e8che en place, et sa main revint s&rsquo;\u00e9loigner. Jenny avait peur. Normal d&rsquo;avoir peur de son bourreau. Tout aussi normal d&rsquo;avoir peur d&rsquo;une personne attentionn\u00e9e quand on a pass\u00e9 sa vie \u00e0 constater qu\u2019on n\u2019\u00e9tait aim\u00e9e de personne.<br \/>\nJenny ne parlait pas encore des six ann\u00e9es qu&rsquo;elle avait pass\u00e9 apr\u00e8s le drame, comment elle avait \u00e9chapp\u00e9 aux enqu\u00eateurs lanc\u00e9s \u00e0 sa recherche, comment elle avait surv\u00e9cu \u00e0 la blessure. Mais Carole \u00e9tait patiente, cela viendrait en son temps.<br \/>\nElle se leva, et ramassa ce qui trainait sur la table basse, laissant la jeune fille \u00e0 son petit d\u00e9jeuner. Il allait \u00eatre 8hr et demi, et le bureau l&rsquo;attendait.<br \/>\n\u00ab\u00a0Mange, \u00e7a va refroidir&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son attention revint sur la table basse o\u00f9 tr\u00f4nait le petit-d\u00e9jeuner pantagru\u00e9lique regardant du coin de l&rsquo;\u0153il la femme en murmurant un merci puis se pencha pour attraper une tartine beurr\u00e9e s&rsquo;asseyant dans le mouvement au bord du lit avec la couette autour de la taille. \u00ab\u00a0Tu vas bosser&#8230; chez les fous&#8230;?\u00a0\u00bb Une question qui tenait plus de l&rsquo;affirmation alors qu&rsquo;elle enfournait la tartine dans sa bouche;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ca d\u00e9pend quels fous, si tu consid\u00e8re mon bureau comme un antre de fous pire que le QG de la Freedom League.\u00a0\u00bb Elle ne se tourna pas. Jenny \u00e9tait torse nu, et il y avait des limites \u00e0 la capacit\u00e9 de Carole \u00e0 ne pas montrer son trouble.<br \/>\n\u00ab\u00a0Si je suis d\u00e9tach\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;eux, j&rsquo;ai quand m\u00eame des rapports \u00e0 faire, et aussi \u00e0 examiner. Ce qui c&rsquo;est pass\u00e9 avec Eric a \u00e9t\u00e9 dangereux, et mon travail est de faire qu&rsquo;on puisse pr\u00e9venir tout risque avec lui&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nCarole se tourna, le temps simplement de visser ses yeux au regard de la jeune fille. \u00ab\u00a0Tu veux venir?&#8230; on a une sacr\u00e9 bande passante, sur nos ordis, et j&rsquo;ai install\u00e9s quelques jeux idiots qui passent le firewall de mon bureau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La tasse de caf\u00e9 en main, Jenny regardait Carol un petit air mutin sur le visage. \u00ab\u00a0Des fous du gouvernement quoi&#8230;et&#8230;\u00a0\u00bb Elle bu une gorg\u00e9e de caf\u00e9 se br\u00fblant les l\u00e8vres \u00ab\u00a0Aie ! C\u2019est chaud !\u00a0\u00bb Elle reposa la tasse en renversant un peu au passage sa main libre frottant ses l\u00e8vres. \u00a0\u00bb Eric est le moins tar\u00e9s de la bande&#8230; il est m\u00eame gentil&#8230; je me demande bien pourquoi vous ne lui faites pas confiance&#8230;vous lui demandez rien pensant tout savoir de ce qu&rsquo;il veut ou fait&#8230; pourquoi pas lui demander ses intentions hein ?\u00a0\u00bb Jenny reprit sa respiration apr\u00e8s sa longue tirade, son regard pos\u00e9 sur Carol, un air de d\u00e9fi peignant son visage.<\/p>\n<p>Carole enfournait ses affaires de travail dans un sac, plut\u00f4t de sport que de femme, dont l&rsquo;\u00e9norme r\u00e9volver modifi\u00e9 \u00e0 rail magn\u00e9tique Cal.50 qui ne la quittait pas. Elle ne se tourna pas pour r\u00e9pondre, regardant une seconde la lumi\u00e8re solaire: il \u00e9tait 8hr 37. Elle passa sur l&rsquo;estimation des secondes, c&rsquo;\u00e9tait inint\u00e9ressant.<br \/>\n\u00ab\u00a0Eric est immortel&#8230; je ne peux pas imaginer la somme des exp\u00e9riences qu&rsquo;il a v\u00e9cu, mais elles doivent \u00eatre terribles. Mais soit il n&rsquo;en a rien appris, soit cela l&rsquo;a d\u00e9truit. Je ne doute pas de la noblesse de ses buts, mais la noblesse d&rsquo;un but ne justifie aucun acte pour l&rsquo;atteindre&#8230;<br \/>\nEt ses actes font de lui une personne dangereuse, Jenny&#8230; je suis forc\u00e9e d&rsquo;agir avec \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mouais&#8230; \u00a0\u00bb La jeune femme grommela ne pouvant s&#8217;emp\u00eacher de frissonner a la vue de l&rsquo;arme \u00e9norme qui disparaissait dans le sac alors qu&rsquo;une vieille douleur renaissait au c\u0153ur de son \u00e9paule gauche, paralysant son bras plusieurs seconde. \u00ab\u00a0Immortel&#8230; j&rsquo;y crois pas des masses&#8230;mais \u00e7a n&#8217;emp\u00eache pas de lui demander ce qu&rsquo;il veut&#8230; ce que vous faites pas&#8230;\u00a0\u00bb Sa main droite \u00e9tait pos\u00e9e sur son \u00e9paule gauche qu&rsquo;elle massa longuement les l\u00e8vres pinc\u00e9es par la douleur;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il veut sauver le monde&#8230; moi je veux le d\u00e9fendre.\u00a0\u00bb Carole attrapa son sac en bandouli\u00e8re, et se tourna, doucement.<br \/>\n\u00ab\u00a0Et sauver le monde tuera des millions de gens, sans doutes&#8230; c&rsquo;est un prix qu&rsquo;il est pr\u00eat \u00e0 payer&#8230; Mais moi, je ne peux pas accepter que ce prix, il ne le paiera pas, ce sont les gens qui mourront qui vont le payer&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nCarole essaya un sourire&#8230; c&rsquo;\u00e9tait plus difficile. Eric \u00e9tait un de ses prot\u00e9g\u00e9s, et comme tous les autres, elle l&rsquo;aimait. Aussi simplement qu&rsquo;on lui avait ordonn\u00e9 de les prot\u00e9ger, aussi simplement qu&rsquo;elle aimait tout ce qu&rsquo;elle prot\u00e9geait. Et elle savait qu&rsquo;un jour, peut-\u00eatre, elle aurait \u00e0 le tuer&#8230;<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu viens, alors?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je m&rsquo;habille\u00a0\u00bb Cette simple phrase mettait un terme a la discussion alors qu&rsquo;elle se penchait pour attraper son Levi&rsquo;s avant de se redresser, le bras gauche ballant sur son flanc pour passer le v\u00eatement de sa main droite, son regard cherchant un t-shirt ou autre pour finir de se v\u00eatir. Elle finit par trouver le top second skin blanc du Sieur Martin et le mit tant bien que mal avant de se laisser retomber sur le canap\u00e9 pour se chausser d&rsquo;une paire de baskets usag\u00e9es, les l\u00e8vres toujours pinc\u00e9es par la douleur lancinante qui incapacitait son bras gauche. Jenny resta plusieurs secondes pench\u00e9es en avant soufflant bruyamment avant de se redresser d&rsquo;un bloc et lancer rapidement \u00ab\u00a0On peut y aller\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole avait observ\u00e9 sans rien dire. Jenny avait mal \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule, et la jeune femme en avait le c\u0153ur soulev\u00e9. Il faudrait trouver comment r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts physiques, mais les premiers examens avaient d\u00e9j\u00e0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s que le travail de reconstruction chirurgicale \u00e9tait difficile, voir presque inutile vu sa complexit\u00e9 en regard du peu que \u00e7a apporterait.<br \/>\nElle h\u00e9sita \u00e0 l&rsquo;aider&#8230; et puis recula les mains, qui allaient se poser sur les \u00e9paules de l&rsquo;adolescente, pour la laisser se redresser. Il fallait vivre avec \u00e7a, et dans ces deux cas, ce constat avait un sens lourd.<br \/>\nCarole se contenta d&rsquo;ouvrir et tenir la porte, pour laisser passer Jenny. Dehors attendait, gar\u00e9e, la vieille twingo qui servait \u00e0 ses d\u00e9placements. Il allait falloir aussi peut-\u00eatre songer \u00e0 changer de voiture, mais elle avait d\u00e9j\u00e0 en t\u00eate que l&rsquo;adolescente voudrait surement une chambre \u00e0 elle, et la voiture attendrait son tour.<\/p>\n<p>Jenny sortit empoignant au passage son blazer de cuir, un sourire en coin lorsque la douleur finit par s&rsquo;estomper pour disparaitre. Elle se planta devant la voiture et y entra claquant la porti\u00e8re tout en finissant de passer son blazer ainsi que la ceinture de s\u00e9curit\u00e9, pr\u00e9caution primordiale qu&rsquo;elle avait appris a respecter apr\u00e8s avoir embrass\u00e9 a plusieurs reprises le tableau de bord, le pare-brise ou la porti\u00e8re a cause de la conduite des plus \u00ab\u00a0sportive\u00a0\u00bb de Carol.<\/p>\n<p>Quand on disait sportive, le soucis de Carole \u00e9tait que la conduite n&rsquo;\u00e9tait pas son fort. Soucis entre la vitesse de ses reflexes, et l&rsquo;inertie du v\u00e9hicule, plus gros soucis encore qu&rsquo;elle n&rsquo;avait \u00e0 la base appris \u00e0 conduire qu&rsquo;en condition de guerre. Et qu&rsquo;elle avait eu un mal de chien \u00e0 passer le permis. Si elle avait une vieille twingo, c&rsquo;\u00e9tait aussi parce qu&rsquo;elle avait cass\u00e9 3 voitures en quatre ans. Et une seule avait m\u00e9rit\u00e9 son sort, quand elle s&rsquo;en \u00e9tait servi comme b\u00e9lier contre un camion blind\u00e9 qui emp\u00eachait une \u00e9quipe de secours de venir en aide \u00e0 des bless\u00e9s dans une banque f\u00e9d\u00e9rale.<br \/>\nElle se souvenait de ce moment avec une certaine \u00e9motion, vu qu&rsquo;elle avait v\u00e9cu de mani\u00e8re directe ce que signifiait perdre la t\u00eate, celle-ci sectionn\u00e9e par la t\u00f4le du fourgon quand elle l&rsquo;avait presque coup\u00e9 en deux, fon\u00e7ant sur lui \u00e0 180 km\/hr.<br \/>\nDonc elle conduisait calmement. D&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas tr\u00e8s envie de v\u00e9rifier si elle pourrait soigner Jenny en cas d&rsquo;accident.<br \/>\nTrop calmement m\u00eame&#8230; puisqu&rsquo;elle attirait les foudres de tout les chauffards de la ville&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;ado lan\u00e7a un regard surpris \u00e0 la conductrice en pouffant \u00ab\u00a0Pas assez bu de caf\u00e9 ?\u00a0\u00bb Elle tourna la t\u00eate vers l&rsquo;arri\u00e8re riant, amus\u00e9e par les insultes et autres r\u00e9actions hostiles des automobilistes qui subissaient la prudence excessive de Carol. \u00ab\u00a0Hmmm&#8230; va falloir acc\u00e9l\u00e9rer un peu non ?\u00a0\u00bb La jeune femme reprit sa position riant toujours aussi amus\u00e9e alors que sa main se porta sur la radio de bord aussi vieille et us\u00e9e que le v\u00e9hicule, faisant tourner la molette jusqu&rsquo;a trouver une station valable o\u00f9 l&rsquo;on entendait le dernier tube a la mode. La jeune femme sourit ouvrant la fen\u00eatre tout en tapant le rythme de la ballade sur ses cuisses alors que sa voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vait lentement accompagnant la chanteuse pour finalement couvrir sa voix.<\/p>\n<p>Carole souria, et se perdit dans la voix de la jeune fille&#8230; ce qui valut un cabrage impr\u00e9vu quand elle commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9border s\u00e9v\u00e8rement sur la ligne de d\u00e9marcation de la file d&rsquo;en face&#8230;<br \/>\nElle bl\u00eamit, et Jenny se retrouva projet\u00e9e en arri\u00e8re par le geste \u00e9clair de la jeune femme qui la r\u00e9installa dans le si\u00e8ge, la t\u00eate DANS l&rsquo;habitacle et non plus pench\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre.<br \/>\n\u00ab\u00a0D\u00e9sol\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait un souci p\u00e9nible&#8230; Jenny chantait avec une voix si merveilleuse qu&rsquo;en comparaison les trilles d&rsquo;un rossignol passaient pour des filets de mauvais vinaigre. Et cela avait le don de l&rsquo;envouter, et donc de la d\u00e9concentrer au possible. Et vu ses talents routiers, c&rsquo;\u00e9tait un don franchement dangereux&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Heyyyy !! \u00a0\u00bb La chanteuse ouvrit de grands yeux surpris et apeur\u00e9 lorsqu&rsquo;elle se retrouva \u00e0 la seconde plaqu\u00e9e dans son si\u00e8ge, son chant \u00e9teint. Ses yeux se port\u00e8rent sur la conductrice, la crainte se lisant dans son regard car elle avait oubli\u00e9 l&rsquo;espace d&rsquo;un instant ce qu&rsquo;\u00e9tait r\u00e9ellement Carol. Elle reporta son attention sur l&rsquo;avant sagement install\u00e9e dans son si\u00e8ge, les mains serr\u00e9es entre ses jambes.<\/p>\n<p>Un soldat sans piti\u00e9.<\/p>\n<p>Carole se mordit la l\u00e8vre. Et apr\u00e8s deux cent m\u00e8tres, profita d&rsquo;un feu rouge, le dernier avant d&rsquo;arriver \u00e0 bon port, pour se tourner sur sa d\u00e9sormais silencieuse passag\u00e8re.<br \/>\n\u00ab\u00a0J\u2019ai eu peur\u00a0\u00bb&#8230;<br \/>\nElle garda un temps de silence.<br \/>\n\u00ab\u00a0J\u2019ai fais une embard\u00e9e&#8230; je suis une catastrophe en voiture&#8230; Et je me suis inqui\u00e9t\u00e9&#8230; je te demande pardon&#8230; Mais tu chante toujours aussi bien&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny jeta un regard a Carol en lan\u00e7ant d&rsquo;une voix mal assur\u00e9e \u00ab\u00a0Bah&#8230; faut pas aussi brutale&#8230; enfin t&rsquo;aurais pu me pr\u00e9venir&#8230;\u00a0\u00bb Elle sourit un peu plus sereine, se d\u00e9tendant dans son si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Carole toussa, un klaxon fit remarquer que le feu \u00e9tait vert, et elle d\u00e9marra en souriant, un peu g\u00ean\u00e9e&#8230; Il allait falloir lui apprendre que certains reflexes de soldats \u00e9taient mal adapt\u00e9s \u00e0 veiller sur une adolescente.<br \/>\nLes bureaux du contr\u00f4le de veille sanitaire de Freedom apparurent. C&rsquo;\u00e9tait son bureau&#8230; enfin, ce qu&rsquo;il y avait en dessous, sur sept \u00e9tages de sous-sol, plus un nombre ind\u00e9cent de kilom\u00e8tres de couloirs dont certains \u00e9quip\u00e9s de v\u00e9hicules rapides, sans compter divers hangars, dont celui qui abritait le Shadowbird, la navette de combat transorbitale de l&rsquo;USS.<br \/>\nLa voiture trouva une place dans le garage, et Carole ouvrit sa porti\u00e8re, et celle de Jenny. Le temps de prendre un ascenseur en sous-sol, qui descendit alors qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9vu techniquement \u00e0 cet effet, et la porte s&rsquo;ouvrit sur tout ce que l&rsquo;on peut faire de magnificence en terme de bureau gouvernemental.<\/p>\n<p>Du verre partout o\u00f9 on pouvait en mettre, du m\u00e9tal chrom\u00e9 pour le reste et des murs couverts d&rsquo;\u00e9crans et d&rsquo;affichages, le tout dans le brouhaha d&rsquo;une \u00e9quipe en fait \u00e9norme, faite de gens dont la vie ne serait jamais connue, au service de la protection d&rsquo;un pays.<\/p>\n<p>Jenny suivait Carol dans le d\u00e9dale de couloirs du b\u00e2timent, les mains plong\u00e9es dans les poches de son pantalon, son regard furetant partout, sa tenue ne manquant pas de d\u00e9concentrer la plupart des employ\u00e9s qu&rsquo;elle croisait et dont elle d\u00e9lestait qui son caf\u00e9, qui son croissant pos\u00e9 sur le bureau, qui un stylo ou encore un bloc-note, faisant preuve d&rsquo;une imagination exceptionnelle pour \u00e9chapper au regard de Carol qui ne devait pas manquer de la garder \u00e0 l\u2019 \u0153il.