Interview de Thalie Ré, vice-présidente de la Convention Orc’idée

Crédits photo : Alexis Andres

C’est dans le cadre du petit travail qu’on a fait avec entre autre Stéphane Gallay sur des idées de charte de respect et de bonne conduite dans le cadre associatif et événementiel du jeu de rôle, que j’ai beaucoup causé avec Thalie Ré, à ce sujet. Et je me suis dit que partager son retour d’expérience sur la Charte d’Orc’idée, une convention qui commence à prendre un sacré volume en Suisse Romande, serait une bonne idée. Donc, je suis allé lui poser quelques questions, qui vont éclairer un peu mieux ces concepts et leur mise en application ! Bonne lecture !

– Bonjour, Thalie, je te propos de commencer par te présenter et de nous parler de tes fonctions au sein du staff de la convention Orc’idée.

Bonjour ! Officiellement, je suis vice-présidente. Pratiquement, avant la convention, je gère le site web, les animations et diverses petites bricoles, comme les listes d’entrée, le flyer, le plan des lieux, etc. Comme je suis polyvalente, je fais de tout. Par exemple, j’avais conçu les dés que nous avions fait fabriquer pour nos 20 ans. Et pendant la convention, je dirais que ma tâche principale consiste à courir partout pour m’assurer que tout roule. De plus, je prends quelques photos au passage.

– Orc’idée s’est doté en 2017 d’une charte “respect & tolérance », qui propose des consignes et des règles à suivre pour assurer un environnement respectueux dans le cadre de la convention. L’idée vous est venue comment ?

La présidente et la secrétaire du comité sont allées à Octogône, où une charte avait déjà été distribuée. Elles ont trouvé l’idée bonne et nous avons décidé d’écrire la nôtre. Quant à moi, j’avais suivi les débats qui avaient agité la communauté en août 2017 et j’étais persuadée que nous devions prendre position de manière claire.

– Quelles ont été les impératifs et les objectifs visés pour rédiger cette charte ? Et cela s’est passé de quelle manière ?

Nous nous étions fixé comme règle d’adopter un ton léger et de couvrir toutes les formes de discriminations. Nous ne voulions pas être accusés de nous en prendre aux hommes. Après tout, les femmes aussi font des réflexions sexistes. Et il y a des tas d’autres formes de discrimination.

De plus, nous voulions inciter à plus de diversité en jeu. Bien souvent, les pré-tirés se résument à 4-5 personnages caucasiens, de sexe masculin, qui ont entre 20 et 35 ans et 1-2 personnage(s) féminin(s), qui ont entre 20 et 25 ans. Ce manque de diversité n’est, la plupart du temps, pas un choix conscient, mais plutôt une conséquence d’une certaine forme d’habitude ou de paresse.

Pour la rédaction elle-même, nous nous sommes retrouvés plusieurs fois autour d’une bière. Nous avons commencé par écrire la déclaration d’intention. Et la suite de la charte a suivi très facilement. Ce qui nous a pris le plus de temps, je crois, c’est d’adapter le texte d’accompagnement de la X-card pour le rendre moins sérieux.

Après avoir rédigé le texte, nous l’avons soumis au reste du comité qui l’a validé. Enfin, nous l’avons mis en ligne et nous avons fabriqué un lot de X-card à distribuer à l’accueil.

– Comment se traduit l’application et la mise en pratique de la charte au sein de la convention ? Est-elle contraignante, sanctionne-elle qui ne la respecte pas au sein de la convention ?

Il serait difficile pour nous de la rendre contraignante. Nous n’avons ni les moyens ni l’envie de l’imposer. Notre charte, finalement, n’est qu’un rappel des règles du bien vivre ensemble. Je pense que la plupart des gens s’y tiennent sans s’en rendre compte.

