Je ne dors pas….

Pas faute d’avoir essayé, mais je viens de passer quasi une heure à compter les moutons au lit avec mon Ange à coté écrasant dans l’allégresse;  au bout d’un moment, ça lasse. Donc, je voulais poster l’avancée de la colo demain, mais faut bien que je trouve un truc à faire pour passer le temps. Alors bon. C’est ça, ou aller latter du mob sur Tera avec ma bimbo guerrière elfe de manga. Avouons que « ça » sera plus constructif.

Et puis vous aimez bien les mangas girl à poil, moi aussi. D’ailleurs, petits joueurs sur Tera, c’est du fan service en veut-tu en voilà, mais tu peux même pas désaper ta bimbo guerrière elfe de manga. Ils s’assument pas (ou plus sûrement ne veulent pas que leur jeu soit déconseillé au moins de 16 ans).

Trêve de geekeries, j’ai donc passé une partie de la soirée, et de la nuit sur ma colo (de 23h00 à vers 2h00 du mat’), ce qui a donné ceci:

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On se rapproche lentement de ce que je voulais obtenir, vous verrez sans doutes que pas mal de choses ont changées et ont avancées. J’avais loupé un truc en commençant la colo,  c’est que la demoiselle est cambrée, arquée sur bras et jambes, donc son torse était projeté vers l’avant, ce qui forcément a des influences sur la musculature du ventre, et sur les ombres de l’abdomen et de la cage thoracique. Soucis corrigé.

Un autre était, vous verrez dans les dessins-ci dessous, que je me suis retrouvée avec des couleurs ternes et désaturées, un peu le contraire de ce que je voulais. On fait pas toujours ce qu’on veut. Donc vive photoshop, et j’ai pu corriger ce soucis sans trop de mal.

Les étapes de la colo, donc. Pour le moment, si j’ai en effet travaillé un peu le fond, celui.ci reste sommaire, et je ne m’occupe ni des cheveux, ni des bijoux, yeux et lèvres. Tout le travail a été sur la peau, et obtenir quelque chose qui s’approche de ce que je souhaitais. On y est presque, même si je travaille un peu aux limites de ce que je sais faire.

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Pendant que je dessinais, un bout de mon cerveau pensait un peu à autre chose . En général, je le fais taire à coup de musique tsoin tsoin, de Nightwish, ou autre Within temptation, ou je lui donne à bouffer un documentaire ou épisode de série télé que je ne regarde donc pas; en général, il me fout alors la paix. Là, bha fin de la musique, pas envie de lâcher ma colo, donc mon cerveau a fait ce qu’il aime faire: penser tout seul.

Il faut aussi que je vous explique un truc: je pense en images. A priori, pour en avoir parlé avec des proches, et au vu de la tête que fit mon psy en lui racontant ça, c’est pas très commun. Mon esprit pense en images, et en concepts, pas en mots. Je ne formule pas (par exemple à l’instant même) ce que je pense en terme de mots et phrases mais en associations de concepts, d’idées, et d’images; il parait que c’est pas courant.

Sauf…. quand je dessine.

Apparament, quand je dessine, le bout de mon cerveau qui pense de cette manière là est très fortement occupé à faire autre chose (dessiner, je suppose?), et donc, mes pensées deviennent en effet une sorte de mélange entre souvenirs et récits, des phrases, des concepts parlés.

Fin de l’aparté, donc. Mon cerveau pensait donc, et je me remémorais un truc qui m’a toujours laissé un peu perplexe, et désarmée. C’est arrivé plus d’une fois, au cours de salons de manga, bande dessinée, jeux de rôles, enfin bref, des lieux où je me colle dans un coin, et me mets à dessiner le plus souvent. Le nez sur le papier, en train de gribouiller, voir de peindre, soudain, une des personnes qui autour de moi s’est arrêté pour me regarder faire, me pose la question suivante:

« Comment qu’on fait? »

S’ensuit en général un léger blanc de ma part, d’abord parce que je ne suis pas forcément sûre que ça s’adresse à moi, puis parce que je ne suis pas vraiment sûr en général de quoi c’est-y qu’on cause?

« Heuuu… comment quoi fait quoi? »

« Ben, pour dessiner? »

Là, j’ai comme un grand moment de solitude.

Mon esprit cabochard m’a souvent sussuré de donner divers réponses mesquines, du genre: « on prend du papier, un crayon, sa main, et… » mais je me suis en général retenu. Ce ne serait pas très courtois, ni très charitable. Je sais que quand je suis en train de dessiner, je fascine les gens, qui voient en la capacité à gribouiller des trucs vaguement bien fait une sorte de don qui se rapproche d’une forme de magie à laquelle on est un peu tous viscéralement sensibles.