<\/p>\n<p>Carole ne se souciait pas \u00ab\u00a0trop\u00a0\u00bb de ce que Jenny pouvait voler. D\u2019une part parce qu&rsquo;il \u00e9tait assez improbable de l&rsquo;en emp\u00eacher, d&rsquo;autre part parce que Jenny avait vite pu apprendre que la majorit\u00e9 de ce qui \u00e9tait ici ne pouvait pas en sortir. Les d\u00e9tecteurs n\u2019ont ni \u00e2me, ni piti\u00e9 pour le don de la jeune fille \u00e0 la cleptomanie. Elle salua ses connaissances, et se retrouva vite embarqu\u00e9e dans des analyses de dossier o\u00f9 on parlait d&rsquo;urgence nationale et d&#8217;emmerdes maximales, bref, tout ce qui faisait son monde, comme toujours. Comme disait Seven \u00ab\u00a0la parano les tuera avant leurs ennemis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand \u00e0 Jenny, elle vit filer sa protectrice, qui se retrouvait bien en peine de jouer son r\u00f4le.<br \/>\nUne fois sa \u00ab\u00a0tutrice\u00a0\u00bb absorb\u00e9e dans la paperasserie gouvernementale, Jenny en profita pour errer de bureau en bureau, saluant tout le monde au passage tout en semant invariablement son petit chaos personnel en subtilisant les affaires de ceux-ci, m\u00eame si elle \u00e9vitait au possible de toucher aux divers dossiers sachant leur importance pour ces employ\u00e9s sp\u00e9ciaux. Ce jeu dont elle avait \u00e9tabli les r\u00e8gles l&rsquo;amusait beaucoup, rehaussant a chaque fois la difficult\u00e9 jusqu&rsquo;a tenter de \u00ab\u00a0voler\u00a0\u00bb certaines affaires devant les yeux de son propri\u00e9taire devenu m\u00e9fiant \u00e0 force de perdre son temps en recherche vaine. Une fois sa \u00ab\u00a0ronde\u00a0\u00bb effectu\u00e9e, elle se colla \u00e0 nouveau au pas de Carol, l&rsquo;observant dans son travail sans en comprendre tous les tenants et aboutissant de ses discussions et d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>Carole r\u00e9ussit \u00e0 convaincre Eliza, son interlocutrice, sp\u00e9cialiste du trafic international d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;art et antiques, surtout en provenance du Moyen-Orient, de la l\u00e2cher 2 mn. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas facile, d&rsquo;autant que si une poign\u00e9e de personnes savaient un peu qui \u00e9taient Jenny, celle-ci \u00e9tait catalogu\u00e9e dans le bureau comme \u00ab\u00a0petite amie \u00bb et m\u00eame si cette derni\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 que depuis une poign\u00e9e de jours, on lui avait d\u00e9j\u00e0 comment\u00e9 que les prendre au berceau, c&rsquo;\u00e9tait mal.<br \/>\nEt en prime, expliquer le caract\u00e8re cleptomane de la jeune fille avait \u00e9t\u00e9 p\u00e9nible aussi.<br \/>\nMais bref, elle put se tourner vers la jeune fille, souriant chaleureusement, se pr\u00e9parant \u00e0 lui faire la surprise bien modeste qu&rsquo;elle lui r\u00e9servait, \u00e0 savoir lui offrir d&rsquo;acc\u00e9der aux ordinateurs de simulation, sur lesquelles Samuel avait accept\u00e9 d&rsquo;admettre qu&rsquo;il avait bel et bien install\u00e9 Parasite Eve&#8230; jouer \u00e0 un truc pareil sur des \u00e9crans holographiques et des machines qui n&rsquo;existent m\u00eame pas officiellement \u00e9tait selon elle un agr\u00e9able passe-temps.<br \/>\nMais elle n&rsquo;en eu pas le temps&#8230;<\/p>\n<p>Il y avait un code simple en cas d&rsquo;alerte, et le code simple \u00e9tait que tout le bureau, c&rsquo;est \u00e0 dire un lieu de travail pour 94 personnes, passait en lumi\u00e8re rouge. Et la lumi\u00e8re rouge remplit tout le bureau\u2026<\/p>\n<p>L&rsquo;ado sourit \u00e0 Carol, tournant bri\u00e8vement le regard sur les employ\u00e9s et leur regard entendu et lan\u00e7a \u00ab\u00a0Ca vous emmerde hein ?\u00a0\u00bb Elle attrapa le bras de Carol se collant contre elle en roucoulant avant de lever des yeux surpris et interrogateur sur elle alors que les bureaux se teintaient de rouge. Les agents s&rsquo;activant subitement laissaient a l&rsquo;abandon leur travail du moment et d&rsquo;autres attendaient ce qui semblait \u00eatre des ordres ou un appel quelconque.<\/p>\n<p>Un des agents se jeta sur la console, lisant \u00e0 voix haute le t\u00e9l\u00e9texte qui d\u00e9filait. Mais en fait, tout le monde lisait les \u00e9crans. C\u2019\u00e9tait la proc\u00e9dure, et Jenny n&rsquo;en perdait pas une miette&#8230; Ce qui ne lui plaisait pas \u00e9tait l&rsquo;affolement apparent qui venait de saisir le bureau entier.<br \/>\n\u00a0\u00bb Prise d&rsquo;otage dans le Centre Commercial Wisley, en apparence est vis\u00e9 le bureau de centralisation des \u00e9changes commerciaux! 32 personnes retenues, 8 preneurs d&rsquo;otages confirm\u00e9s, 3 flics et deux agents de s\u00e9curit\u00e9s abattus, un otage tu\u00e9 pour menace!!! Merde, \u00e7a chie!!!&rsquo;<br \/>\nCarole supposa que la derni\u00e8re phrase n&rsquo;\u00e9tait pas dans le t\u00e9l\u00e9texte. Elle s&rsquo;\u00e9lan\u00e7a vers un couloir, assez vivement pour que Jenny n&rsquo;ai que le choix de se faire embarquer tel un \u00e9tendard improvis\u00e9, ou de l\u00e2cher son bras.<br \/>\nElle avait d\u00e9j\u00e0 son oreillette:<br \/>\n\u00ab\u00a0Max, tu as re\u00e7u?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Oui, carole, Strike Un et Deux d\u00e9p\u00each\u00e9s, on attend la Trois, 8 minutes pour couvrir le p\u00e9rim\u00e8tre!\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0J&rsquo;arrive!!!'\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny se laissa entra\u00eener par Carol totalement d\u00e9pass\u00e9e par les \u00e9v\u00e8nements m\u00eame si certains mots r\u00e9sonnaient encore dans son esprit \u00ab\u00a0Prise d&rsquo;otage&#8230; des morts&#8230;\u00a0\u00bb La peur grandissait en elle au fur et a mesure que l&rsquo;effervescence du bureau s&rsquo;amplifiait laissant un concert d&rsquo;ordre, directives baign\u00e9s dans le rouge des bureaux devenu bien oppressant soudainement, pr\u00e9sage pour Jenny, que \u00e7a recommen\u00e7ait encore une fois&#8230; une course folle et sans doute sanglante&#8230;<\/p>\n<p>Carole n&rsquo;avait pas le temps de s&rsquo;arr\u00eater. Elle n&rsquo;avait plus de temps pour rien. Le couloir menait \u00e0 une armurerie qui \u00e0 elle seule aurait suffit \u00e0 mener une guerre dans un petit pays, et o\u00f9 se trouvait sa tenue de combat.<br \/>\nSe d\u00e9faire de sa tenue, surchemise blanche, tee-shirt blanc, jean clair et basket, au plus vite, ne prenait qu&rsquo;une poign\u00e9e de secondes&#8230; trop, pour l&rsquo;urgence.<br \/>\n\u00ab\u00a0Jenny, des gens meurent, alors tu ne vient pas. Tu risque de te faire tuer. C&rsquo;est mon travail, \u00e7a&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente regarda autour d&rsquo;elle puis revint sur Carol, fermant un instant les yeux avant de fixer, un air de d\u00e9fit sur le visage: \u00ab\u00a0Tu ne pourras pas m&rsquo;en emp\u00eacher\u00a0\u00bb L&rsquo;ado sourit bri\u00e8vement avant de se faire bousculer par les autres agents qui n&rsquo;avaient, comme Carol, que peu de temps pour s&rsquo;\u00e9quiper, certains de leurs regards r\u00e9probateurs glissant sur la jeune fille.<\/p>\n<p>Carole fron\u00e7a les sourcils. Elle savait clairement en effet, et m\u00eame si la gosse se retrouvait \u00e0 poil d\u00e8s qu&rsquo;elle faisait le passe-muraille, qu&rsquo;elle n&rsquo;avait aucuns moyens de l&#8217;emp\u00eacher de la suivre. Elle finit nue, ce qui provoqua l&rsquo;impact violent d&rsquo;un angle de mur et d&rsquo;une t\u00eate du pauvre agent qui regardait alors, et enfila sa combinaison.<br \/>\nBlanche, comme le reste.<br \/>\nCa avait toujours \u00e9t\u00e9 son souhait.<\/p>\n<p>Jenny agitait sa carte d&rsquo;accr\u00e9ditation pour appuyer ses paroles \u00a0\u00bb Je suis une agent comme toi&#8230;alors je&#8230;viens\u00a0\u00bb L&rsquo;assurance de la jeune femme s&rsquo;envol\u00e2t alors qu&rsquo;elle d\u00e9taillait la nudit\u00e9 de Carol et pouffa a moiti\u00e9 au son mat de la t\u00eate contre le mur ce qui lui permit de reprendre un peu d&rsquo;aplomb face au soldat qu&rsquo;\u00e9tait devenu Carol&#8230;<br \/>\nEnfin elle l&rsquo;avait toujours \u00e9t\u00e9 mais bien plus qu&rsquo;il y a quelques minutes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Alors assume ce que veut dire cette carte, et ce que tu es.\u00a0\u00bb<br \/>\nCarole enfila sa derni\u00e8re botte, elle avait fait tout dans l&rsquo;urgence de mouvements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s mille fois, et elle extirpa de son sac sa propre carte d&rsquo;agent d&rsquo;USS, et son \u00e9norme et mena\u00e7ant flingue, l&rsquo;autre main saisissant un harnais de combat largement pourvu.<br \/>\n\u00ab\u00a0Max, enregistre un agent auxiliaire avec moi, Jenny vient.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Carole, tu plaisante?&#8230; Elle n&rsquo;a aucune comp\u00e9tences pour&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Alors essaye de l&rsquo;en emp\u00eacher.\u00a0\u00bb<br \/>\nElle sortit en trombe, de l&rsquo;autre cot\u00e9 de la salle, reprenant le couloir o\u00f9 les agents \u00e9taient pass\u00e9s devant elle.<br \/>\n\u00ab\u00a0Jenny, suit-moi! A partir de maintenant, tu ob\u00e9is au moindre de mes ordres! Et si jamais une seule seconde je te vois te remat\u00e9rialiser, l\u00e0-bas, je te tire dessus moi-m\u00eame&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny papillonna des cils, interloqu\u00e9e par la froideur toute militaire de Carol puis se pr\u00e9cipita a la suite de celle-ci, le c\u0153ur battant et tremblante d&rsquo;excitation et de trouille: \u00ab\u00a0Oui !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Max secoua la t\u00eate, et reprit sa console. Install\u00e9 dans le camion r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la troisi\u00e8me Strike Force, il attendait le seul et unique membre du 3eme Strike, celle sur la vie et l&rsquo;efficacit\u00e9 de qui il devait veiller. Il pressa les deux agents d&rsquo;appui de faire une place de plus&#8230; Tout merdait \u00e0 vitesse grand V, mais c&rsquo;\u00e9tait le propre de l&rsquo;urgence. Et puis merde, cette gosse avait fait un voyage Terre-Lune et retour, et avait parl\u00e9 \u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec les super-h\u00e9ros de Freedom Force. Il avait autre chose \u00e0 faire, et les rapports d\u00e9filaient \u00e0 toute vitesse. Il devait \u00eatre pr\u00eat et l&rsquo;assumer, c&rsquo;\u00e9tait son m\u00e9tier, il \u00e9tait pay\u00e9 \u00e0 \u00e7a&#8230; Et il adorait \u00e7a.<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente se pr\u00e9cipita a l&rsquo;arri\u00e8re du camion s&rsquo;\u00e9talant haletante sur les deux autres agents avant de s&rsquo;installer dans un coin, tremblante, son regard courant sur l&rsquo;installation scintillante de lumi\u00e8re du v\u00e9hicule, pas du tout rassur\u00e9e soudainement. Elle r\u00e9alisait que sa bravade l&rsquo;avait embarqu\u00e9e dans une situation dangereuse voir mortelle m\u00eame si elle ne percutait pas, vraiment cherchant du regard Carol pour se rassurer un peu.<\/p>\n<p>Carole connaissait sa place, et les milliers d&rsquo;heures de gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s la mettaient \u00e0 l&rsquo;abri de se cogner \u00e0 tout ce que le camion comptait de mat\u00e9riel de guerre et de d\u00e9tection. Max \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;avant, en copilote, et le camion avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 les 80Km\/hr avant que les deux agents d&rsquo;appui ne ferment les portes.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait le silence, et ce silence hurlait plus fort que toutes les foules.<\/p>\n<p>Et dans le silence, Carole apprenait la peur&#8230;<\/p>\n<p>Il y eu 14 rapports le temps que le camion ne couvre les 8 mn de trajet. Max parlait vite, et fort. Ca se passait mal, le secteur \u00e9tait boucl\u00e9 par le FBI, et deux escadrons de SWAT prenaient positions sur le p\u00e2t\u00e9 de maison entier. Le centre commercial \u00e9tait grand, et la crainte \u00e9tait que les preneurs d&rsquo;otages, visiblement tout \u00e0 fait pr\u00e9par\u00e9s, aient pi\u00e9g\u00e9s tout le magasin, pour se concentrer dans le hall o\u00f9 ils retenaient leurs boucliers humains.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cibles prioritaires?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Le fils du maire et sa femme sont dedans, Carole. C&rsquo;est ta cible. Prioritaire.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Et apr\u00e8s?&#8230; \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Apr\u00e8s rien. Y&rsquo;a une armada dehors, faut assurer le moins de morts possibles.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Bien&#8230; Et des collants?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Fatman. Mais le FBI lui a interdit l&rsquo;entr\u00e9e du p\u00e9rim\u00e8tre, ce con est bien capable de faire sauter tout les pi\u00e8ges s&rsquo;il y en a&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La jeune fille essayait sans succ\u00e8s d&rsquo;\u00e9viter de se cogner a toutes les asp\u00e9rit\u00e9s que comportait l&rsquo;espace clos, ses oreilles bourdonnant aux flots de paroles qui se d\u00e9versaient inlassablement dans l&rsquo;habitacle sans vraiment comprendre leur teneur et leur importance&#8230; des personnes risquaient de mourir&#8230; monsieur et madame tout le monde&#8230; Une boule nacquit au creux de son ventre, le corps tremblant et ses yeux bleus grand ouverts o\u00f9 perlaient des larmes.<\/p>\n<p>Carole avait peur. Carole ne montrait pas sa peur.<br \/>\nDehors, un quartier du centre vital de la ville, lieu vivant et hyper-actif, \u00e0 l&rsquo;heure du d\u00e9jeuner. Et le plus luxueux centre de commerce et d&rsquo;affaires de Freedom. Et un \u00e9talage de force qui faisait du p\u00e2t\u00e9 de maison entier un champ de guerre qui n&rsquo;attendait que les morts et la fum\u00e9e pour achever de parfaire son d\u00e9cor.<br \/>\nElle \u00e9tait debout au milieu d&rsquo;hommes appartenant \u00e0 la police, au FBI, aux SWAT, aux Strikes des USS qui ici passaient pour encore d&rsquo;autres SWAT. Max \u00e9tait dans le camion, et devant elle une femme de trente-cinq ans faisait un topo \u00e0 voix basse \u00e0 un lieutenant de SWAT qui la relayait d&rsquo;une voix d&rsquo;avion de ligne : \u00ab\u00a0Les n\u00e9gociations ont \u00e9chou\u00e9s, ils se fichent de toutes propositions, conclusion, ils savent comment sortir d&rsquo;ici eux-m\u00eames. On craint que les otages ne finissent en boucliers humains. Les Swat 1 \u00e0 3 bouclent les sous-sols et les \u00e9vacuations, la 4 contr\u00f4le les toits, la 5, 6, et 7 sont en r\u00e9serve pour pr\u00e9voir un assaut coordonn\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Carole \u00e9coutait en silence. Elle \u00e9tait un agent d&rsquo;une SWAT entour\u00e9 de deux agents d&rsquo;appuis, elle \u00e9tait dans son \u00e9l\u00e9ment, et tout pouvait aller mal ou bien, elle devait faire son travail. Mais elle avait peur. Deux m\u00e8tres derri\u00e8re elle, une adolescente se demandait de plus en plus quelle folie la faisait \u00eatre l\u00e0. Et les regards qu&rsquo;on lui portait ne faisaient que renforcer cette impression.<\/p>\n<p>Jenny bl\u00eame sentait la bile remonter, les jambes tremblantes soutenaient a peine le poids de son corps. Les bras crois\u00e9s sur son ventre elle sentait tout les regards se porter sur elle, elle sentait qu&rsquo;elle n&rsquo;avait rien a faire ici, elle perdait lentement pied, sa peur l&rsquo;envahissant, elle sentait que sa bravade stupide se transformait en cauchemar&#8230; La jeune adolescente alla s&rsquo;appuyer contre le camion se pliant en deux pour vomir et tousser, pleurant de trouille, les oreilles assourdie par le brouhaha ambiant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On ne peut pas attendre, ils menacent de tuer un otage par minute si on ne d\u00e9gage pas un p\u00e9rim\u00e8tre de 800 m\u00e8tres autour du b\u00e2timent. A priori, ils peuvent bluffer, ils tentent de gagner le temps n\u00e9cessaire \u00e0 leur travail. On ignore quoi, et pourquoi, seule info, l&rsquo;un des otages est le directeur de l&rsquo;agence de centralisation des \u00e9changes. Il est sans doutes isol\u00e9 des autres otages.