Journal du vendredi 24 Janvier
Pause... il est une heure de l'après-midi
et vomme je suis uen droguée de mon ordi, je suis encore ici,
à causer dans le vide, mais en faisant une nécessaire
pause. Je ne suis plus sur ma planche à dessin, et ça
fait un bien des plus fous...
Et là, je chatte, ce qui fais du bien...
Tiens, j'avais envie de vous parler d'un truc...
parce que c'est aps tout de dire que je suis transsexuelle, c'est aussi
pas mal que d'expliquer que de temps en temps, ben on s'amuse pas...
En fait, la plupart des gens ignorent le fondement
de ce mot "transsexuellé... POur eux, c'est un état,
un peu bizarre et mal connu, ou une perversité qui n'existe que
chez des cerveaux détraqués ou marginaux, etc... Bon,
en gros, des clichés... "ha ouais, tu te fais opérer,
et t'es une fille?..."
Bon, raté les enfants, c'est pas comme ça que ça
marche, c'est bien plus dur, difficile, long à affronter, et
pénible à vivre. Avant de songer à être opérée,
ce qui n'est que al dernière étape, il y a des choses
terribles à vivre et affronter, et j'en parlerais plus en détail...
mais par exemple, il y a les hormones... deux ans de traitement hormonal
lourd pour imprégnier et modifier le corps... Les hanches qui
poussent, le visage et les membres qui s'affinent et se féminisent,
les seins et les fesses qui se dévellopent, la peau qui devient
plus douce, et les poils qui s'effacent.
Un plaisir merveilleux... mais à quel prix...
Parce qu'en échange, cela fut des plus terribles à vivre,
jusqu'ici. Une telle métamorphose demande pour commencer énormément
d'énergie. Des semaines entière à dormir 18 heures
par jour, et au fur à mesure, la perte de son tonus musculaire...
Et une fois les hormones impreignant le cerveau,
une sensibilité exacerbée, mais sans avoir appris à
maitriser cela... ca arrive d'un coup... je me souviens de mes terreurs,
de la peur du noir qui me faisait hurler, et appeler mon meilleur ami
des nuits entières à trois heures du matin... des crises
de larmes parce que j'etais seule, des angoisses si lourdes... Et les
cris de surprise et de peur au bruit des klaxons, des freins, des éclats
de voix...
Et la dernière en date, après plusieurs
mois d edepression, d'où mon compagnon m'a sortie d'ailleurs...
c'est les migraines!!!
hé ben, je savais pas ce que c'était,
mais là, j'ai testé. Des migraines à hurler de
douleur, à rester couchée, dans le noir, droguée
autant qu'on peut, en priant pour dormir, trois jours durant... Et ensuite,
apprendre à en avoir des légères en permanence...
J'avoue, j'aurais aimé m'en passer...
Et je sais que je découvrirais encore d'autres
effets secondaires pas voulus... Voilà voilà, ce que c'est,
qu'tre transsexuelle... Et je vous épargne pour le moment les
délicieux récits de l'épilation par éléctro-coagulation...
Faut le vouloir... Faut le vouloir jusqu'au bout...
et c'est un combat pour y arriver...
Journal du Lundi 20 Janvier
2003
(Oui, je sais, ça fait long)
J'ai la tête qui explose... Un aspect que
je n'avais pas prévu de ma féminisation est l'apparitions
de migraines épouvantables, le genre de choses qui arrivent à
vous abbatre au lit deux jours durant, et là, j'espère
que ce ne sera pas pour un troisième jour, j'ai quand même
du boulot...
Il y a eu beaucoup, beaucoup de choses, en quelques
mois. Des évenements merveilleux, et quelques drames, mais surtout
l'accomplissement, achevé, ou en cours, de mes rèves.
Et quelques espoirs déçus, et remplaçés
par des vérités que je pouvais affronter.
