Je suis Charlie

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Ça n’a rien d’original, aujourd’hui.

Mais voilà, il y a un peu  plus de 24 heures, les locaux Charlie-Hebdo ont été pris d’assaut par trois cinglés venus se prétendre venger un dieu qui n’existe pas, de l’affront de dessins humoristiques, en tuant tout le monde.

Si jamais leur dieu existe, j’ai du mal à imaginer qu’il ai trouvé dans cet acte barbare et dément le moindre soulagement. Et toujours si jamais leur dieu existe, à mon avis, il était au dessus de quelques petits mickeys moqueur se foutant de sa gueule. Mais surtout, si jamais leur dieu existe, que je sache, c’est le même que celui des chrétiens, et des juifs, ou alors j’aurais mal lu la bible, le coran, la thora, que j’ai bel et bien lu, en effet. Et donc je n’imagine pas ce dieu demander le massacre de gens qui ont commis le crime de dessiner, et de vivre de leurs dessins, et le péché d’avoir un humour acide et moqueur, qu’il fut de bon, ou de mauvais goût.

Je voudrais à ce moment même pouvoir puiser dans les réserves du talent de mon humoriste préféré, Desporges, et avoir la plume aussi acéré et drôle qu’il pouvait l’avoir. Il aurait choisi des mots mortels et assassins pour faire rire, de ces rires qui donnent à penser et rappellent le cynisme du monde, et que le rire est la seule arme face au désespoir : « Que reste-t-il à part le rire, sinon le suicide, poil aux rides ? »

Mais je ne peux pas, je pleure en vous écrivant à cet instant même. 12 personnes ont été tuées hier, par des fous se réclamant d’une idée, et d’un concept que je qualifie de démence hallucinatoire de l’humanité : la religion.

Parmi ces douze morts, 4 personnes que je connaissais bien, que j’ai connus, avec qui j’ai partagé des cafés, des bières, quelques discussions. A peine plus que des inconnus, en somme, des rencontres. Mais des collègues, des dessinateurs, des gens de la presse, de la communication, de l’illustration, qui ont tous, peu ou prou, été des compagnons de nos vies : Cabu, Charb, Wolinsky et Tignous. Pas la peine de vous les présenter, si vous ne les connaissez pas, vous avez passé ces 30 dernières années dans une grotte, ou vous vivez loin de la francophonie.

Mais il y a eu douze morts. Dont Bernard Maris, autre célébrité, économiste anti-libéral et chroniqueur. Et encore six autres. Dont deux policiers morts d’avoir fait leur devoir, et tenté de protéger des innocents.. Tués au nom d’une folie que la majorité de cette planète, bordel croit être une bénédiction ! La religion !

Voilà ce que dénonçait depuis 20 ans, avec humour, mordant, parfois méchanceté, Charlie-Hebdo : que la majorité de cette planète, quoi que vous puissiez croire, quelques soient vos convictions, croit en des concepts hallucinés et bâti uniquement sur du vide, et des mensonges exploités par des manipulateurs, que l’on nomme dieux, religions, vérités révélés, pour justifier tous les crimes, des milliards d’hectolitres de sang versés, les pires atrocités sur l’humain, qu’il fut enfant, femme, ou vieillard. Au nom du VIDE ! AU nom d’une hallucination ! Au nom de dieux qui n’existent pas !

Ho, ils ne dénonçaient pas que cela, en fait, ils dénonçaient allègrement tout ce que je hais : tous les extrémismes, tous les aveuglements, toutes les pensées réduites à des slogans creux pour ne pas réfléchir, et que ce soir de droite, de gauche, tout le monde le fait. Tout le monde a un moment décide d’abandonner son droit et son devoir à la raison, pour écouter, et relayer des slogans. Et tant pis s’ils tuent.

Voilà ce qui a été attaqué et massacré hier : pas 12 hommes. Pas 4 connaissances. Pas une équipe rédactionnelle de journal. Non. Un symbole de l’un des trois mots du dicton de la France : la Liberté.

Celle d’avoir le droit à toute opinion, et de l’exprimer, fut-on le dernier des cons, ou le plus abruti des révisionnistes. Et cette liberté, personne ne se gène à en user. Celle de dire aussi bien qu’on veut brûler du pédé en place public, qu’envoyer aux oubliettes les religions et leurs ouailles. Celle qui dit que nous avons tous le droit de nous exprimer, quelles que soient nos idées, et que nous pouvons les penser et les nourrir librement.  Et que si nous nous sentons insultés par les idées exprimées de l’autre, nous avons le papier, la plume, le crayon, et les estrades pour y répondre, et la Justice comme arbitre !

Nous avons la liberté de TOUT DIRE ! Nous avons le droit de rire de tout !

Hier, trois hommes en ont tués douze, et ce faisant, ils ont tirés sur cette liberté. Et ce faisant, ils ont commis un troisième acte horrible : ils ont non seulement blessé tout un peuple, mais ils ont épouvantés tous les musulmans de France, qui désormais ne vont pas être à la fête.

Il n’y a qu’une seule bonne chose qui ressort de cela… il y a tout un peuple uni dans une seule cohésion devant cette folie. Cela durera, ou pas. Mais si cela dure, l’histoire est bourrée des exemples que le pire des adversaires est celui qui devient solidaire. La France n’a jamais été guère douée pour cela, surtout ces 20 dernières années. Ben là, on vient de lui rendre sa solidarité.

Et voici ma bien modeste contribution de dessinatrice à leur soutien et à tous leurs proches et amis, blessés et en deuil.

charlie

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