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole jeta un regard en arri\u00e8re, froid, et dur. Du moins il ne montrait que \u00e7a&#8230; Jenny \u00e9tait malade, tout \u00e0 fait normal. Elle avait fait son choix, elle devait assumer.<br \/>\n\u00ab\u00a0Max, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Je g\u00e8re avec les SWAT, je t&rsquo;envoie le plan d&rsquo;intervention. Il faut entrer, estimation de dur\u00e9e de vie des otages 25 mn dans les conditions actuelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny se redressa s&rsquo;essuyant du revers de la main sa bouche, le souffle court puis se retourna, le dos cal\u00e9 contre le camion, profitant de la fraicheur du m\u00e9tal alors que son regard interceptait celui de Carol, dure et froid, militaire et impersonnelle. Elle ferma bri\u00e8vement les yeux prise d&rsquo;une quinte de toux.<\/p>\n<p>Carole se retourna vers l&rsquo;\u00e9quipe des officiers des SWAT et des Strike. La discussion dura 3 mn, sans presque d&rsquo;\u00e9clats de voix. La situation \u00e9tait simple, les trois Strike lan\u00e7aient l&rsquo;assaut apr\u00e8s un bombardement de toutes les voies d&rsquo;a\u00e9ration et des zones de circulation de gaz vomitif. Les SWAT lan\u00e7aient la seconde vague d&rsquo;assaut pour contr\u00f4ler le centre commercial.<br \/>\nIl fallait seulement une chose, \u00e9chou\u00e9e jusque l\u00e0&#8230; Voir ce qui se passait&#8230; Pouvoir voir&#8230; Et carole avait peur, elle se mit \u00e0 avoir envie de vomir \u00e0 son tour. Il fallait \u00e0 tous des yeux, et en moins de 5 mn, et les agents avaient \u00e9chou\u00e9s \u00e0 voir ce qui se passait&#8230; Il y avait deux m\u00e8tres derri\u00e8re elle quelqu&rsquo;un qui pouvait voir. Et sa naus\u00e9e grandit&#8230;<br \/>\n\u00ab\u00a0Jenny&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Celle-ci ouvrit les yeux en entendant son nom, son regard la scrutait interrogative ne comprenant toujours rien a tout cela elle bafouilla \u00ab\u00a0Ou&#8230;oui ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole quitta le groupe de d\u00e9cideur, pour se planter devant la jeune fille, ses mains venant chercher et d\u00e9boucher une gourde dans un geste rapide, qu&rsquo;elle lui tendit.<br \/>\n\u00ab\u00a0Boit \u00e7a.<br \/>\nJenny, il faut que nous sachions ce qui se passe, il faut qu&rsquo;une personne puisse nous dire o\u00f9 se trouve les otages et les preneurs d&rsquo;otages. Il faut entrer, tout voir, en 5mn, et ressortir. Tu as dit que tu \u00e9tais agent.<br \/>\nTu as dis que tu voulais assumer. Tu dois le faire, je dois sauver ces gens&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nCarole avait un regard froid, celui d&rsquo;une militaire en pleine action&#8230; mais celle qui la regardait ne put ne pas voir ses mains qui tremblaient.<\/p>\n<p>Jenny fixait le soldat devant elle, Carol, prenant machinalement la gourde pour en boire une gorg\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bbJe&#8230;dois aller l\u00e0-bas&#8230;\u00a0\u00bb Son regard d\u00e9riva vers le centre commercial&#8230; \u00ab\u00a0Tout&#8230;regarder&#8230;et vous dire&#8230;ce qu&rsquo;il y a&#8230;\u00a0\u00bb Un tremblement parcourut son corps, elle sentait le regard de Carol et ses mains qui tremblaient pour la premi\u00e8re fois a sa connaissance ainsi que toute les autres personne pr\u00e9sentes&#8230; leur regard dubitatif sur cette jeune ado tremblante et morte de trouille qui devait les aider a sauver les otages&#8230; tous si possible&#8230;<\/p>\n<p>Ses yeux se pos\u00e8rent sur Carol et d&rsquo;une voix mal assur\u00e9e \u00ab\u00a0Tu as peur&#8230; ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jenny, il ne reste pas assez de temps pour h\u00e9siter. Tu as 5 mn pour y aller, et revenir.\u00a0\u00bb<br \/>\nElle posa sa main contre son \u00e9couteur, parlant \u00e0 son micro.<br \/>\n\u00ab\u00a0Max, dit-leur qu&rsquo;on envoie un \u00e9claireur et qu&rsquo;on aura les positions exactes dans 5 mn!\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu l&rsquo;envoie?! Et je leur dis quoi moi ?!\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Qu&rsquo;on envoie un fant\u00f4me.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu fais chier&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nElle se tourna vers l&rsquo;adolescente, son regard changea, charg\u00e9 de sentiments m\u00eal\u00e9s o\u00f9 transparaissait cette fois-ci la peur, sans h\u00e9siter, une peur qu&rsquo;elle combattait par une confiance maternelle.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu ne mourra pas.\u00a0\u00bb<br \/>\nUne voix \u00e0 l&rsquo;\u00e9couteur, et le regard qui se posa de nouveau \u00e9tait froid et militaire.<br \/>\n\u00ab\u00a0En position Jenny, Suis-moi, \u00e7a commence maintenant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle ferma \u00e0 nouveau les yeux et serra bri\u00e8vement les mains de Carol avant de la suivre toujours autant morte de trouille elle lance sans grand conviction \u00ab\u00a0On ne peut pas me&#8230; tuer quand je suis un fan&#8230;t\u00f4me&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole rendit le serrement des mains, et les l\u00e2cha dans la seconde, se dirigeant au milieu de la foule des officiels, des policiers, des hommes en armes, pour approcher du mur le plus accessible du centre commercial, \u00e0 la limite de la zone de s\u00e9curit\u00e9, en th\u00e9orie en dehors de la couverture des preneurs d&rsquo;otages.<br \/>\nElle le fit froidement, militairement, sans une once d&rsquo;attention pour la jeune fille. Elle devait respecter une \u00e9tiquette, celle d&rsquo;un soldat et d&rsquo;une professionnelle, et si Jenny n&rsquo;avait que 19 ans, elle portait une plaque et un brassard, et une veste bleue qui faisait d&rsquo;elle un agent du SWAT. Elle devait assumer \u00e7a aussi. Et \u00e7a allait devoir passer.<br \/>\nC&rsquo;est seulement quand, contre le mur, elle se retourna, que son regard r\u00e9apparu charg\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9hension.<br \/>\n\u00ab\u00a0Ecoute-moi, Jenny. Le centre commercial est derri\u00e8re ce mur. Ils sont dans l&rsquo;aile Ouest, au premier \u00e9tage. Il est possible que tout soit pi\u00e9g\u00e9. Ne redevient jamais tangible. Tant que tu es un fant\u00f4me, il ne t&rsquo;arrivera rien. Fait vite, et ressort par o\u00f9 tu peux, et choppe le premier agent que tu vois pour transmettre les informations. D&rsquo;accord?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny suivit le sillage de Carol, t\u00eate baiss\u00e9e pour \u00e9viter de croiser les regards des agents, silencieuse, essayant de ne pas s&rsquo;\u00e9crouler. Une fois arriv\u00e9e contre le mur, elle \u00e9couta les directives de la femme-soldat, opinant du chef \u00e0 plusieurs reprises avant de dire \u00ab\u00a0oui&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole se pencha sur la jeune fille, bien plus petite qu&rsquo;elle, et un tr\u00e8s bref instant, ses bras entour\u00e8rent l&rsquo;adolescente pour la serrer, avant de la l\u00e2cher.<br \/>\n\u00ab\u00a0Va, ma ch\u00e9rie&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny frissonna au contact de Carol r\u00e9pondant maladroitement a l&rsquo;\u00e9treinte puis son attention se reporta sur l&rsquo;immense b\u00e2timent qu&rsquo;\u00e9tait le Centre Commercial. Elle inspira profond\u00e9ment avant de se diriger droit vers le mur o\u00f9 elle disparu, ses v\u00eatements tombant dans un froissement au pied de celui-ci. Carole ramassa les v\u00eatements, et tourna son regard. Il y avait deux agents du SWAT qui regardaient, bouche b\u00e9e&#8230; Elle ne dit rien, et contacta Max pour pr\u00e9venir que l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9tait lanc\u00e9e. Une mani\u00e8re de se rendre une contenance. Et les deux agents du SWAT reprirent la leur dans le m\u00eame temps. Le boulot et l&rsquo;urgence avant tout.<\/p>\n<p>Une fois de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du mur, Jenny ouvrit les yeux, la trouille la prenant au ventre car d\u00e9sormais elle \u00e9tait seule en terrain inconnu, son regard fureta aux alentours pour appr\u00e9hender son nouvelle environnement. Elle inspira un grand coup se frottant les mains, tremblantes.<br \/>\nLe centre commercial faisait trois \u00e9tages, trois fois presque un terrain de football, mais une visibilit\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 20 m\u00e8tres. Tellement de stands et de boutiques que se cacher ici \u00e9tait un jeu d&rsquo;enfant. Sauf que \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait plus un jeu d&rsquo;enfant. Et voir un tel magasin si vide donnait une sensation d&rsquo;oppression affreuse.<\/p>\n<p>L&rsquo;ado d\u00e9glutit et d&rsquo;un pas h\u00e9sitant s&rsquo;engageant dans l&rsquo;une des all\u00e9e, ses yeux courant dans tout les coins et recoins a la recherche d&rsquo;indices r\u00e9v\u00e9lant le lieu o\u00f9 se trouvait les preneurs d&rsquo;otages. Ses mains tremblaient venant parfois traverser sans le vouloir une vitrine et les objets qu&rsquo;elle exposait. Il y avait des tas de choses brillantes, belles, amusantes, et dr\u00f4les \u00e0 voler. Dur de ne pas y penser et de r\u00e9sister \u00e0 la tentation. Carole avait dit \u00ab\u00a0aile ouest, premier \u00e9tage\u00a0\u00bb&#8230; Quand elle s&rsquo;approcha des escaliers pour les gravir, elle r\u00e9alisa que de dr\u00f4les d&rsquo;objets sommairement cach\u00e9s et reli\u00e9s \u00e0 des fils tendus barraient les marches.<br \/>\nMais jenny n&rsquo;avait jamais vu de mines claymores&#8230; Elle observa longuement l&rsquo;assemblage sur les marches essayant de deviner leur usage mais une chose \u00e9tait certaine pour elle, \u00e7a n&rsquo;avait rien \u00e0 faire l\u00e0. Lentement elle gravit les marches s&rsquo;arr\u00eatant pour contempler une vitrine puis, apr\u00e8s quelques secondes elle secoua la t\u00eate : \u00ab\u00a0Des gens \u00e0 sauver&#8230;. pas le temps&#8230;\u00a0\u00bb Sa main avait attrap\u00e9 sans y parvenir l&rsquo;un des bijoux expos\u00e9 avant d&rsquo;atteindre le premier \u00e9tage s&rsquo;avan\u00e7ant vers le panneau d&rsquo;information afin de trouver o\u00f9 \u00e9tait l&rsquo;aile ouest.<br \/>\nJenny n&rsquo;avait pas le talent \u00e0 compter le temps qui passait comme Carole le faisait naturellement. Pour elle, \u00e7a passait trop vite, et c&rsquo;\u00e9tait sans fin. Mais ca devait \u00eatre l&rsquo;aile ouest, vive les magasins avec des directions et des pancartes partout&#8230; Et elle sut que c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a quand elle per\u00e7ut deux choses: des gens qui pleuraient, et deux hommes \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un truc qui devait \u00eatre un salon o\u00f9 un hall, et qui \u00e9taient en arme, en gilet pare-balle, et casqu\u00e9s de masques respiratoires. Les armes \u00e9taient grosses, lourdes, et noires, et leur image fit jaillir des souvenirs atroces dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;adolescente. Le seul souci \u00e9tait que pour voir la suite, il fallait aller dans ce salon.<br \/>\nElle resta longuement \u00e0 observer les deux hommes en armes, mortellement effrayant alors qu&rsquo;elle percevait toujours les pleurs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du \u00ab\u00a0salon\u00a0\u00bb. Elle n&rsquo;aurait pas la force de passer entre eux m\u00eame si elle savait qu&rsquo;ils ne pouvait rien lui faire. La peur la guidant elle choisit de p\u00e9n\u00e9trer dans une boutique attenante afin d&rsquo;atteindre le lieu en passant au travers des murs. Ce qu&rsquo;elle fit en fermant les yeux pour les ouvrir une fois a l&rsquo;int\u00e9rieur.<br \/>\nElle poussa un hoquet, heureusement totalement silencieux, et l&rsquo;homme qui l&rsquo;aper\u00e7ut eu la force de retenir son cri de surprise. On ne voit pas souvent une passe-muraille v\u00eatue en tout et pour tout d&rsquo;un top moulant en second-skin blanc dans sa vie. Mais le hoquet \u00e9tait qu&rsquo;elle \u00e9tait exactement un m\u00e8tre derri\u00e8re l&rsquo;un des preneurs d&rsquo;otage, dans un grand hall chang\u00e9 en prison. Les 30 otages \u00e9taient l\u00e0, gard\u00e9s par 5 hommes arm\u00e9s, tous v\u00eatus comme les deux hommes de l&rsquo;entr\u00e9e. Ils avaient aussi des grenades, et des armes que Jenny ne reconnaissait pas tout \u00e0 fait. Et pour tout r\u00e9sumer, elle se demandait bien ce qu&rsquo;elle devait trouver encore&#8230; C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup de jouer \u00e0 cache-cache comme \u00e7a.<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente recula d&rsquo;un pas pour se retourner et observer, compter ce qu&rsquo;elle pensait utile&#8230;30 otages&#8230; 5 terroristes&#8230;. arm\u00e9s de gros fusils&#8230; grenades&#8230; et les 2 devant&#8230; m\u00eame choses que les autres\u2026 Jenny avait les mains moites et le corps en sueur alors qu&rsquo;elle parcourait le hall s&rsquo;arrangeant au maximum pour se dissimuler aux regards des terroristes qui pouvaient \u00e0 tout moment l&rsquo;apercevoir ce qui n&rsquo;arrangeait pas son \u00e9tat de trouille-panique. Des regards se tournaient vers le fant\u00f4me \u00e0 demi-enfonc\u00e9 dans la paroi du hall, et qui semblait tout observer. Des regards intrigu\u00e9s, et brulant d&rsquo;espoir. Quelle que soit cette silhouette \u00e0 moiti\u00e9 nue et effray\u00e9e, elle ne pouvait venir que pour les sauver.<br \/>\nAu fond du hall plusieurs portes menaient vraisemblablement \u00e0 des bureaux, et l&rsquo;une des portes s&rsquo;ouvrit pour laisser passer deux terroristes encadrant un pauvre bonhomme, qui s&rsquo;il avait eu l&rsquo;air moins effray\u00e9 et amoch\u00e9 par de rudes coups, eut \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e9gant sexag\u00e9naire. Et derri\u00e8re le trio, un homme qui \u00e9tait lui-m\u00eame en costume \u00e9l\u00e9gant italien, un large chapeau noir sur la t\u00eate, visiblement peu pr\u00e9occup\u00e9 de ressembler \u00e0 ses hommes, malgr\u00e9 l&rsquo;imprudence de la tenue&#8230;<\/p>\n<p>Jenny disparu dans le mur a l&rsquo;arriv\u00e9e du groupe, ne laissant que son visage apparait pour pouvoir les observer&#8230;. le maire&#8230; Son regard se tourna vers les portes et plus sp\u00e9cialement vers celle d&rsquo;o\u00f9 venait les quatre personnes et apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 suivit le mur jusqu&rsquo;a atteindre le bureau. Elle commen\u00e7ait \u00e0 avoir des vertiges s&rsquo;enfon\u00e7ant sans le vouloir dans le sol pour se ressaisir a moiti\u00e9 et \u00e9viter de tomber au rez-de-chauss\u00e9e.<br \/>\nL\u2019homme au chapeau s&rsquo;arr\u00eata. Il admirait fi\u00e8rement son \u0153uvre: il avait r\u00e9ussit \u00e0 obtenir et transmettre les informations bancaires n\u00e9cessaires au plan de ses employeurs, et ceci pour une somme en regard assez modeste. Les mercenaires engag\u00e9s pour \u00e7a coutaient cher, mais c&rsquo;\u00e9tait infiniment peu en comparaison des sommes qui allaient \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9es dans les minutes qui suivaient.