Je ne suis plus seule. plus depuis le 18 Juillet
de cette année. ma route a croisé celle de Michel, d'un
homme, merveilleux et adorable, intelligent, réveur, distrait,
responsable, romantique et drôle. Un homme avec des gôuts
que j'adore, ceux pour la musique, pour la grande cuisine, pour les
grands vins, pour les belles et simples choses de la vie. Notre histoire
a commençé comme un conte de fée, une invitation
au restaurant qui s'est conclu par un refus de nous séparer dès
ce moment plus de quelques heures. Sans une ombre au tableau, saus un
"oui, mais..."
Et avec un respect et une dévotion pour ma personne qui m'a emporté...
et que je lui rend bien.
Et plus que tout, la volonté de vivre heureux,
de recréer sa vie pour en faire un rêve.. Et cela, nous
le partageons, moi qui me bats pour faire de ma vie le rêve qui
me hante...
En bref, je suis heureuse... mais il y a plus
encore, plus que ça... car d'amant, d'amour, de compagnon, il
est devenu mon Maitre... ce que je souhaitais tant, enfin... est arrivé,
au delà de mes espoirs... Vivre femme, libre et soumise à
la fois, la liberté la plus belle, celle de la donner à
l'homme que j'aime, et de savoir qu'il la respecte, et la protège,
comme un don précieux, en retour de tout mon amour et de toute
mon attention...
Un instant de magie...
Et un instant si beau, que je l'ai écris.
Cela représente des pages entières... et je vous en laisse
la lecture dans les pages de mes rêves d'ange...
Journal du Samedi 8 Juin
Le temps passe... et jamais assez vite, et trop
à la fois.
9 jours sans écrire ici. Il faut dire que
I-Trans et le projet Netologie me prennent énormément
de temps. Pas que je sois payée pour ça, mais bon... En
fait, Nadya, ma collègue et amie, qui a crée Infoweb-France
et Netologie s'est lançée dans un projet particulièrement
dingue et ceci sans moyens, avec comme seule arme sa connaissance du
net, un certain sens commercial, et ce qu'elle et moi apportons d'expérience
professionnelle.
Et le désir de deux transsexuelles peut-être
un peu hors de l'image qu'on s'en fait. Nadya, 40 ans, jolie et débordante
d'énergie, équilibrée au dernier degré (mis
à part une tête de mûle prire que moi, ce qui donne
lieud e temps en temps à des confrontations courtes mais interessantes
pour qui aime voir deux nanas se disputer 5 minutes), au passé
particulièrement étonnant que je ne dévoilerai
pas ici, cultivée et inteligente au point de complexer les mecs,
anarchiste, philosophe, optimiste jusqu'au bout des ongles, iconoclaste
et revendicative, que dirai-je encore si ce n'est qu'elle a comme passe-temps
préféré que de monter des plans fous et de les
réussir contre toute attente, et de faire tourner la tête
de la gente masculine, ça tombe bien, j'ai pris des cours...
Et moi... aussi iconoclaste qu'elle, déiste,
non anarchiste parce que je trouve ça trop facile, et pourtant
apolitique qui se met à faire de la politique, revendicative,
cultivée et tout aussi assez intelligente pour que quand nous
parlions, Nad et moi, les mecs locaux se sentent soudain tout petits,
romantique désespérée et pourtant amoureuse de
la vie, tétue comme trois chameaux, volontaire comme une charge
de taureaux, et en générale passionnée par ce qui
n'intéresse personne, j'ai nommé les sciences humaines
et physiques, la biologie, l'art, et depuis peu la politique dans la
partie qui me concerne, c'est à dire l'intégration sociale
de la communauté transsexuelle...
Et nous y arrivons... I-Trans commence à
trouver ses lettres de noblesse, des articles y naissent, des hommes
politiques, des psychanalystes, de simples consoeurs y travaillent avec
la passion d'un projet communautaire... Est-ce qu'on gagnera de l'argent
avec ça, je n'en sais rien, l'avenir nous dira si cela peut être
valable. POur le moment, ma motivation est simple: on m'a donné
un outil pour exprimer et agir au nom de la communauté dont je
suis membre, auquel j'appartiens, de fait, puisque je suis née
ainsi, transsexuelle, atteinte du syndrôme de Benjamin, femme
dans un corps d'homme... Et que je connais le prix à payer pour
une telle vie décalée entre cerveau de femme et corps
d'homme, et une fois le fait accepté, quand on annonce autour
de soi qu'on devient femme...