Depuis le jour où j’ai entendu Alias me dire qu’il arrêtait de dessiner après m’avoir vu faire un dessin pour lui sur un coin de table, je crois que j’ai décidé que c’était ma responsabilité que d’expliquer aux gens comment on arrive, en effet, à savoir dessiner. Quelque part, quand j’avais 18-19 ans, on aurait cabotiné un peu trop avec moi, j’aurais sans doutes décidé d’aller élever des moutons dans le Vercors, plutôt que passer le reste de ma vie à faire des mickeys. D’un autre coté, le (non) regretté Greg, papa d’Achille Talon, ne se gênait pas pour humilier dans la joie ses spectateurs fascinés eux aussi par son talent -sauf s’ils venaient se faire dédicacé un album acheté sur place. Mais heureusement, je ne suis pas Greg (et moi, j’ai pas réussi, non plus). Bref, quand un quidam vient me demander comment qu’on dessine, je suis bien forcé de lui expliquer. Ça se résume à ça:

C’est LONG.

La plupart des gens n’y pensent pas. Que des études supérieurs dans le domaine que vous voudrez prenne des années semble assez facile à saisir. Que le dessin prenne des années, et quand je dis des années, parfois on tape dans les dizaines, sachant qu’on a jamais fini d’apprendre (ou de tenter de), ne coule pas de source pour les gens. C’est le coté « magie ».

Or, le dessin n’a rien d’un don. Ok, admettons, c’est comme pour les maths ou la littérature, si on a pas un penchant pour ce domaine, on va en chier. Mais ça n’a rien d’un don, mais le fruit d’une pratique longue, chiante, répétitive, en permanence renouvelée  parfois usante, et pénible. A 40 ans passés je suis toujours une troufignolle pour les perspectives, et sans modèle, je ne sais ni dessiner un chat, ni une voiture -en tout cas pas qui ressemble vraiment à un chat, ou une voiture. D’autres, plus jeunes sont bien meilleurs, je les envie, j’en suis parfois jalouse, souvent admirative, leur talent, leur précision, leur maîtrise, m’échappe, et m’échappera longtemps. Il y a quelques artistes qui présentent un tel génie que oui, on peut croire que c’est un don. Moi j’y vois une prédisposition exploitée, travaillée, devenue une passion, et une raison de vivre. C’est à dire la même chose que moi, mais sans la prédisposition, parce que non, j’en ai pas une particulièrement poussée.

Apprendre à dessiner est très long, c’est pour les vrais dessineux une histoire de 10 heures par jour. Vous oubliez la sociabilisation, et les 35 heures, on parle de 60-70 heures de grattage de feuille par semaine, et sans jamais s’arrêter, sans jamais voir la fin, car y’en a pas. Voilà comment on fait « ça ».

Je ne suis vraiment pas un bon exemple. J’ai de gros soucis de motivation, d’inspiration, de dépression chronique pour résumer;  je viens de passer des mois et des mois avec le syndrome de la page blanche, ce qui m’a miné moralement, et je crève de peur que ça recommence, car dessiner, c’est ma vie: je dessine plus, je ne rêve donc plus, je ne rêve plus, je ne vis plus. Mais dessiner, c’est recommencer sans cesse, se demander à chaque fois si on va y arriver et comment, apprendre, étudier, copier, comparer, s’inspirer, pomper les autres, regarder, recommencer encore, et ça n’a pas de fin.

Et tout ça pour être souvent assez mal payé. Je dis ça par principe (et aussi pour ceusse qui voudraient gagner des 100 et des 1000 avec leurs dessins). Car en fait, la récompense, du moins, la mienne, est de voir dans l’oeil de celui qui regarde, cette impression que vous faites une magie, étrange, qui consiste à mettre sur le papier ce dont les gens ont envie de rêver, quels que soient ces rêves.

Et je dessiner pour donner à rêver. Rien n’est plus beau que ça.

2 pensées sur “Je ne dors pas….

  • 26 mars 2013 à 7 h 54 min
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    Je me répète (l’âge, toussa), mais tu devrais te rappeler de ce texte quand tu as ces périodes de doute et d’angoisse.

    La peur de la page blanche, beaucoup d’artistes l’ont et la seule façon de la passer, c’est de faire quelque chose. N’importe quoi. Même si c’est moche, même si c’est raté, même si c’est pas montrable, au moins c’est quelque chose.

    C’est un peu le but de ce blog, aussi, non?

  • 26 mars 2013 à 16 h 40 min
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    Oui, c’était le but, le soucis est que ma hantise est plus profonde que cela, et j’ai été désarmée, par celle-ci… tu ne fais rien, tu n’ose donc rien faire, tu as honte de ne rien faire, tu n’ose plus, et quand tu essaye, tu as juste souffert en essayant, pour faire une merde que tu ne te sens pas capable de montrer, alors tu renonce, et tu remets à plus tard…. et il s’avère que cela dure, et te mine. N’ayant aucune confiance en moi (ouais je sais, on dirait pas, mais c’est un fait, et tu es assez au courant), c’est le regard des autres qui va m’aider, ou me bloquer. Quand je gère plus rien, ce regard, je le fuis à toute vitesse, allant me planquer dans un coin en attendant que ça passe comme ça peut, parce que j’ai plus le courage d’affronter quoi que ce soit.
    Mauvaise, trèèèès mauvaise stratégie.
    Mais si j’avais un brin de sagesse, ça se saurait.

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