<br \/>\nIl regarda le salon. Il \u00e9tait temps d&rsquo;\u00e9vacuer, et pour \u00e7a, il avait fait pr\u00e9voir des moyens qui incluaient une diversion o\u00f9 allaient mourir tout ces gens, et les mercenaires avec. Mais \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait pas important. Pourtant quelque chose clochait. Et ce quelque chose \u00e9chappa presque \u00e0 son regard&#8230; Mais pas assez pour qu&rsquo;il ne fixe pas Jenny, une fraction de secondes&#8230;<\/p>\n<p>Et ne crie, d\u00e9signant le mur.<\/p>\n<p>Il l&rsquo;avait vue ! Jenny ouvrit de grands yeux d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui se tourn\u00e8rent vers les otages puis vers les hommes en armes qui allaient forc\u00e9ment se retourner vers elle et ensuite&#8230;.Un flots d&rsquo;image submergea son esprit la t\u00e9tanisant sur place&#8230; treize ans, ses parents gisants sur le sol baignant dans une marre de sang alors que les tueurs font claquer leur armes&#8230; BAMMM !!! BAMMM !!! Et puis une violente douleur \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule qui la plie en deux, la bile montant a ses l\u00e8vres. Jenny, un genou \u00e0 terre est tremblante, une terreur sans nom faisant cogner son c\u0153ur dans sa poitrine et acc\u00e9l\u00e9rant sa respiration.<\/p>\n<p>Des preneurs d&rsquo;otages ne sont pas r\u00e9ellement des gens ayant des \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me. Il n&rsquo;y eut pas de BLAM, mais un flot de cr\u00e9pitements terrifiant, tandis que le mur o\u00f9 se trouvait Jenny commen\u00e7a \u00e0 perdre de sa coh\u00e9rence sous les balles de 7.65 de FNFal flambant neufs. On peut tout acheter aux USA, y compris des armes de guerre. Et ils avaient ordre de faire un carnage au moindre \u00e9v\u00e9nement anormal.<br \/>\nEt celui-ci en \u00e9tait un.<\/p>\n<p>Carole hurla. A cent cinquante m\u00e8tres de l\u00e0, la fusillade \u00e9tait tout \u00e0 fait audible, et le cr\u00e9pitement des armes s&rsquo;entendait parfaitement. Les escouades se mirent \u00e0 \u00e9couter les rapports qui arrivaient en masse, mais personne ne voyait rien, personne ne savait ce qui se passait, il restait 1mn50 \u00e0 l&rsquo;\u00e9claireur, et le signe de la fusillade \u00e9tait le signe de l&rsquo;assaut.<br \/>\nLe risque \u00e9tait trop grand que les otages soient en train de se faire massacrer. Max hurla dans l&rsquo;\u00e9couteur, couvrant le cri chang\u00e9 en plainte de peur de Carole.<br \/>\n\u00ab\u00a0Carole, assaut, assaut!!! Tu ouvre la voie maintenant!\u00a0\u00bb<br \/>\nDans l&rsquo;air vol\u00e8rent des grenades vomitives brisant toutes les fen\u00eatres, tandis que des litres du gaz \u00e9taient envoy\u00e9s par tous les conduits. Il fallait arriver sur place en moins de 30 secondes, et sans savoir si le b\u00e2timent \u00e9tait pi\u00e9g\u00e9, et comment.<\/p>\n<p>Le corps de l&rsquo;adolescente s&rsquo;envola sous l&rsquo;impact des balles terminant sa course en heurtant durement le mur, \u00e9claboussant les otages de son sang avant de pousser un hurlement de douleur et de terreur qui couvrit un instant le vacarmes de la fusillade. Jenny resta coll\u00e9e contre le mur sous le flot de plomb continu, le mur se couvrant rapidement de vermeil alors que son corps se d\u00e9sarticulait telle une poup\u00e9e malmen\u00e9e et massacr\u00e9e sauvagement.<\/p>\n<p>Carole entendit le message de max&#8230; Elle entendit l&rsquo;ordre de l&rsquo;assaut. Elle ne savait d\u00e9j\u00e0 plus que son corps se d\u00e9pla\u00e7ait sans lui demander. Elle traversa les deux parois de verre et d&rsquo;acier de l&rsquo;entr\u00e9e du centre commercial, sans se rendre compte qu&rsquo;elle y avait laiss\u00e9 tissus, et chair. Elle entendit bel et bien le hurlement de Jenny, elle l&rsquo;entendit trop au del\u00e0 de le percevoir avec ses sens.<br \/>\nElle entendit le hurlement de la petite fille qu&rsquo;elle abattait, et hurla de concert, son corps suivant un parcours parfait et inimaginable pour tout humain normal, franchissant murs et obstacles en les sautant ou les traversant&#8230; Et les trois mines claymores explos\u00e8rent, r\u00e9duisant en cendre l&rsquo;escalier, mais elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en haut, et les \u00e9clats, hors du souffle ne pouvaient pas l&rsquo;arr\u00eater.<br \/>\n3000 milliards de nanobots s&rsquo;activaient \u00e0 remplacer un cerveau dont tout conscience \u00e9tait \u00e9cras\u00e9 de douleur et de culpabilit\u00e9, dirigeant un corps cr\u00e9e initialement pour \u00eatre une arme. Dans une train\u00e9e de sang elle atteint les deux gardes, qui avaient d\u00e9j\u00e0 vid\u00e9s leurs chargeurs sur elle sans jamais l&rsquo;arr\u00eater, et ils furent tu\u00e9s sans comprendre comment on pouvait frapper si vite. Il n&rsquo;y avait pas un dixi\u00e8me de seconde entre chaque changement de phase de mouvement, et les deux hommes n&rsquo;avaient pas encore touch\u00e9 le sol \u00e0 jamais qu&rsquo;elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sur la porte du hall, et la traversait comme du papier, se moquant que l&rsquo;un des gonds traversa son torse de part en part.<\/p>\n<p>Le corps sans vie de l&rsquo;adolescente glissa contre le mur heurtant le sol mollement, une carte d&rsquo;agent voleta dans l&rsquo;air, on pouvait y lire un nom a demi effac\u00e9 par le sang \u00ab\u00a0Jen..\u00a0\u00bb, un bout de plastique qui avait ouvert des portes, des r\u00eaves, un futur possible et serein, une identit\u00e9 qui vint s&rsquo;\u00e9craser dans l&rsquo;anonymat de la mort&#8230;<\/p>\n<p>Au rez-de-chauss\u00e9e, une arm\u00e9e d&rsquo;hommes en armes se mettait \u00e0 charger. Les explosions et les cr\u00e9pitements ne les arr\u00eataient pas, ils savaient exactement ce qu&rsquo;ils faisaient, mais les moins aguerris perdirent cinq secondes \u00e0 essayer de comprendre la sc\u00e8ne qu&rsquo;ils voyaient, et ce qui se passait. Comment pouvait-on se d\u00e9placer si vite?<br \/>\nMax hurlait dans l&rsquo;\u00e9couteur. Le temps s&rsquo;arr\u00eatait, mais il savait qu&rsquo;il hurlait en vain&#8230; ca n&rsquo;\u00e9tait jamais arriv\u00e9, elle n&rsquo;avait jamais perdu le contr\u00f4le, mais il y assistait. Aujourd\u2019hui, il savait qu&rsquo;il y assistait.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme au chapeau souria. Il y eu le temps que son sourire satisfait ne s&rsquo;efface. Un h\u00e9ros de moins sur Terre. Et les explosions, en m\u00eame temps, et l&rsquo;arriv\u00e9e du gaz vomitif, la panique que cela cr\u00e9ait, tout cela lui disait qu&rsquo;il \u00e9tait temps de disparaitre. Ce qu&rsquo;il fit en n&rsquo;ayant qu&rsquo;un mot \u00e0 dire, dans un flash: \u00ab\u00a0shadow\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Carole n&rsquo;\u00e9tait plus humaine. Une train\u00e9e de rage et de sang. Est-ce qu&rsquo;on pouvait parler d&rsquo;instinct? Mais si elle et les autres genesis avaient \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e \u00e0 partir d&rsquo;humains, c&rsquo;\u00e9tait pour justement sauvegarder et exploiter leur instinct de survie. Elle ne voyait rien, on ne peut affirmer objectivement qu&rsquo;elle pouvait r\u00e9ellement voir. Seule la rage la guidait, la rage et la survie.<br \/>\nLes mercenaires \u00e9taient des pros, mais ils \u00e9taient humains. Ils n&rsquo;avaient pas pr\u00e9vu que leur commanditaire ai pr\u00e9par\u00e9 une telle \u00ab\u00a0porte\u00a0\u00bb de sortie, et il leur fallait le temps de penser. Ils n&rsquo;en eurent pas le temps. Elle allait trop vite. Tellement trop vite. Chacun de ses coups tuait, sans r\u00e9mission, sans erreur, sans une chance, et malgr\u00e9 les balles, tir\u00e9es avec tant de panique que deux otages furent gri\u00e8vement bless\u00e9s, rien ne put la stopper. M\u00eame pas la douleur.<\/p>\n<p>Il fallut moins de quatre secondes. Quatre secondes, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il fallut au commando d&rsquo;assaut pour atteindre l&rsquo;escalier d\u00e9truit. Et il leur en faudrait 22 de plus pour acc\u00e9der au second escalier, plus 17 secondes de plus pour atteindre le hall en devant faire ce d\u00e9tour. Les coordinateurs hurlaient dans les \u00e9couteurs, tout allait aussi mal qu&rsquo;il \u00e9tait possible de d\u00e9finir le mot.<br \/>\nSeul Max ne hurlait plus. Il se tenait prostr\u00e9, et qui eut \u00e9cout\u00e9 ses murmures eut su que depuis quatre secondes, il priait&#8230;<\/p>\n<p>Elle cherchait, son regard fou, tandis que dans le gaz, les otages vomissaient et \u00e9touffaient, les plus vaillants, libres de la menace de leurs bourreaux, essayant de quitter le hall, trouver un endroit sans gaz, les autres en train de vomir.<br \/>\nEt elle vit ce qu&rsquo;elle cherchait, et toute sa rage mourut dans son d\u00e9sespoir, quand elle vit Jenny.<\/p>\n<p>Le corps d\u00e9sarticul\u00e9 de l&rsquo;adolescente gisait dans une mare de sang, le flot de plomb avait \u0153uvr\u00e9 sans discernement \u00e0 massacrer les chairs, bris\u00e9s les os, seul le visage \u00e9tait encore reconnaissable, une grimace de terreur le d\u00e9formant dont les yeux encore ouverts ne refl\u00e9tait plus rien&#8230; \u00e9teint \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>Il se passa une poign\u00e9e de secondes&#8230; une \u00e9ternit\u00e9 pour l&rsquo;amn\u00e9sique, machine humaine et arme de guerre nomm\u00e9e Eve. Meurtri\u00e8re qui avait commis le crime de manquer de tuer celle qui gisait en face d&rsquo;elle. Le crime \u00e0 quoi elle devait la vie, le crime qui lui \u00e9tait impardonnable, qu&rsquo;elle le veuille ou pas, car il \u00e9tait son premier souvenir.<br \/>\nElle se vidait de son sang, mais n&rsquo;en avait cure&#8230; plus il s&rsquo;en vidait, et s&rsquo;en r\u00e9pandait \u00e0 ses pieds, plus les nanobots agissaient vite \u00e0 se reconstruire eux-m\u00eames et refermer les plaies, r\u00e9parer les tissus, \u00e0 la perfection. Son sang ne valait rien. Le sang de qui ne peut mourir n&rsquo;a aucune valeur&#8230;<\/p>\n<p>Elle regardait la jeune fille, et regardait la tache de sang qui grandissait. Plus une vie dans les yeux qu&rsquo;elle avait attendu de voir ouverts dans leur premier regard le matin m\u00eame. Elle l&rsquo;avait men\u00e9 \u00e0 \u00e7a, Elle lui avait laiss\u00e9 faire ses choix, et elle \u00e9tait face \u00e0 son cadavre.<br \/>\nParfois franchir six m\u00e8tres en marchant peut paraitre plus dur que d&rsquo;en franchir 10 000&#8230;<br \/>\nElle la prit dans ses bras, et ferma les yeux&#8230; aucun ordre, ni supplique, elle savait&#8230; les nanobots soud\u00e8rent sa chair \u00e0 celle du cadavre. Ils firent de Jenny une extension de Carole. Ce n&rsquo;\u00e9tait pour eux qu&rsquo;une chair morte \u00e0 remettre en marche. Ils prirent le mat\u00e9riel biologique l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait&#8230; Tandis que les dizaines d&rsquo;impacts et leurs dommages massifs se refermaient, sur Carole \u00e9tait pris ce qui manquait biologiquement au corps de la jeune fille.<\/p>\n<p>Les nanobots d\u00e9voraient leur \u0153uvre et leur porteuse pour sauver une vie qui pour eux n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un simple amas de chair, une information biologique de plus&#8230;<br \/>\nLa Nature hurlait en silence de voir une telle aberration possible et son hurlement empli la salle&#8230; celui de l&rsquo;adolescente qui \u00e9tait arrach\u00e9e a la mort pour la vie, ses chairs se refermant&#8230; mais la Nature ne permet pas si ais\u00e9ment \u00e0 ce genre d&rsquo;acte de se d\u00e9rouler sans risque&#8230; deux bras se referm\u00e8rent sur Carol la serrant de toute ses forces alors qu&rsquo;a son tour, son second pouvoir, celui qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais su commander, guidait les nanobots \u00e0 reconstruire le corps du soldat&#8230;<br \/>\nUne lutte s&rsquo;engageait, deux ordres diff\u00e9rents, deux objectifs oppos\u00e9s alors que Jenny continuait de hurler accroch\u00e9e d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 Carol. Reconstruction et destruction dans une douleur infinie qui tordait le corps d\u00e9chir\u00e9 de l&rsquo;adolescente, ses grands yeux bleus plong\u00e9 dans ceux de la femme-soldat, incompr\u00e9hension.<\/p>\n<p>Carole ne voyait qu&rsquo;une chose: le regard de Jenny, en vie&#8230; Son hurlement de souffrance \u00e9tait la m\u00eame souffrance qu&rsquo;elle endurait anesth\u00e9si\u00e9e par son instinct de survie, et sa demi-inconscience. Jenny volait \u00e0 la seconde m\u00eame le pouvoir de Carole, reconstruisant son corps pour elle, au prix d&rsquo;un \u00e9change de blessures o\u00f9 il \u00e9tait difficile de dire qui finirait par renoncer, ou \u00eatre sauv\u00e9.<\/p>\n<p>Mais les nanobots avaient cure de la douleur et du doute, ils reconstruisaient. La capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer de Carol d\u00e9passait tous les stades du possible, et le corps se d\u00e9vorait en m\u00eame temps lui-m\u00eame pour achever de sauver la jeune fille qui \u00e9tait en danger de mort.<br \/>\nCarole ne hurlait pas.<br \/>\nElle l&rsquo;aurait voulu, mais c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9sormais impossible, son cerveau noy\u00e9 d&rsquo;hormones multiples dont le seul but \u00e9tait de transcender la douleur dans un seul objectif: sauver l&rsquo;enfant dans ses bras.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu ne mourra jamais&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et&#8230; je ne peux pas&#8230; mourir\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Son c\u0153ur s&rsquo;arr\u00eata enfin de battre&#8230; Le noir se fit&#8230; Ses yeux s\u2019\u00e9teignirent. Les nanobots achev\u00e8rent leur \u0153uvre&#8230;<\/p>\n<p>39 secondes s&rsquo;\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s&#8230; les trois escouades de strike force prenaient position&#8230; Aucun d&rsquo;eux ne put r\u00e9ellement d\u00e9crire en d\u00e9tail la sc\u00e8ne, celle de ces deux femmes enlac\u00e9es&#8230; mais sur 32 otages, 32 vivaient, il n&rsquo;y avait pas eu de morts&#8230; du moins&#8230; ils ne devaient pas compter Carole comme un d\u00e9c\u00e8s, c&rsquo;\u00e9tait un ordre&#8230;<br \/>\nA quelques rues de l\u00e0, l&rsquo;effervescence des \u00e9v\u00e9nements tragiques cr\u00e9ait une bousculade entre les curieux venus prendre le quota de douleur d&rsquo;autrui dans l&rsquo;espoir de voir du sang et les meutes de journalistes qui se pr\u00e9cipitaient vers les forces de l&rsquo;ordre pour abreuver le monde de sa dose de violence &#8230; et au milieu de tout cela, une silhouette que tout le monde ignorait; observait calmement le b\u00e2timent qui fut le th\u00e9\u00e2tre du massacre. Elle r\u00e9ajust\u00e2t une paire de gants noirs en souriant avant de disparaitre dans la foule en manque de sensation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Epilogue.