Moi, je l'ai bien vécue, Nad l'a bien vécue...
mais rien, en France, n'est fait pour nous permettre d'exister en tant
que tel... Miantenant, une page de plus se tourne, et je sais que c'est
moi qui en partie l'écrit...
Et c'est mon moteur, autant que ma bédé,
autant que mes rêves...
Une fois de plus "le destin est ce que
l'on en fait"
Journal du Mercredi 29 Mai
Deux jours pour aller mieux...
Ce qui s'entend par aller mieux est que j'ai mis
deux jours pour retoruver en moi assez de courage pour assumer mon moment
de mal-être, me reprendre à sourire, à penser positivement...
Et donc simplement faire la seule chose possible quand on a l'âme
qui vous dit qu'elle souffre: lui dire de ne pas souffrir...
Et elle a compris. J'appelle cette partie de moi
ma Chimère, la part de mon âme, de ma psyché qu'il
m'est difficile de contrôler, qui concentre mon instinct de survie,
mais aussi la part la plus sombre et auto-destructrice de moi, une part
qui se nomme en psychologie l'inconscient, sans doute la référence
Freudienne la plus exacte du terme. Ma foi ça ne change rien
pour moi, j'ai une conscience assez vive d'avoir deux modes de fonctionnement,
celui que je contrôle et maîtrise, et celui que je comprend
mais ne contrôle pas.
Mais par chance, il semble que j'ai appris à
me survivre, et trouver toujours en moi de quoi me résister,
et ainsi affronter toujours mes problèmes, tôt ou tard,
parce que je sais comment me gérer...
Et donc, je vais mieux... Le temps est ce qui
pour le moment me reste comme seule option. J'ai du temps avant de voir
ma situation évoluer, et celle-ci le fera dans le sens positif.
Donc, je décide de regarder le temps passer... et de l'aider
à passer dans la voie que je désire lui faire suivre.
Le temps est une donnée informelle, à l'aune de chacun
d'entre nous, pas une mesure exacte que l'on peut observer sur un chronomètre,
car si une seconde sera toujours la même valeur pour chaque individu,
il n'est pas une journée qui pour nos perceptions ai eu une durée
fixée.
Le temps est comme le Destin... perceptible, mais
non mesurable selon les normes humaines...
Peut-être est-ce la même chose, en
fin de compte...
Pour finir sur ce moment où je n'écris
que pour moi, que vous lisiez ou pas, je voudrais vous laisser ici des
paroles de chanson. Dédiées à tous les gens qui
n'ont pas d'autre choix que de vivre, et qui refusant de se laisser
pleurer, vivent, simplement...
Elle en a vu de toutes les douleurs
Elle est revenue de tant de combats
Elle a tellement tendu son cur
Là où d'autres ont baissé les bras
Elle dit qu'après certains regards
Les mots deviennent dérisoires
On fait les choses parce qu'elles s'imposent
Sans se demander pourquoi
{Refrain:}
C'est peut-être
Une goutte dans la mer
C'est peut-être
Une goutte d'eau dans le désert
Oui mais c'est sa raison d'être
sa raison d'être
Oh, elle en a essuyé des yeux
Elle en a baissé des paupières
Oubliant même que le ciel est bleu
A tant se pencher dans la poussière
Elle dit qu'on peut toujours trouver
Des excuses pour ne pas bouger
Elle, elle préfère encore se taire
Et faire ce qu'elle a à faire
{au Refrain}
Oh, elle en a brisé des silences
Poussé des cris contre les murs
Avec pour échos l'indifférence
Et des rancunes encore plus dures
Car aujourd'hui, si l'existence ici
Ne se limite qu'à la survie
Il faut savoir qu'une aile de papillon
Peut tout changer pour de bon
{au Refrain}
Pascal Obispo
"Sa raison d'être"
Journal du Lundi 27 Mai
Vous avez remarqué que
le texte qui se trouvait ici, et qui racontait en quelques lignes mon
aventure avec Nautile, mon ex-Maitre,n'est plus...