L’idée, c’était plutôt de se positionner vis-à-vis d’un débat de société et proposer des outils pour une pratique du JDR plus ouverte. C’était aussi un moyen pour nous de dire à de potentielles victimes : « nous avons conscience du problème, nous le prenons au sérieux et nous sommes là pour vous écouter. »

Pour son application pratique, la seule mesure a été de proposer des X-cards à l’accueil ainsi que le texte d’accompagnement de celle-ci quand on nous le demandait. De plus, les membres du comité se sont engagés à jouer les médiateurs si on le leur demandait.

– Y a-t-il une police, un service interne de sécurité dans votre équipe chargé de s’assurer que tout le monde respecte la charte ?

Vu notre budget, ce serait impossible à mettre en place… plus sérieusement, je ne pense pas que ce soit la bonne solution. À mon avis, la plupart des gens qui ne la respectent pas le font par maladresse. Seuls quelques individus s’y opposent sous le couvert de la liberté d’expression. Je pense que de simplement lire cette charte permet une certaine prise de conscience, et c’est cela que nous recherchons.

Évidemment, si on nous signale un comportement problématique, nous essaierons d’agir de manière mesurée et adaptée. En premier lieu il s’agira de discuter avec la personne concernée. Si le dialogue se révèle impossible, nous prendrons alors des mesures dans la limite des moyens à notre disposition.

– Comment la charte a-t-elle été reçue par le public Suisse, qui est le premier public concerné par votre convention ?

Honnêtement, nous avons reçu très peu de retours. Mais quand on pose la question, l’attitude est plutôt positive. Certains s’interrogent sur son utilité mais estiment aussi qu’elle reprend simplement les règles de la vie en communauté. Enfin, j’ai reçu deux messages de personnes fortement opposées à notre charte. J’ai pris le temps de répondre à chacun de manière très détaillée et argumentée et j’espère avoir, de cette manière, calmé leurs inquiétudes. N’ayant jamais reçu de mail en retour, je ne peux que supposer que ma réponse les a satisfaits.

– En France, des chartes comme celle de la convention Octogone et d’autres (comme nos propositions sur ce site) font beaucoup de bruit et soulèvent l’hostilité d’une petite frange de rôlistes inquiets pour leur liberté. Comment votre charte est-elle elle-même perçue hors de Suisse, en général ?

Je crois notre charte fait partie de ces sujets qui réapparaissent régulièrement sur certains groupes facebook, où elle semble susciter l’horreur et la consternation. Cependant, quand j’analyse les personnes qui s’en plaignent, ce sont souvent d’anciens rôlistes persuadés que le milieu n’en a pas besoin, qu’il est plus tolérant que les autres. Or de nombreux témoignages tendent à prouver que le milieu n’est ni meilleur ni pire qu’un autre. Et par conséquent, qu’il est le théâtre de nombreux comportements problématiques.

– Quels conseils donneriez-vous aux organisateurs d’autres conventions à ce propos ?

Je pense qu’il ne faut pas reculer devant les cris d’orfraies de certains. Si on estime qu’une charte est nécessaire, alors il faut la mettre en place. Ensuite, malgré le sérieux du sujet, il faut savoir rester léger dans la rédaction et multiplier les types d’exemples. On dessert son propos en désignant certains comportements précis.

– Et une petite dernière : au fait, tu joues avec la carte X, toi, ou tu ne t’en sers jamais ?

Je l’utilise toujours pour certains types de jeux (horreur, à connotation sexuelle, etc.) et avec des joueurs que je ne connais pas. De plus, je la propose quand je suis joueuse à une table.

– Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Nous allons préparer avec le responsable GN’idée une charte similaire orienté GN. En effet, la charte actuelle est écrite pour les rôlistes et n’aborde pas les problèmes propres à cette pratique.

Sinon, je tiens à signaler que je suis disponible pour discuter de notre charte ou de tout autre problème, sur Facebook et pendant la convention.

Une pensée sur “Interview de Thalie Ré, vice-présidente de la Convention Orc’idée

  • 1 avril 2019 à 21 h 42 min
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    C’est toujours une bonne initiative de rappeler des règles de bonne conduite, applicables à toutes et tous. Merci pour l’interview, qui permet de voir que, malgré tout, les choses avancent.

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