<\/em><\/strong><br \/>\nSeven avait mis moins de 15 mn \u00e0 arriver sur les lieux. Les lieux \u00e9taient grands, ouverts, et bruyants. La presse et les m\u00e9dias tentaient de happer le moindre truc qui puisse avoir un int\u00e9r\u00eat \u00e0 raconter, Fatman faisait une conf\u00e9rence de presse improvis\u00e9e pour fustiger l\u2019irresponsabilit\u00e9 des forces de l\u2019ordre qui l\u2019avaient emp\u00each\u00e9 d\u2019agir, quitte \u00e0 le menacer de mort, selon lui, et les squads de SWAT finissaient les d\u00e9briefings avec le FBI, au milieu duquel les agents de l\u2019USS passaient pour de quelconques repr\u00e9sentants de quelconques bureaux de l\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale. Les 32 otages \u00e9taient en cours d\u2019\u00e9vacuation, entour\u00e9s d\u2019une armada de m\u00e9decins, pompiers, et sp\u00e9cialistes de psychiatrie post-traumatiques, et veill\u00e9s par cette armada de sp\u00e9cialistes, essayaient de faire le point sur leur exp\u00e9rience, deux heures et demie qui marqueraient leur vie \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>Max \u00e9tait debout devant un camion d\u2019ambulance, en train de parler avec plusieurs m\u00e9decins et infirmiers entour\u00e9s de SWAT des strikes 1 et 3. Il devait faire ce qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 eu \u00e0 faire quelques fois, c&rsquo;est-\u00e0-dire expliquer aux infirmiers qui avaient ramass\u00e9 Carole sans vie que d\u2019une part elle n\u2019\u00e9tait pas morte, que d\u2019autre part, il valait mieux s\u2019attendre \u00e0 ce qui allait suivre vu qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en train de se reconstruire.<\/p>\n<p>Et vu le visage bl\u00eame de l\u2019un des infirmiers, il avait d\u00e9j\u00e0 assist\u00e9 au spectacle, unique et terrifiant, de ce que le corps de Carole pouvait faire.<\/p>\n<p>Et la fin de l\u2019explication devait \u00eatre : \u00ab vous ne devez rien dire, il y va de la suret\u00e9 nationale. \u00bb Tout le monde savait que les t\u00e9moins ne pouvaient pas rester sans parler, c\u2019\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 de partager cette exp\u00e9rience. Mais ainsi \u00e9taient-ils pr\u00e9venus si jamais ils \u00e9prouvaient le besoin de diffuser leur histoire publiquement, l\u2019USS n\u2019avait pas grand-chose \u00e0 faire pour tout effacer, et le faisait sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me. Et comme le disait Seven \u00ab Si l\u2019USS ne voulait vraiment pas de pub, elle n\u2019aurait pas embauch\u00e9 des t\u00e9l\u00e9pathes et des cyborgs. \u00bb<\/p>\n<p>Il passa devant Max, et s\u2019arr\u00eata, interrompant sans besoin d\u2019un mot ou r\u00e9el regard la discussion. On n\u2019essaye pas d\u2019ignorer la pr\u00e9sence d\u2019un gars en costume noir, lunettes de soleil, et coupe en brosse qui vous donne l\u2019impression que le h\u00e9ros des films Terminator est petit et rabougris.<br \/>\n\u00ab Elle est dans le camion ? \u00bb<br \/>\n\u00ab Oui, Seven. Tout va bien pour elle, elle a reprit conscience il y a trois minutes. \u00bb<br \/>\n\u00ab Bien\u2026 j\u2019y vais, je serai au d\u00e9briefing. A tout \u00e0 l\u2019heure. \u00bb<\/p>\n<p>Pas un brin d\u2019\u00e2me \u00e9chang\u00e9 dans les mots entre les deux vieux comp\u00e8res, soud\u00e9s dans la camaraderie par leur responsabilit\u00e9 commune : elle. Les sentiments, l\u2019un les gardait pour lui comme pr\u00e9cieuse source d\u2019humanit\u00e9, l\u2019autre \u00e9tait trop pro pour \u00e0 cette heure en laisser passer le moindre.<\/p>\n<p>Seven monta dans le camion. Une ambulance comme il les connaissait par c\u0153ur. Elle \u00e9tait sur le brancard, il y avait des compresses \u00e9tal\u00e9es partout d\u00e9bordant de la poubelle organique, du sang avait macul\u00e9 les draps jetables, et tach\u00e9s quelques surfaces blanches du compartiment, et le sac \u00e0 viande, nom affectueux pour parler des enveloppes de plastique \u00e9pais et noir dans lesquels on fourrait les morts, \u00e9tait jet\u00e9 n\u00e9gligemment dans un coin, quand on s\u2019\u00e9tait rendu compte que \u00e7a ne concernait pas la cliente.<\/p>\n<p>Elle ouvrit les yeux, lessiv\u00e9s. Elle avait les pupilles couleur de vieil or. La plupart des gens assimilaient \u00e7a \u00e0 un joli marron. Mais dans son visage, macul\u00e9 de sang, tach\u00e9s et sale, comme le reste, ils \u00e9taient \u00e0 peine lumineux. Seven avait vu cela pas mal de fois. Sur d\u2019autres, c\u2019\u00e9tait le signe qu\u2019ils se remettraient, mais qu\u2019ils avaient morfl\u00e9s s\u00e9v\u00e8re, et mettraient du temps \u00e0 gu\u00e9rir, ou se relever.<br \/>\nChez carole, \u00e7a voulait dire que dans moins de 5 mn, elle serait exactement aussi parfaite et fraiche que si elle sortait d\u2019une douche du matin.<\/p>\n<p>Elle souria, affectueuse et rassur\u00e9e, fragile le temps que durerait la fin de la r\u00e9cup\u00e9ration. Bon dieu, ce sourire. Seven eu les tripes qui se nou\u00e8rent. Et il ne montra rien.<\/p>\n<p>\u00ab Ca avance, Carole ? \u00bb<br \/>\n\u00ab Ou\u2026 oui\u2026 \u00e7a va aller. Juste choqu\u00e9e et sonn\u00e9e. \u00bb<br \/>\n\u00ab Bien. Tu peux t\u2019asseoir, tu pense ? \u00bb<\/p>\n<p>Carole acquies\u00e7a de la t\u00eate et glissa le long du brancard jusqu\u2019\u00e0 s\u2019asseoir. On avait achev\u00e9 de d\u00e9couper sa tenue \u00e0 coup de ciseaux et scalpels. Le tissu avait de toute fa\u00e7on tellement pris qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 peine moins abim\u00e9 qu\u2019une vieille r\u00e9sille d\u00e9chiquet\u00e9e, et l\u2019armure \u00e9tait perc\u00e9 de tellement d\u2019impacts et d\u2019\u00e9clats qu\u2019on aurait pu faire passer \u00e7a pour de l\u2019art moderne. Elle \u00e9tait \u00e0 peine moins que nue, et une fois assise, se tint la t\u00eate dans une main en grima\u00e7ant. Ca tournait, et elle souffrait encore. Mais Seven savait que \u00e7a allait passer.<\/p>\n<p>Et il la gifla.<br \/>\nLa main frappa par le dos, de la gauche \u00e0 la droite. Le nez de Carole cassa, et deux dents se d\u00e9chauss\u00e8rent. Emport\u00e9e par l\u2019impact, sa t\u00eate alla heurter violemment le rebord de la porti\u00e8re arri\u00e8re et elle s\u2019y ouvrit le front.<\/p>\n<p>Dehors Max retint l\u2019infirmier, d\u2019un geste et d\u2019un non de la t\u00eate. Seven r\u00e9glait un compte. Et Max approuvait. Il avait vu le regard, et m\u00eame sans \u00e2me, le message avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vident.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as merd\u00e9 comme une gosse, par tout les saints ! \u00bb<\/p>\n<p>Il la saisit par ce qui restait du body, sous le cou, et l\u2019attira visage contre visage. Il avait retir\u00e9 ses lunettes de soleil et son regard d\u2019un bleu artificiel \u00e9tait assombri de col\u00e8re glac\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Elle n\u2019avait rien \u00e0 foutre l\u00e0 et tu as pris le risque de fiche une op\u00e9ration enti\u00e8re en l\u2019air en envoyant une gamine sans entrainement au casse-pipe ! Tu es la derni\u00e8re des connes, tu comprends \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>Carole avait mal, mais si elle pleurait, c\u2019\u00e9tait de la prise de conscience du geste de Seven, et du pourquoi. Les nanobots se contentaient de bosser. Pour eux, une r\u00e9paration de plus, pas d\u2019\u00e2me l\u00e0 dedans. Que de la chaire.<\/p>\n<p>\u00ab Elle voulait venir, Seven ! Elle voulait, tu sais bien que je ne pouvais pas l\u2019en emp\u00eacher !! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si, tu pouvais, tu as le paralysant, s\u2019il fallait, tu l\u2019assommais, tu lui cassais une jambe, tu me l\u2019envoyais en l\u2019air \u00e0 coup de drogues, mais elle ne devait pas \u00eatre l\u00e0 ! \u00bb<\/p>\n<p>Carole avait le regard riv\u00e9, les yeux grands ouverts, de terreur et de regrets, au regard bleu et glac\u00e9 du vieux cyborg.<\/p>\n<p>\u00ab Tu pouvais Carole\u2026 Alors tu as jou\u00e9 \u00e0 quoi ?&#8230; O\u00f9 est le soldat ?&#8230; O\u00f9 est l\u2019agent ? O\u00f9 est la protectrice, l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>Carole balbutia, les mots se tordirent dans sa bouche.<\/p>\n<p>\u00ab Carole, r\u00e9pond-moi. Tu l\u2019aimes, n\u2019est-ce pas ? Dis-le, bordel, elle est en \u00e9tat de choc, et m\u00eame si elle vit et que son corps va s\u2019en remettre, elle est bousill\u00e9e, alors dis-le moi\u2026 Est-ce que tu l\u2019aimes ?! \u00bb<\/p>\n<p>La voix fut un faible filet.<\/p>\n<p>\u00ab Oui\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors Carole, tu va avoir \u00e0 r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts. L\u2019aider \u00e0 se remettre sur pied, l\u2019entrainer, l\u2019int\u00e9grer au service, lui faire passer les tests, en faire une agente, parce que c\u2019est \u00e7a o\u00f9 tu la garde avec toi comme ta fille, et \u00e0 la place d\u2019une fille, et pas au feu avec toi. Parce qu\u2019elle se fera tuer la prochaine fois, et tu ne seras pas l\u00e0 pour la sauver avant l\u2019arriv\u00e9e de sa mort c\u00e9r\u00e9brale. Parce que m\u00eame si tu crois que c\u2019est ton devoir de lui passer tout ses caprices, elle a failli crever, Carole.<br \/>\nEt c\u2019est ta faute\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Carole s\u2019effondra en larmes et Seven fit quelque chose qu\u2019il n\u2019aurait jamais fais si qui que ce soit avait eu une chance r\u00e9elle de le voir. Il prit la jeune femme dans ses bras et la ber\u00e7a. Avec toute sa tendresse et son amour pour ce soldat qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019une simple humaine, m\u00eame si son corps \u00e9tait une arme.<br \/>\nIl la ber\u00e7a, et tua encore un peu plus un bout de son \u00e2me \u00e0 se souvenir combien il l\u2019aimait. Mais personne n\u2019en saurait jamais rien\u2026<\/p>\n<p>Et \u00e0 quatre m\u00e8tres de l\u00e0, Max fit comme si il n\u2019y avait rien \u00e0 voir. La le\u00e7on \u00e9tait donn\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>7- karol et Jenny: s&rsquo;avouer&#8230;<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La jeune adolescente tourne et retourne sous les couvertures, en grommelant. Depuis le massacre du Centre commercial, elle ne dort plus ou tr\u00e8s mal, son humeur maussade ne variant presque jamais \u00e9clipsant son habituel engouement. Le peu de sommeil qu&rsquo;elle arrive \u00e0 voler se r\u00e9sume \u00e0 la vision de Carol morte dans ses bras et le sang qui la baignait. A chaque fois, elle se r\u00e9veille en sursaut pour invariablement venir se pencher sur Carol, l&rsquo;observant longuement et parfois approchant lentement sa main pour lui donner la certitude que la femme, le soldat est bien vivant. Et cette fois-ci, Jenny pose ses doigts sur l&rsquo;\u00e9paule de Carol, le souffle court encore \u00e0 demi dans son cauchemar, et appuie doucement avant de plaquer sa main la laissant jusqu&rsquo;a sentir la chaleur et par la m\u00eame occasion la rassurer, la vie coulait dans le corps de Carol&#8230; Parfois l&rsquo;adolescente restait ainsi pendant une \u00e9ternit\u00e9, la main pos\u00e9e sur la peau lisse et douce de Carol et en ce moment m\u00eame elle est accroupie, sa respiration la plus silencieuse possible et son regard ne l\u00e2chant pas le visage endormi de la femme.<br \/>\nInstinctivement elle vient poser sa main libre sur son sein gauche pour sentir la chaleur de son corps, son c\u0153ur battre et sa poitrine se soulever \u00e0 chaque respiration. Jenny accroupie regarde Carol dormir, elle-m\u00eame fuyant le sommeil.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 5 jours. On avait gard\u00e9 Jenny sous s\u00e9datif pendant une journ\u00e9e, puis en observation une autre. Eve avait fait son possible pour r\u00e9duire ses imp\u00e9ratifs professionnels et \u00eatre pr\u00e8s de l&rsquo;adolescente.<br \/>\nCa n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 simple.<br \/>\nPour r\u00e9sumer, l&rsquo;op\u00e9ration avait \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s. Dans des conditions normales, le FBI avait estim\u00e9 risquer la perte de 30% des otages, en fin de compte, cela avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 un seul mort, et deux bless\u00e9s graves. En g\u00e9n\u00e9ral, face \u00e0 un tel merdier, si on avait un super-h\u00e9ros sous la main, on tendait \u00e0 l&rsquo;envoyer au casse-pipe, mais il fallait en avoir un sous la main dont on pouvait \u00eatre s\u00fbr.<\/p>\n<p>Et le FBI n&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9put\u00e9 appeler \u00ab\u00a0s\u00fbr\u00a0\u00bb quelqu&rsquo;un facilement.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, USS n&rsquo;existait pas dans les d\u00e9briefings qui avaient eu lieu. Les strike 1,2 et 3 \u00e9taient des squads d&rsquo;ESWAT appartenant \u00e0 des divisions sp\u00e9ciales du d\u00e9partement d&rsquo;\u00e9tat, et cela suffisait \u00e0 tromper son monde. Le FBI n&rsquo;est pas non plus connu pour sa grande imagination.<br \/>\nMais dans les faits, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 un chaos monumental, et \u00e0 ce sujet l\u00e0, Carole avait \u00e9t\u00e9 tout bonnement \u00e9cart\u00e9e des analyses et des d\u00e9briefings. Ce qui l&rsquo;arrangeait. Elle n&rsquo;avait pas le courage de se soucier d&rsquo;autre chose que de Jenny, et elle avait beau \u00e9ventuellement se r\u00e9p\u00e9ter que son devoir \u00e9tait de se pr\u00e9occuper de son travail, elle s&rsquo;en moquait comme d&rsquo;une chemise. Principalement parce qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s improbable qu&rsquo;on ait l&rsquo;id\u00e9e de la virer, et qu&rsquo;\u00e0 vrai dire m\u00eame cette \u00e9ventualit\u00e9 n&rsquo;avait pas r\u00e9ellement d&rsquo;effet sur elle.<\/p>\n<p>Mais Jenny en avait, elle.<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente avait pu sortir le troisi\u00e8me jour. Intacte, en parfaite sant\u00e9, si on excepte le trauma. On avait retrouv\u00e9 aucunes blessures, \u00e0 part quelques \u00e9raflures et estafilades, officiellement \u00e7a pouvait tenir du miracle, officieusement qui devait savoir savait.<br \/>\nEt officiellement \u00e7a ne tenait de rien du tout. Jenny n&rsquo;existait pas, un agent d&rsquo;une SWAT avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en reconnaissance et avait fait son travail, il y avait eu un impair et la situation avait fini sous contr\u00f4le. Mais les d\u00e9briefings seraient loin d&rsquo;\u00eatre finis.<\/p>\n<p>Jenny ne parlait pas.<br \/>\nCela faisait trois jours. Elle restait avec Carole, qui lui parlait elle, comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait, veillant sur elle, s&rsquo;occupant d&rsquo;elle, comme \u00e0 son accoutum\u00e9 depuis que l&rsquo;adolescente avait quelque peu boulevers\u00e9 son quotidien. Mais Jenny ne parlait pas, et ne chipait plus rien.<br \/>\nIl fallait lui laisser du temps.<br \/>\nEt ce temps l\u00e0 \u00e9tait une \u00e9preuve p\u00e9nible pour Carole.<\/p>\n<p>Carole sentit la main qui la touchait&#8230; la paume qui se pla\u00e7a sur son \u00e9paule. Elle faisait \u00e7a deux, trois fois par nuit&#8230; Elle devinait un peu pourquoi, et ne bougeait pas d&rsquo;une once, simulant le sommeil, et l&rsquo;immobilit\u00e9.