Les choses changent, l'histoire
s'est fini, je n'avais pas le courage de la retirer, mais les choix
sont fait, la roue tourne, j'ai été heureuse avec Nautile,
je crois lui avoir rendu tout le bonheur qu'il m'a donné sans
jamais que nous comptions. Mais les faits ont voulu que nous ne puissions
prolonger cette histoire sans nous faire mal...
Une nouvelle commençera
peut-être... je ne sais pas, j'attend, observatrice...
Je suis resté ces dernières
semaines seule. Non pas seule socialement, je vis avec mon amie Nadya,
hébergée chez elle en attendant des jours meilleurs, mais
seule affectivement... Je l'étais déjà depuis longtemps,
même si je portais encore le collier de Nautile... La solitude
est sans doutes la pire chose que j'ai à endurer. Je ne la supporte
pas, car avec elle vient la peur, à moins même qu'elle
ne naisse d'elle, et je ne sais plus gérer mes peurs. je ne sais
plus ne pas être fragile...
Je suis donc restée seule,
persuadée que cela serait mon chemin pour encore les années
à venir. L'idée qu'en tant que transsexuelle, non opérée,
au corps encore en mutation, à la vie instable, ne peut s'accomplir.
A quel point est-ce vrai, est-ce faux? Je ne sais pas...
Je n'ose pas savoir...
Aujourd'hui n'est pas une bonne
journée... Pas une bonne date non plus... Mais je vous en parlerai
en détail plus tard, de ce que signifie pour moi la date du Samedi
qui vient de passe, le 25 Mai. Disons que cela me permet de savoir que
j'arrive à avoir le courage de surmonter mes pires peurs, même
celles de fantômes vieux de deux ans... Mais donc, ce n'est pas
une bonne journée. Je suis embourbée dans ma tâche
qui consiste à reconstruire ma vie sociale, et professionnelle.
Pour le coté social, je ne suis pas très avançé,
puisque je suis RMIste, et que suite à un oubli de la part des
services qui s'occupent de ce genre de détails... je ne le suis
plus depuis... hé bien, un mois et demi, bientôt deux de
démarches pour essayer de comprendre le problème?
C'est une façon intéréssante
de mener une vie...
Mais vivre à la limite
quotidienne de la survie, en sachant avoir dù tout laisser derrière
soi, devoir accepter que mon statut de transsexuelle me ferme la porte
de presques toutes les entreprises... question de réputation,
de rumeur... être passé d'une vie calme à une vie
en permanence sur le fil m'oblige à devoir rassembler toute ma
volonté pour ne pas baisser les bras.
Hors mon traitement me rend infiniment
fragile émotionnellement, accentue les état de stress,
de peur, de nervosité... Devenir fragile et émotive est...
une chose étonnante, et précieuse pour moi qui ai passé
ma vie précédente à cacher toute émotion,
incapable même d'exprimer un sourire.
Mais il y a une limite à ce qui est supportable. Et quand je
dois vivre avec des angoisses qui en deviennent des moments, des jours
entiers de larmes découragées... Et quand même me
reprendre, et avancer, travailler, décider de sortir de ma situation...
parfois, je n'en peux plus. Ma réserve de courage s'épuise,
et je n'arrive plus à croire en moi, en les autres, en une chance...
Aujourd'hui, c'est comme ça...
demain, ça ira sans doutes mieux, le temps que je retrouve ma
réserve de courage... que les gens que j'aime m'inspirent, que
leur souvenir, et leurs encouragements me redonnent ce courage qui me
permet de me dire que je peux toujours m'en sortir...
Mais... je suis un peu fatiguée...