<br \/>\nIl fallait laisser du temps. Mais rien ne pouvait lui faire sortir de la t\u00eate qu&rsquo;elle \u00e9tait responsable&#8230; non&#8230; coupable, de \u00e7a&#8230;<\/p>\n<p>La jeune adolescente restait ainsi, les yeux perdus dans l&rsquo;observation d&rsquo;une Carol qui dormait paisiblement, sa main bougeant l\u00e9g\u00e8rement sur l&rsquo;\u00e9paule pour garder une prise r\u00e9elle sur la vie qu&rsquo;elle avait cru perdre, qu&rsquo;elle avait vu absente de sa tutrice dans cet abattoir. Prise d&rsquo;un frisson, la main tremble se crispant sur le corps de Carol alors qu&rsquo;elle serre de l&rsquo;autre main son \u00e9paule gauche, le corps ramass\u00e9 au bord du lit. Etait-elle morte ce jour-l\u00e0 ? Elle ne saurait le dire avec certitude&#8230; Tout, en ce moment disait qu&rsquo;elle vivait mais un peu plus t\u00f4t sa conscience lui soufflait le contraire. Jenny soupire plus bruyamment en reniflant, des larmes naissant aux coins des yeux.<\/p>\n<p>Carole ouvrit les siens, doucement, regardant Jenny dans les yeux. Un regard \u00e9veill\u00e9 et vif, scrutateur et calme, interrogateur&#8230; Sa main glissa de la couette, et vint doucement prendre le poignet de la jeune adolescente.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis l\u00e0\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La jeune femme sursauta retirant sa main prise d&rsquo;un mouvement brusque et se retrouva couch\u00e9e sur le sol appuy\u00e9e sur un coude, son regard fixant dans l&rsquo;obscurit\u00e9 Carol alors qu&rsquo;elle d\u00e9glutissait la respiration rapide.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je sais que tu as peur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Carole la regardait dans le noir&#8230; la nuit ne la g\u00eanait pas, elle y voyait presque aussi bien qu&rsquo;en plein jour, couleurs en moins, et ne perdait rien du visage de la jeune fille, ni de ses \u00e9motions.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je sais que tu ne comprend pas ce qui est arriv\u00e9. Je t&rsquo;ai dis que quand tu voudras, j&rsquo;essayerai de t&rsquo;expliquer, Jenny. C&rsquo;est tout ce que je peux faire, pour le moment, c&rsquo;est tout ce que je peux faire pour r\u00e9parer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jenny se redresse ne perdant pas du regard la silhouette indistincte de Carol, elle frisonne de froid, la nuit jouant avec ses sens. \u00ab\u00a0Je&#8230; je vais aller dormir&#8230;\u00a0\u00bb Malgr\u00e9 tout elle reste sur place sans bouger les bras crois\u00e9 sur son ventre, tremblant l\u00e9g\u00e8rement.<\/p>\n<p>Carole bougeait comme un chat. C\u2019est \u00e0 dire que passer d&rsquo;une position \u00e0 une autre semblait pour elle se faire sans se soucier de l&rsquo;\u00e9quilibre, avec une \u00e9conomie de geste et une \u00e9l\u00e9gance toute f\u00e9line. Elle glissa de la couette son corps entier, et passa dans un geste de la position allong\u00e9e \u00e0 assise, sur le rebord du lit, et dans le m\u00eame geste, ses bras vinrent enlacer Jenny, l\u2019amener \u00e0 s\u2019asseoir, et la retenir contre elle. La m\u00eame douceur, la m\u00eame \u00e9l\u00e9gance, mais ces bras ne se rouvriraient que si Carole le d\u00e9cidait&#8230; A cette seconde, il aurait fallu un cric pneumatique pour faire plier un seul coude.<\/p>\n<p>Jenny poussa un petit cri de surprise se retrouvant contre Carole sans pouvoir se d\u00e9gager, la peur nouant son ventre, la peur de ne pas voir distinctement ce qui l&rsquo;avait attrap\u00e9e, son esprit lui disant que ce ne pouvait \u00eatre que la femme, Carol, mais son imagination lui soufflant que ce pouvait \u00eatre bien autre chose. Elle trembla jusqu&rsquo;a ce qu&rsquo;elle vienne se blottir contre sa protectrice, le visage pos\u00e9 contre le buste de celle-ci, son corps fragile se m\u00e9nageant une place, assise \u00e0 demi sur les jambes de Carol.<\/p>\n<p>Carole ouvrit et referma ses bras au diapason des mouvements et des h\u00e9sitations de l&rsquo;adolescente jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle puisse se lover sous sa protection. Puis ses bras achev\u00e8rent de devenir une source de douceur, et de chaleur qu&rsquo;elle offrit \u00e0 Jenny.<br \/>\nJenny ne pouvait voir dans le noir. Elle ne vit pas les joues de Carole s&rsquo;enflammer, elle ne vit pas ses yeux briller jusqu&rsquo;\u00e0 faire naitre des larmes, elle ne vit pas son bonheur, et sa tristesse&#8230; Et le corps de Carole ne trembla pas en r\u00e9ponse \u00e0 ce qu&rsquo;elle pouvait ressentir d&rsquo;\u00e9motions. Il \u00e9tait bien trop parfait pour \u00e7a.<\/p>\n<p>Jenny, l&rsquo;oreille appuy\u00e9e contre le buste de Carol, \u00e9coute le battement de son c\u0153ur, autre signe qu&rsquo;elle est vivante alors qu&rsquo;elle d\u00e9gage maladroitement ses bras jusque l\u00e0 serr\u00e9s contre son ventre, posant une main sur l&rsquo;une des jambes de la jeune femme et l&rsquo;autre sur le lit. Son corps se blottissant encore plus contre Carol, se m\u00e9nageant un espace dans cette tendre \u00e9treinte, r\u00e9confortante, juste guid\u00e9e par ses sens. La respiration plus calme mais toujours opprim\u00e9e par ce qui se bousculent dans son esprit&#8230; r\u00eave-t-elle ?&#8230;. est-ce la r\u00e9alit\u00e9&#8230; ou est-elle devenue folle ?<\/p>\n<p>Carole finit par poser son menton sur la t\u00eate de l&rsquo;adolescente, et une de ses mains vint caresser ses cheveux. Que dire, maintenant?&#8230; Que dire tant qu&rsquo;elle ne dirait rien, elle. Que dire, sans savoir quoi dire, sans savoir ce qu&rsquo;on pouvait retirer d&rsquo;avoir v\u00e9cu \u00e7a?&#8230;<\/p>\n<p>Jenny ferme lentement les yeux, berc\u00e9e par la musique du c\u0153ur de Carol, plus rapide depuis quelques instants. Elle se sentait bien ainsi lov\u00e9e contre cette femme, contre la chaleur de ce corps&#8230; quelques larmes glissant lentement sur la peau lisse et douce de la jeune femme alors que l&rsquo;adolescente r\u00e9prima un soupir, sa main venant se poser contre le dos de Carol comme pour la garder pr\u00e8s d&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Quoi lui dire&#8230; quoi lui dire&#8230; quoi lui dire?&#8230; Carole avait froid, Carole avait mal, Carole essayait de penser \u00e0 ce qu&rsquo;il faudrait faire pour qu&rsquo;elle s&rsquo;assure que Jenny puisse la suivre, ou autre choix, qu&rsquo;elle puisse vivre sa vie sans que ses pouvoirs lui posent probl\u00e8me. En faire un agent, ou la laisser mener une vie hors de son monde. Elle essayait bien de penser \u00e0 son travail, \u00e0 sa t\u00e2che,<br \/>\na tout ce qui devait \u00eatre organis\u00e9, mais elle n&rsquo;y arrivait pas.<\/p>\n<p>Quoi lui dire&#8230; quoi lui dire&#8230; quoi lui dire&#8230;<\/p>\n<p>Elle la serra encore un plus contre elle, et laissa le temps s&rsquo;\u00e9couler&#8230;<br \/>\nElle bougea doucement, \u00e0 peine, parfois, pour \u00e9viter la moindre crampe \u00e0 l&rsquo;adolescente. Elle respirait calmement, doucement, son corps \u00e9tait chaud, et elle savait que c&rsquo;\u00e9tait encore la plus douce et simple chose qu&rsquo;elle pouvait apporter \u00e0 Jenny.<\/p>\n<p>Il se passa 13mn et 47 secondes&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je t&rsquo;aime&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente ne r\u00e9agit pas aux simples mots de Carol, son esprit encore embrum\u00e9 de cauchemar et de questions puis lentement les mots touch\u00e8rent sa conscience et elle redressa la t\u00eate pour tenter d&rsquo;apercevoir le visage de la femme. Elle resta muette&#8230; fallait-il r\u00e9pondre ? Elle ne savait pas&#8230; pourtant elle savait que Carol \u00e9tait homosexuelle, tout le monde le savait \u00e0 son bureau. Elle releva un peu plus le visage, plissant les yeux pour voir le visage de sa protectrice. Oui, tout le monde le savait et elle avait entendu les rumeurs la concernant&#8230; \u00ab\u00a0C&rsquo;est la petite amie de Carol&#8230; elle les prend au berceau maintenant&#8230;quel g\u00e2chis&#8230;\u00a0\u00bb Et, Jenny avait, par bravade et par amusement, donn\u00e9 foi aux rumeurs, quelque jours plut\u00f4t, en se blottissant contre Carol&#8230; elle s&rsquo;en souvenait&#8230; juste avant que tout ne bascule et&#8230; La jeune adolescente frissonna \u00e0 ses souvenirs douloureux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne r\u00e9pond pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole pleurait dans l&rsquo;obscurit\u00e9. C\u2019\u00e9tait la plus stupide chose \u00e0 dire, mais quoi lui dire? Quoi lui dire?<br \/>\nNe r\u00e9pond pas. Comme s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas trop tard d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne r\u00e9pond pas. Je ne le veux pas. Je veux juste que tu le sache. Je t&rsquo;aime. Cela veut dire que je veux juste faire tout ce que je pourrai pour te rendre heureuse, et te prot\u00e9ger, Jenny. Que je ferais tout et que je ne demande rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle d\u00e9glutit, ses bras serr\u00e8rent un peu plus Jenny contre elle.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon monde est aussi fou que celui que tu as travers\u00e9. Aussi cruel, \u00e0 sa mani\u00e8re. Et il a faillit te tuer parce que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 assez b\u00eate pour croire que je devais te laisser faire tes choix sans que tu sache ce que cela voulait dire. Je n&rsquo;aurais jamais du t&#8217;emmener avec moi. Je ne t&rsquo;ai pas prot\u00e9g\u00e9. Je t&rsquo;ai mise en danger. Et si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 humaine, tu serai morte&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle \u00e9coutait Carol, ses aveux, son amour pour elle la jeune ado des rues qui a d\u00e9barqu\u00e9 dans sa vie sans lui demander son avis&#8230; et son esprit se perdait dans ses souvenirs se rappelant les moments qu&rsquo;elles ont pass\u00e9 ensemble, les gestes de Carol&#8230; ses mains sur ses \u00e9paules&#8230; ses regards qui se d\u00e9tournaient lorsqu&rsquo;elle la voyait a demi nue dans son appartement&#8230; Plus Jenny y pensait plus il \u00e9tait clair, tout devenait clair mais surtout elle l&rsquo;entendait pleurer pour la premi\u00e8re fois et devinait la tristesse qui devait secouer cette femme. Elle avan\u00e7a une main \u00e0 t\u00e2tons vers le visage en larmes se redressant pour venir \u00e0 sa hauteur.<\/p>\n<p>Carole la laissait faire&#8230; Avoir aussi peur, avoir aussi peur pour quelque chose de si infime que \u00e7a, alors qu&rsquo;elle faisait tous les jours des choses qui auraient fait se pisser dessus de terreur n&rsquo;importe qui. Elle pleurait et elle commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre secou\u00e9e de sanglots, essayant de balbutier comme elle pouvait.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Ne r\u00e9pond pas. Je ne&#8230; j&rsquo;ai&#8230; pas&#8230; je peux pas&#8230; je&#8230; veux juste veiller sur toi.&rsquo;<\/p>\n<p>Jenny, \u00e0 genoux entre les jambes de la jeune femme, pris le visage de Carol entre ses mains et souffla doucement : \u00ab\u00a0Chutttttt&#8230;.\u00a0\u00bb Elle caressait doucement les joues chassant les larmes qui coulaient, touch\u00e9e pas tant de d\u00e9tresse qu&rsquo;avait d\u00e9clench\u00e9 ces simples mots d&rsquo;amour pour elle. Cela faisait cinq jours, que Jenny n&rsquo;avait pas ou peu parl\u00e9, qu&rsquo;elle avait ressass\u00e9 ce qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 dans le centre commercial, les balles d\u00e9chirant son corps douloureusement, la terreur qui l&rsquo;avait broy\u00e9e puis le corps sans vie de Carol couch\u00e9e sur elle. Jenny fron\u00e7a les sourcils \u00e0 ce dernier souvenir et surtout&#8230; elle serra un peu plus le visage de la jeune femme entre ses mains.<\/p>\n<p>Carole se laissa faire, ses bras vinrent juste glisser sur le corps de l&rsquo;adolescente pour la retenir un peu plus \u00e0 elle&#8230; c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 son tour de vouloir se blottir, de vouloir laisser couler avec les larmes la faiblesse. Quoi lui dire?&#8230; elle l&rsquo;avait dit, le reste, ce serait le matin, devant le jour, calme, sereine, patiente, comme elle le serait toujours et l&rsquo;avait toujours \u00e9t\u00e9, ou essay\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre&#8230; l\u00e0, elle avait juste besoin de la sentir contre elle, en vie, juste telle qu&rsquo;elle \u00e9tait.<\/p>\n<p>Jenny ferma les yeux et pris Carol entre ses bras posant sa t\u00eate contre son \u00e9paule pour lui offrir un r\u00e9confort, une assurance que cela n&rsquo;\u00e9tait pas vain, que les mots dits n&rsquo;\u00e9taient pas inutiles, que la jeune adolescente comprenait et ne partirait pas. Elle enfouit son nez dans la chevelure blanche, l&rsquo;image de Carol morte dans ses bras lui revenant a l&rsquo;esprit et tout ce que cela avait provoqu\u00e9 chez elle&#8230; le d\u00e9sespoir de perdre quelqu&rsquo;un de proche, la douleur que cela pouvait finir et son c\u0153ur qui lui faisait mal&#8230;. De l&rsquo;amour pour cette femme&#8230;. Jenny dissimula son trouble en serrant Carol dans ses bras. Elle cacha ce qu&rsquo;elle avait devin\u00e9, son c\u0153ur cognant dans sa poitrine et elle se mit \u00e0 chanter doucement&#8230; troubl\u00e9e de ce qui se passait.<\/p>\n<p>\u00ab Hush now don\u2019t cry&#8230;.<br \/>\nWipe away the teardrop from your eye&#8230;You\u2019re lying safe in bed&#8230;<br \/>\nIt was all a bad dream&#8230;Spinning in your head&#8230;<br \/>\nYour mind tricked you to feel the pain&#8230;Of someone close to you leaving the game of life<\/p>\n<p>So here it is, another chance&#8230; Wide awake you face the day<br \/>\nYour dream is over&#8230;or has it just begun?<\/p>\n<p>There\u2019s a place I like to hide&#8230; A doorway that I run to in the night<br \/>\nRelax child, you were there&#8230;But only didn\u2019t realize it and you were scared<br \/>\nIt\u2019s a place where you will learn&#8230; To face your fears, retrace the tears&#8230; And ride the whims of your mind<br \/>\nCommanding in another world&#8230;.<br \/>\nSuddenly, you hear and see&#8230; This magic new dimension<\/p>\n<p>I-will be watching over you<br \/>\nI-am gonna help you see it through<br \/>\nI-will protect you in the night<br \/>\nI-am smiling next to you&#8230;in silent lucidity<\/p>\n<p>If you open your mind for me<br \/>\nYou wont rely on open eyes to see<br \/>\nThe walls you built within<br \/>\nCome tumbling down, and a new world will begin<br \/>\nLiving twice at once you learn<\/p>\n<p>You\u2019re safe from pain in the dream domain<br \/>\nA soul set free to fly<br \/>\nA round trip journey in your head<br \/>\nMaster of illusion, can you realize<br \/>\nYour dreams alive, you can be the guide but&#8230;<\/p>\n<p>I-will be watching over you<br \/>\nI-am gonna help you see it through<br \/>\nI-will protect you in the night<br \/>\nI-am smiling next to you&#8230;in silent lucidity \u00bb<\/p>\n<p>Carole \u00e9coutait les yeux clos&#8230; Tellement difficile de r\u00e9sister \u00e0 sa voix, \u00e0 ce qui semble-t-il \u00e9tait le plus beau du don que jenny pouvait avoir. Rien ne pouvait \u00eatre plus beau que sa voix, mais les mots coulaient dans son \u00e2me et elle ne pouvait pas arriver \u00e0 en endiguer le flot. Qui veillait sur qui \u00e0 cette seconde, qui se montrait la plus forte, la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sentait volait en \u00e9clats, et elle pleurait&#8230; M\u00eame si son corps ne l&rsquo;\u00e9tait pas, elle \u00e9tait humaine, et son \u00e2me lui rappelait qu&rsquo;\u00eatre humain pouvait faire autant de bien, que de mal&#8230;<\/p>\n<p>La voix de l&rsquo;adolescente s&rsquo;\u00e9teint doucement alors qu&rsquo;elle caresse doucement le dos de Carol la tenant toujours contre elle, elle-m\u00eame chassant ses questions pour simplement profiter de l&rsquo;instant pr\u00e9sent, fermer les yeux et laisser ses sens d\u00e9couvrir et peut-\u00eatre r\u00e9pondre au trouble qui fait rougir ses joues et secouer son c\u0153ur.<\/p>\n<p>Carole voulait l&#8217;embrasser&#8230; En fit, il n&rsquo;y avait plus que cette id\u00e9e qui la submergeait&#8230; lui dire ainsi, lui r\u00e9pondre, la remercier. Mais le faire, c&rsquo;\u00e9tait sceller ce qu&rsquo;elle avait trop peur d&rsquo;assumer, de d\u00e9sirer, et de vouloir. C&rsquo;\u00e9tait sceller le droit \u00e0 cette jeune fille de vivre et de faire ses choix, c&rsquo;\u00e9tait l&#8217;emprisonner \u00e0 elle. Elle voulait l&#8217;embrasser et ne le devait pas&#8230;<br \/>\nElle pleurait toujours et remerciait le ciel que Jenny ne soit pas t\u00e9l\u00e9pathe, pour savoir pourquoi en cette seconde les larmes coulaient toujours. Elle serra les dents, essaya de s&rsquo;accrocher \u00e0 une pens\u00e9e qui lui redonne ce qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;elle ait pour arr\u00eater \u00e7a, maintenant&#8230; Et se mit \u00e0 d\u00e9nombrer mentalement position et angle de tous les objets de son studio, se noyant dans une liste de choses inutiles et mat\u00e9rielles. Rien n&rsquo;est plus terrible est froid que lister les choses.<br \/>\nSon c\u0153ur se mit \u00e0 battre moins fort, il admit que sa passion devait s&rsquo;\u00e9teindre, ses bras serr\u00e8rent un peu moins fort, et Carole pu baisser les yeux, pour la regarder.<br \/>\nElle aurait soulev\u00e9 un continent pour l&#8217;embrasser, et ne le ferait pas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Demain, il faudra qu&rsquo;on parle s\u00e9rieusement, ma ch\u00e9rie. D&rsquo;accord?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La jeune adolescente cligna des yeux un peu, en fait totalement, surprise par la r\u00e9action de Carol, l&rsquo;instant d&rsquo;avant elle pleurait et lui avait avou\u00e9 son amour pour elle et soudainement elle \u00e9tait redevenue le \u00ab\u00a0soldat\u00a0\u00bb. Jenny \u00e9carta doucement ses mains rompant le contact avec Carol et elle murmura \u00e0 peine &#8230; \u00ab\u00a0parler s\u00e9rieusement&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole attrapa les mains, dans l&rsquo;obscurit\u00e9, doucement. Elle les serra un peu trop pour \u00eatre simplement l&rsquo;affection et la pr\u00e9sence qu&rsquo;elle voulait transmettre. Elle \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s incomp\u00e9tente \u00e0 savoir comment on est sens\u00e9 parler et quoi dire \u00e0 cet instant. Elle \u00e9tait avant tout une militaire. Parler \u00e9tait pour elle un moyen de communication rapide et efficace de faits. Ici, il n&rsquo;y avait pas de faits, il y avait des sentiments, des doutes et des devoirs&#8230;<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Jenny&#8230; je t&rsquo;aime mais&#8230; je ne veux pas, je ne peux pas, te faire de mal&#8230; j&rsquo;en ai fais assez&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle fit quelque chose de rare chez elle, elle reprit une grande bouff\u00e9e d&rsquo;air&#8230; Pour calmer son angoisse&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Demain, je dois t&rsquo;expliquer tout ce qui va se passer, selon tes choix. Et te dire ce qui est arriv\u00e9&#8230; Que tu puisses comprendre et choisir. Ce qui compte, c&rsquo;est toi&#8230; Et seulement toi&#8230;<\/p>\n<p>Jenny sourit dans l&rsquo;obscurit\u00e9 serrant \u00e0 son tour les mains de Carol, la t\u00eate relev\u00e9e vers le visage de celle-ci. Elle se redressa encore pour pouvoir la fixer dans les yeux, son visage proche du sien. \u00ab\u00a0Je&#8230; comprends&#8230;\u00a0\u00bb Non, elle ne comprenait pas vraiment se pin\u00e7ant les l\u00e8vres avant d&rsquo;ajouter : \u00ab\u00a0Il manque de la lumi\u00e8re non ?\u00a0\u00bb Elle ne savait pas pourquoi elle avait envie de voir Carol, juste envie de la voir et pouvoir comprendre.<\/p>\n<p>Carole l\u00e2cha une main et t\u00e2tonna, sans r\u00e9ellement dire qu&rsquo;elle h\u00e9sita \u00e0 le trouver, jusqu&rsquo;au contacteur du halog\u00e8ne \u00e0 sa t\u00eate de lit&#8230;. elle fit glisser la barre de r\u00e9glage, et doucement, le coin du loft o\u00f9 \u00e9tait son lit s&rsquo;\u00e9claira.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ca va mieux, ainsi?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La premi\u00e8re chose qui apparut sous la lumi\u00e8re \u00e9tait le sourire de Jenny, un sourire un peu g\u00ean\u00e9 alors que ses yeux pouvaient enfin distinguer la femme en face d&rsquo;elle et constater la proximit\u00e9 de leur visage, une rougeur naissante sur ses joues qui lui fit d\u00e9tourner le regard vers le bas puis soudainement vers la gauche en constatant leur nudit\u00e9, \u00ab\u00a0Oui&#8230;\u00a0\u00bb Elle \u00e9tait subitement g\u00ean\u00e9e de leur tenue, pourquoi alors que depuis le d\u00e9but cela n&rsquo;avait jamais pos\u00e9 de probl\u00e8me. Elle avait soudainement tr\u00e8s chaud, son c\u0153ur cognait plus durement dans sa poitrine, ses doigts resserrant un peu plus les mains de Carol.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu devrais retourner dormir, tu ne crois pas?&#8230; ou tu veux un th\u00e9?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole tendit une main en arri\u00e8re, et attrapa un tee-shirt dans la penderie qui jouxtait son futon. Elle tira assez vite pour que les autres tee-shirts entass\u00e9s n&rsquo;aient pas le temps de se d\u00e9cider \u00e0 tomber, et le tendit \u00e0 la jeune fille.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne prend pas froid\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et sans l\u00e2cher sa main, elle se leva doucement&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente attrapa le t-shirt en se levant a son tour finissant de passer le v\u00eatements d&rsquo;une main et reste plant\u00e9e devant Carol sans rien dire pendant un instant puis souffle : \u00ab Euhh&#8230;. un.. un th\u00e9&#8230; \u00bb<br \/>\nCarole la dominait d&rsquo;une t\u00eate et r\u00e9sista \u00e0 l&rsquo;envie fougueuse de la prendre dans ses bras, l&#8217;embrasser et la faire sienne, mais elle glissa contre elle d&rsquo;un pas, et s&rsquo;\u00e9loigna vers le coin cuisine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je m&rsquo;en occupe&#8230; il est 5h00&#8230; on peut d\u00e9cider d&rsquo;un petit d\u00e9jeuner un peu matinal?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny suivi du regard Carol avant de se frotter les \u00e9paules frissonnante, ses yeux suivant la femme, pensive et troubl\u00e9e. \u00ab\u00a0Pourquoi pas oui&#8230;\u00a0\u00bb Elle sourit pour venir replier le canap\u00e9, bataillant un peu contre lui avant d&rsquo;y parvenir et s&rsquo;affaler sur lui en victorieuse.<\/p>\n<p>Carole s&rsquo;essaya \u00e0 rire. Elle avait allum\u00e9 quelques lumi\u00e8res au passage, pas assez pour qu&rsquo;il y fit un jour clair. Elle appr\u00e9ciait la nuit de ne pas trop avoir \u00e0 supporter une pleine lumi\u00e8re. Dans le jaune doux et moelleux du loft, elle regardait Jenny avec une douceur d&rsquo;amante heureuse ou de m\u00e8re aimante. Mais \u00e0 vrai dire c&rsquo;\u00e9tait juste, pour elle, le bonheur de la voir vivre&#8230;<br \/>\nElle commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;affairer. Avantage d&rsquo;un cerveau \u00e0 m\u00e9moire eid\u00e9tique, c&rsquo;est que pour connaitre des recettes de cuisine, il lui suffisait d&rsquo;y penser, et elle avait les listes de recettes en entier. Et ce matin, elle se lan\u00e7ait dans un petit d\u00e9jeuner su\u00e9dois&#8230; Restait \u00e0 esp\u00e9rer que Jenny aime les rollmops et le saumon fum\u00e9 \u00e0 la cr\u00e8me fraiche, accompagn\u00e9 de confiture d&rsquo;airelle, de th\u00e9 et de blinis, \u00e0 5 heure du mat&rsquo;&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente regardait Carol s&rsquo;affairer au fourneau, fron\u00e7ant les sourcils de plus en plus en voyant les diff\u00e9rents ingr\u00e9dients, penchant la t\u00eate pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;autre surprise culinaire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Euh&#8230;. pas de bacon ou d&rsquo;\u0153ufs au plat ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pas dans un petit d\u00e9jeuner su\u00e9dois, tu en veux quand m\u00eame?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole souriait et riait presque&#8230; Elle parlait, elle vivait, elle \u00e9tait l\u00e0 pr\u00e8s d&rsquo;elle, et \u00e9tait toujours elle-m\u00eame. Elle n&rsquo;y croyait gu\u00e8re, mais elle eut une pens\u00e9e pour remercier Dieu.<\/p>\n<p>Jenny s&rsquo;enfonce confortablement dans le canap\u00e9 croisant ses mains sur sa nuque, les jambes repli\u00e9es contre elle.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Su\u00e9dois&#8230; euh&#8230;bah on va go\u00fbter\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle ne ratait pas un geste de Carol ne la l\u00e2chant pas du regard, souriant, fron\u00e7ant les sourcils, rougissant d&rsquo;autres fois&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;avantage de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer si vite, c&rsquo;est que quand on fait sauter des blinis, et cuire des \u0153ufs au bacon pour une jeune am\u00e9ricaine qui risque de fuir les rollmops de bon matin, c&rsquo;est que quand des gouttes d&rsquo;huile sautent, la douleur n&rsquo;a m\u00eame pas le temps de naitre que la plaie a d\u00e9j\u00e0 disparue.<br \/>\nAlors changer de tenue, c&rsquo;est \u00e0 dire petite culotte et d\u00e9bardeur ne lui venait pas \u00e0 l&rsquo;esprit. Elle saisit juste son tablier pour \u00e9viter de tacher les v\u00eatements. L&rsquo;huile sale n&rsquo;est pas un truc tr\u00e8s plaisant. Ca donnait un spectacle plut\u00f4t dr\u00f4le au final, surtout avec un mini-tablier piyou piyou&#8230;<br \/>\nElle acheva la cuisine sans se presser&#8230; Elle avait allum\u00e9 la radio sur une station de musique \u00e9coutable, enfin, selon ses crit\u00e8res, et s&rsquo;amusait \u00e0 faire voler les blinis de la po\u00eale pour les retourner.<\/p>\n<p>Jenny se mordait la l\u00e8vre pour ne pas \u00e9clater de rire en voyant la tenue de Carol et lance : \u00ab\u00a0Joli tablier\u2026\u00a0\u00bb Elle se d\u00e9cida a se coucher sur le canap\u00e9, sa t\u00eate cal\u00e9e dans le creux de sa main, toujours a observer la cuisini\u00e8re qui semblait heureuse apr\u00e8s la tristesse de ses larmes un peu plus t\u00f4t. Ses doigts jouaient avec ses tresses alors qu&rsquo;elle fredonnait doucement, heureuse elle aussi.<\/p>\n<p>Carole tournait la t\u00eate, souvent, pour la regarder&#8230; parfois, Jenny voyait, parfois, elle ne voyait pas. Et elle retournait au petit d\u00e9jeuner, qui venait remplir un plateau qui ne suffirait pas \u00e0 tout emmener.<br \/>\nBlinis saut\u00e9s, chauds, et froids, confiture d&rsquo;airelle et miel su\u00e9dois, \u0153ufs de lump et \u0153ufs de saumon parfum\u00e9s \u00e0 la bergamote, rollmops et saumon fum\u00e9, plus de la cr\u00e8me fraiche artisanale, du beurre doux, et du beurre sal\u00e9, et enfin, trois \u00e9normes \u0153ufs sur le plat sur deux grandes tranches de bacon, avec des toasts, et du th\u00e9 noir bouillant.<br \/>\nOn aurait pu nourrir six personnes avec \u00e7a, et Carole riait en entassant le tout sur la table basse.<\/p>\n<p>Jenny ouvrit de grands yeux qui allait du petit d\u00e9jeuner gargantuesque a sa cuisini\u00e8re. \u00ab\u00a0Euh&#8230;.\u00a0\u00bb elle regarde autour d&rsquo;elle puis ajoute :<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb On est que toute les deux hein&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Enfin deux et demi en comptant zo\u00e9 et Magi\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny se gratte la t\u00eate jouant avec une de ses tresses, son regard pos\u00e9 sur Carol et son tablier Pyiou Pyiou.<\/p>\n<p>Carole s&rsquo;affala sur le canap\u00e9, pr\u00e8s de Jenny.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ca fait quatre non?&#8230; il fait faim, tu ne crois pas?&#8230; Et puis je t&#8217;emm\u00e8ne courir, apr\u00e8s!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole piqua une assiette, un blinis, et deux tranches de rollmops, et avec une louch\u00e9e de cr\u00e8me fraiche, se mit en devoir de se r\u00e9galer, ce qui \u00e9tait clairement le cas vu son expression de d\u00e9lice.<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente se tourne sur le cot\u00e9 pour laisser un peu de place a Carol, toujours couch\u00e9e sa t\u00eate pos\u00e9e au creux de sa main et son regard allant du p\u2019tit dej a la jeune femme.<\/p>\n<p>Carole avala un blinis entier couvert de poisson marin\u00e9 et de cr\u00e8me, avant de saisir une tasse du th\u00e9, et de se tourner, doucement, souriante, vers l&rsquo;adolescente.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je te demande pardon, tu sais&#8230; Pardon pour toi&#8230; je suis qu&rsquo;une idiote de soldat&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La jeune adolescente sourit en fixant Carol :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai jamais encore aim\u00e9 une femme tu sais&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole ouvrit la bouche, un air de surprise absolue, et compl\u00e8te. Elle sut qu&rsquo;elle rougissait, et l\u00e0 elle su qu&rsquo;elle devenait pivoine, et n&rsquo;avait aucun moyen de le dissimuler&#8230; Il n&rsquo;y eu plus la moindre pens\u00e9e construite dans son cerveau pendant quatre secondes&#8230;<\/p>\n<p>Toujours couch\u00e9e sur le canap\u00e9, elle souriait, son aveu ayant \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 sans qu&rsquo;elle le r\u00e9alise vraiment, mais la rougeur sur ses joues et le c\u0153ur cognant \u00e0 tout rompre ainsi que les mains tremblante et ce doux frisson qui remonta le long de son dos contredisaient clairement le ton d\u00e9tach\u00e9 qu&rsquo;elle venait d&rsquo;avoir et qu&rsquo;elle tentait de garder en ajoutant :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des gar\u00e7ons oui&#8230; plusieurs&#8230; mais une femme jamais&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quatre secondes sans pens\u00e9es, suivies d&rsquo;un tourbillon \u00e9pouvantables de pens\u00e9es contradictoires avec comme seul objectifs essayer de comprendre et d&rsquo;interpr\u00e9ter ce que Jenny venait de dire. Carole du hurler contre ses propres pens\u00e9es une sorte de \u00ab\u00a0Ta GUEULE\u00a0\u00bb dont elle avait le secret pour essayer de retrouver le calme&#8230;<br \/>\nMais elle d\u00e9tourna la t\u00eate&#8230; pas possible de lui parler en la regardant, pas possible de ne pas penser \u00e0 ce qu&rsquo;elle avait envie de faire, l\u00e0, de suite, et qui la brulait.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu as connu beaucoup de gar\u00e7ons?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle d\u00e9cida que se concentrer \u00e0 tartiner des \u0153ufs de lump sur un autre blinis en tentant d&rsquo;estimer leur nombre dans le pot \u00e9tait une bonne occupation&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente se plaqua une main sur le visage \u00e0 la fois pour dissimuler la rougeur de son visage et sa consternation sur ce qu&rsquo;elle venait de provoquer et dans quelle terrible g\u00eane elle venait de mettre la pauvre Carol tout en trouvant attendrissant et tr\u00e8s touchant le rouge qu&rsquo;elle voyait sur son visage, un nouveau frisson courant sur son corps lui mettant la chair de poule.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Euh&#8230; trois&#8230;<\/p>\n<p>trois si&#8230; \u00a0\u00bb Sa voix n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un murmure presque fautif.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0.. si?&#8230; \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>12876 \u0153ufs de lump dans un pot&#8230; l&rsquo;estimation \u00e9tait selon elle juste \u00e0 environ 3%&#8230; elle d\u00e9cida de descendre le calcul statistique \u00e0 0.3%&#8230; Ca l&#8217;emp\u00eacherait de ne penser qu&rsquo;\u00e0 sa seule envie&#8230; l&#8217;embrasser&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si je compte ceux&#8230;qui&#8230; m&rsquo;ont aim\u00e9e aussi&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny \u00e9carte les doigts pour observer Carol en train de tartiner fr\u00e9n\u00e9tiquement sa tartine qui va finir par prendre feu vu la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution puis son regard fix\u00e9 sur le pot devant elle qui semble occuper toute son attention du moment.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0trois gar\u00e7ons, alors?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole ne savait plus o\u00f9 se mettre&#8230; bon&#8230; 13117 \u0153ufs de lump, mais elle \u00e9tait s\u00fbr que c&rsquo;\u00e9tait faux et de toute fa\u00e7on son cerveau jetait l&rsquo;\u00e9ponge. Elle avait eu combien de \u00ab\u00a0filles\u00a0\u00bb?&#8230; Elle se souvenait bien d&rsquo;avec qui elle avait couch\u00e9, et de cette histoire finie en queue de poisson avec Emma, mais apr\u00e8s&#8230;<br \/>\nIl devait bien y avoir quelque chose \u00e0 dire d&rsquo;autreun truc pour ne pas se retrouver paum\u00e9e devant une gosse de 18 ans qui venait de lui dire \u00eatre amoureuse d&rsquo;elle, alors que cela faisait 5 jours qu&rsquo;elle \u00e9tait bouff\u00e9e par ses propres sentiments pour l&rsquo;adolescente&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Carol ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0heu&#8230; oui?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu devrais poser ta tartine avant de la d\u00e9truire&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0hein?..\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le blinis souffrait en effet d&rsquo;un tartinage qui commen\u00e7ait \u00e0 ressembler \u00e0 du massacre. Carole pouvait exercer une pression de 1400 kg sur un objet et m\u00eame loin du compte, elle avait quand m\u00eame oubli\u00e9 ce d\u00e9tail sur le blinis qui \u00e9tait en train de finir d\u00e9chiquet\u00e9 dans sa main.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pff, je suis pas dou\u00e9e ce matin&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle goba ce qui restait en miettes de pain et oeufs broy\u00e9s, riant de s&rsquo;en mettre plein les doigts, et rougit encore, une pens\u00e9e fugace avait travers\u00e9 son esprit, et dieu remercie que jenny ne soit pas t\u00e9l\u00e9pathe&#8230;<\/p>\n<p>Jenny pouffa en posant sa main libre sur le bras de Carol<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Y a des jours comme \u00e7a&#8230; hein\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle glissa sa main sur le poignet le serrant doucement pour dissimuler son tremblement. Celle qui lui a toujours montr\u00e9 la rigueur et le froid militaire avait en l&rsquo;espace d&rsquo;une nuit d\u00e9voil\u00e9 son d\u00e9sarroi face a ses sentiments humains. Avant d&rsquo;ajouter \u00e9mue par la rougeur qui se peignait sur le visage de la femme :<\/p>\n<p>Tu es bien plus humaine que l&rsquo;on pense&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente sourit gardant sa prise sur le poignet de Carol en d\u00e9glutissant les joues s&rsquo;enflammant \u00e0 ses mots. Pourquoi elle \u00e9tait dans un tel \u00e9tat ? Pourquoi son c\u0153ur battait la chamade&#8230; et son corps tremblait frissonnant ? Elle \u00e9tait amoureuse tout le disait&#8230; elle \u00e9tait amoureuse d&rsquo;une femme du nom de Carol. Jenny ferma les yeux en inspirant profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Combien de femme as-tu connue ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole n&rsquo;essayait plus de dissimuler qu&rsquo;elle regardait, voir d\u00e9taillait le visage de la jeune fille, et \u00e0 vrai dire, comme si elle avait pu du regard se nourrir de ses \u00e9motions. Elle n&rsquo;osait plus bouger, Jenny lui tenant le poignet, et se demandait un peu pourquoi jenny le lui avait attrap\u00e9. Mais les \u00e9clats de joie, de fraicheur et de plaisir qu&rsquo;elle vivait simplement \u00e0 ce contact lui suffisaient comme r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0ca d\u00e9pend ce que tu appelle connaitre&#8230; Pour moi, je dirais une&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny fixait le plateau d\u00e9jeuner, g\u00ean\u00e9e par le regard de Carol sur elle gardant toujours en main le poignet de celle ci, sans savoir elle aussi pourquoi elle l&rsquo;avait attrap\u00e9 peut-\u00eatre pour rassurer Carol ou se rassurer elle-m\u00eame ou les deux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Femme qui tu aimais&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente n&rsquo;ose plus bouger cal\u00e9e derri\u00e8re Carol puis se d\u00e9cide a replier une jambe la calant contre le dos de la femme soldat.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Alors aucunes\u2026 je n&rsquo;ai pas eu&#8230; le temps&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole ferma les yeux, laissant Jenny faire, et sa main libre lui amena la tasse de th\u00e9, qu&rsquo;elle se mit \u00e0 boire Elle se sentait \u00e9trangement calme&#8230; Sereine&#8230; Apr\u00e8s tout, quoi qu&rsquo;il arrive, c&rsquo;\u00e9tait leurs choix.<\/p>\n<p>Jenny se redresse venant prendre place assise \u00e0 cot\u00e9 de Carol et se penche pour attraper un blinis, sa main glissant sur la jambe de Carol. Elle ouvre la bouche pour dire quelque chose puis la referme posant le blinis a sa place avant de tourner la t\u00eate vers Carol lui souriant; les yeux brillants<\/p>\n<p>Carole lui souria tendrement. Ne plus avoir peur \u00e9tait doux. Elle ne voulait pas l&#8217;embrasser&#8230; pas encore. C&rsquo;etait \u00e0 Jenny de d\u00e9cider, maintenant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu te dis que c&rsquo;est dommage, pas une seule fois, c&rsquo;est \u00e7a?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente haussa des \u00e9paules :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je me dis que tu n&rsquo;as pas eu le temps&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle prend a nouveau le blinis et le mange avec envie d\u00e9couvrant son go\u00fbt avec satisfaction.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Hmmm c&rsquo;est bon !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu devrais gouter un rollmops, tu verras c&rsquo;est super bon&#8230; m\u00eame si \u00e7a a un gout bizarre la premi\u00e8re fois. C&rsquo;est Seven qui m&rsquo;a appris \u00e0 gouter et aimer tout \u00e7a.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole reprit sa main sans la moindre brusquerie, et se pr\u00e9para une seconde tartine&#8230; il en faudrait beaucoup pour nourrir les fringales de la soldat.<\/p>\n<p>\u00ab Je n&rsquo;ai pas eu le temps parce qu&rsquo;elle est partie quand elle a su que j&rsquo;\u00e9tais militaire. Je n&rsquo;ai plus eu envie d&rsquo;essayer d&rsquo;aimer apr\u00e8s \u00e7a, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 attendre, me dire qu&rsquo;un jour la question se poserait pas&#8230; Ce n&rsquo;\u00e9tait pas volontaire quand..; quand&#8230; quand tu es arriv\u00e9&#8230; c&rsquo;est arriv\u00e9 comme \u00e7a.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole ne la regardait pas, et pr\u00e9parait une autre tartine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas eu beaucoup de temps en fait pour avoir l&rsquo;occasion d&rsquo;aimer quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Elle attrappe un rollmops et y goute en lan\u00e7ant :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Euh oui&#8230; j&rsquo;ai d\u00e9boul\u00e9 dans ta vie un peu a l&rsquo;arrache quoi\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jenny laissa sa main pos\u00e9e sur la cuisse de Carol cherchant toujours du regard le sien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et&#8230; \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile&#8230; notre histoire&#8230; tout \u00e7a&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole croisa son regard, le d\u00e9tourna, le croisa encore apr\u00e8s avoir aval\u00e9 un demi blinis en une seule bouch\u00e9e, une large tache de cr\u00e8me venant d\u00e9border sur ses l\u00e8vres.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Tu sais r\u00e9ellement ce qui arrive, Jenny?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescente eut un bref sourire avant de fixer la table basse :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bah&#8230; tu seras ma sup\u00e9rieure&#8230; et je devrais te d\u00e9tester pour ce que tu as fait&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle repose le rollmops sur la table la faim ayant disparu subitement puis fixe a nouveau Carol venant essuyer la cr\u00e8me sur ses l\u00e8vres en riant, un rire bien faible.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Te ha\u00efr&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle hausse des \u00e9paules observant toujours la femme.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais&#8230; j&rsquo;ai eu si peur quand tu es&#8230; morte&#8230; j&rsquo;aurais d\u00fb \u00eatre en \u00eatre heureuse&#8230; veng\u00e9e&#8230; mais j&rsquo;ai eu peur&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Carole laissa jenny essuyer la cr\u00e8me, et la parler&#8230; elle la laissa h\u00e9siter, mais elle ne la laissa pas partir. Elle vint la prendre une main par la taille, l&rsquo;autre emprisonnant son bras, et elle l&#8217;embrassa. C&rsquo;\u00e9tait comme cesser de se demander quoi que ce soit, c&rsquo;\u00e9tait de toute fa\u00e7on la seule chose qu&rsquo;elle voulait faire. La faire sienne&#8230; Le jogging attendrait, le petit-d\u00e9jeuner refroidirait, le bureau patienterait, le monde pouvait mourir, elle serait sienne, et elle n&rsquo;avait qu&rsquo;une envie: l&rsquo;aimer.<\/p>\n<p>Jenny allait ajouter quelque chose lorsqu&rsquo;elle fut b\u00e2illonn\u00e9e par le baiser, surprise, troubl\u00e9e mais aussi heureuse; Son corps tremblait et frissonnait, sa main libre passant dans le dos de Carol. Il faisait chaud soudainement; terriblement chaud dans le loft.<\/p>\n<p>Jenny \u00e9tait de plus en plus troubl\u00e9e ainsi captive des l\u00e8vres de Carol, devenue femme passionn\u00e9e. Son corps tremblait r\u00e9pondant pas instinct a l&rsquo;\u00e9treinte<br \/>\nde la femme dont elle sentait sa chaleur si proche d&rsquo;elle. Ce qu&rsquo;il faisait chaud&#8230;<\/p>\n<p>arole se maudit int\u00e9rieurement une derni\u00e8re fois par principe, et se moqua royalement la seconde d&rsquo;apr\u00e8s de sa propre pens\u00e9e&#8230; Elle se pencha en avant, doucement, amenant Jenny \u00e0 s&rsquo;allonger sur le canap\u00e9, la gardant sous son \u00e9treinte. Elle avait craint, attendu, essay\u00e9 de nier, r\u00eav\u00e9, d\u00e9sir\u00e9, et maudit ce baiser. mais elle l&rsquo;avait enfin, et la jeune fille qu&rsquo;elle serrait dans ses bras avec.<br \/>\nNon, elle ne serait aps capable d&rsquo;\u00eatre une maman pour Jenny&#8230; mais une compagne, une amante, une guide, une protectrice, une initiatrice, \u00e7a oui&#8230; Elle avait pass\u00e9 six ans \u00e0 croire que quand une certaine mesure, elle ne trouverait jamais une chance de vivre \u00e7a, alors Jenny ne partirait pas&#8230;<\/p>\n<p>Jenny se laissa aller a la douce autorit\u00e9 de la femme-soldat, r\u00e9pondant au baiser avec envie alors que ses bras \u00e9taient captifs des mains de Carol qui s&rsquo;allongeais sur elle, mue par la passion. L&rsquo;adolescente ne savait comment r\u00e9agir, h\u00e9sitante sur ce qu&rsquo;il fallait faire, juste le baiser qu&rsquo;elle prolongeait.<\/p>\n<p>Carole avait r\u00eav\u00e9 de cet instant des milliers de fois. Et elle avait gard\u00e9 en m\u00e9moire comme une pellicule parfait chacun de ces r\u00eaves&#8230; Elle en avait r\u00eav\u00e9 bien avant qu&rsquo;une adolescente de 19 ne d\u00e9barque un matin dans son loft. Elle en avait r\u00eav\u00e9 des centaines de fois encore depuis, elle avait ni\u00e9 les r\u00eaves qu&rsquo;elle en faisait, elle avait surtout r\u00eav\u00e9 avoir le droit de faire quelque chose de ses r\u00eaves, et elle avait Jenny, son corps, sa vie, sa chaleur, sa douceur, sa beaut\u00e9, son amour, sous les mains, enfin \u00e0 elle, enfin pour elle&#8230; et elle ne savait qu&rsquo;en faire&#8230; trop d&rsquo;envies, d&rsquo;id\u00e9es, et de craintes de choquer l&rsquo;adolescente&#8230; Alors elle n&rsquo;avait que ce baiser qu&rsquo;elle ne voulait pas arr\u00e9ter, toujours plus passionn\u00e9, et sentir son corps contre elle, juste l\u00e0, pour elle, sous son propre corps qui doucement emprisonnait la jeune fille.<\/p>\n<p>Toujours plus perdue entre la passion de Carol qui l&rsquo;enveloppait et la surprise de ressentir le corps de cette femme contre le sien, elle n&rsquo;avait jamais connu cela. Des embrassades amicales avec des amies, des acolades ou autres bises mais jamais si&#8230; passionn\u00e9 et si d\u00e9sirable&#8230;. que faire maintenant&#8230;<\/p>\n<p>Carole soupira, une de ses main gardait prisonnier un poignet de la jeune fille, l&rsquo;autre vint se perdre \u00e0 son corps, venant glisser sur la hanche. Dieu qu&rsquo;elle \u00e9tait mince&#8230; Carole guidait son pouce \u00e0 la d\u00e9couverte de la douceur de la jeune fille, et sa main venait suivre du bout des doigts le corps de l&rsquo;adolescente, de son aisselle \u00e0 la naissance de sa cuisse&#8230;<\/p>\n<p>Le visage enflamm\u00e9, Jenny regardais Carol de ses yeux mi-clos, les l\u00e8vres entrouvertes et le souffle court. Elle frisonna sous les doigts de la jeune femme, ses yeux s&rsquo;agrandissant de surprise lorsqu&rsquo;ils venait effleurer a peine son buste, le t-shirt se froissant&#8230; Elle ne savait pas quoi faire et restait ainsi offerte et attendant&#8230; les l\u00e8vres br\u00fblantes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1- &nbsp; La balle traversa la paroi du derme avec une facilit\u00e9 amplifi\u00e9e par sa v\u00e9locit\u00e9, la peau et la<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":19,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"class_list":["post-594","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/P2iISD-9A","jetpack-related-posts":[{"id":993,"url":"http:\/\/www.psychee.org\/blog\/loss-fiction\/","url_meta":{"origin":594,"position":0},"title":"Les Chants de Loss","author":"Psychee","date":"5 f\u00e9vrier 2014","format":false,"excerpt":"Qu\u2019est-ce que les Chants de Loss\u00a0? 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