Le don n’existe pas.

Le don n’existe pas.

Oui, je sais, comment puis-je affirmer ce truc si péremptoirement, hein ? Ben vous allez rire, mais c’est parce que vous ne savez pas (ou pratiquement pas, j’espère apprendre que quelques lecteurs en connaissent le vrai sens) ce que veut dire le mot « don ».

Et un don, c’est un mot d’étymologie chrétienne, cela se réfère aux capacités de certains miracles à « donner » à autrui, des choses qui se réfère aux pouvoirs surnaturels des Saints. De là, le terme « don » ne s’applique en fait qu’aux êtres supposés capables de pouvoirs paranormaux ou miraculeux, genre télépathie ou télékinésie.

Si vous en connaissez, chapeau bas, je serai curieuse. Mais non, à priori, et surtout pour celle qui écrit cette bafouille et qui considère que toute la magie du réel est dans le fait qu’elle se base sur la science et ses merveilles, et que donc rien n’est miraculeux ou paranormal… sauf dans son coté « on sait pas ce que c’est ou comment ça marche » le don n’existe pas.

Et le fait de savoir dessiner, écrire, ou faire un exploit intellectuel ou sportif quel qu’il soit n’est pas un don. C’est le résultat d’une aptitude obtenue de haute-lutte par une conjonction de trois facteurs :

1- L’aptitude innée et acquise

Si vous avez une certaine aptitude innée, le plus souvent pour des causes biologiques ou génétiques, pour l’endurance ou la course à pied, ou avez une meilleur charpente musculaire que votre voisin, et que vous courrez, il y a une chance que cela vous plaise, de courir mieux, plus longtemps, ou plus vite que votre voisin. On est tous plus ou moins sensible au plaisir de la victoire et de la performance. Mais cette aptitude, que je dis ici innée, est crée par des facteurs très nombreux, qui sont des hasards biologiques ou environnementaux dans la plupart des cas. Nous sommes tous des créatures évolutives et mutantes. D’ailleurs certaines de nos mutations nous tuent ou encore sont celles qui font de nous des buses dans d’autres domaines. Et ces mutations et aptitudes ne sont pas si innées que cela, puisque contrairement à l’idée reçue, le génome ne fait pas tout, et l’interaction entre notre ADN, notre ARN et les protéines qu’ils produisent et nous construisent marche dans les deux sens : un dépressif voit son code génétique modifié par la dépression…. et un gars qui fait du yoga quelques heures par jour, pendant quelques mois va modifier la lecture et l’activation de certaines protéines codées par son ADN exactement à contrario de ce que le dépressif aurait fait.

Bref, nos capacités ne se cachent pas plus dans un don, que dans un code écrit dans nos cellules… nos aptitudes innées participent seulement de ce que nous pourrions éventuellement faire le mieux, mais ne le dictent pas, et ces aptitudes sont changés par les conditions de vie. Y compris à l’échelle génétique.

2- La passion & l’encouragement

Prenez un bonhomme lambda, mais néanmoins volontaire, encouragez-le à courir, ou mettez-le dans une excellente classe de voyage-apprentissage de langue étrangère, avec un bon contexte, un bon cadre, un bon soutient, et de bons profs… et il va apprendre vite, vite et bien, sauf exception. Vous savez pourquoi ? Parce que si cela lui plait, il s’éclate, et plus il s’éclate et plus il est émulé, plus il est performant. Et à chaque étape et progrès, il se sent récompensé par cette émulation. Il aura trouvé une satisfaction enrichissante à son ego et son amour-propre, et il ne lâchera pas l’affaire.

C’est comme ça que la plupart des athlètes, je ne parle bien sûr pas ici de ceux qui collectionnent les médailles mondiales, qui eux profitent aussi de certaines aptitudes plus ou moins innées, mais les autres : ceux qui arrivent à aller aux mondiaux et que si vous les voyez courir, ou faire leur activité, vous font pleurer votre mère, sont capables d’exploits que vous pouvez juste rêver faire. Ce sont des bonhommes lambdas, mais entrainés dans un contexte favorable, positif, et émulant. Ils n’ont jamais lâché l’affaire, et, sauf manque de bol (je parlais de conditions favorable, la chance en est une, parmi tant d’autres) dix à quinze ans plus tard, les voilà dans un stade olympique.

3- 10 000 heures ou rien

Stéphane Gallay m’a sorti cette théorie, qui n’est pas une invention, et qui est discutable, mais relativement bien argumentée: selon Malcolm Gladwell, pour devenir un expert accompli dans un domaine, cela prend dix mille heures. Ou mieux encore: quatre heures de répétition par jour pendant 10 ans.

Ca fait peur ?

Pourtant, c’est d’une logique imparable : pensez-vous qu’un péquin de base puisse parler un anglais fluide et parfait à tous point de vue en quelques centaines d’heures ? Combien de temps faut-il pour être un artiste ébéniste ou potier ? Combien d’heures de vol faut-il pour devenir pilote de ligne instructeur, donc expert dans son domaine ? Combien d’années cela prends-t-il pour devenir un athlète de haut niveau ou un grand musicien ? Pensez-vous donc que ces gens sortent leur expertise de leur cul, parce que la nature leur a donné un don ?

Non… elle aura éventuellement favorisé chez certains des capacités cognitives ou physiologiques qui facilitent un peu les choses. Mais la facilité, c’est aussi un piège à con, ça peut aussi rendre feignasse. Pour en faire quelque chose, il faut recommencer encore et encore en sachant que pour réussir quoi que ce soit, il faut commencer par se planter… et pas qu’une fois en laissant tomber, hein ?… Non… ca va être des milliers de foirages plus ou moins lamentables, pour parvenir à l’excellence une fois… et recommencer, sachant que faudra 10 000 heures à la louche, pour enfin dire : je réussis plus souvent que je foire, et quand je foire, ça n’a plus de conséquences dramatiques parce que j’ai assez d’expertise pour faire de mes ratés des résultats malgré tout exploitables.

Ceci étant dit, parce que la nature aime bien nous mindfucker histoire de nous rappeler qu’elle reste la plus forte, oui, il y a des génies sur Terre. Pas beaucoup. Et ces génies, ce sont des aberrations.

4- Les aberrations positives de la nature

Vous avez tous vus ces photos de chats, chiens, cochons et autres bestioles énormes, ou ces vidéos de piafs à l’intelligence qui nous fait rappeler que nous sommes juste des animaux nous aussi, et qu’on devrait pas se vanter trop de notre intellect prétendu unique, quand ils nous feraient, et nous font, passer pour des cons.

Ben chez les humains, y’a pareil. Je ne crois pas que les géants sur Terre aient eu comme don d’être des géants, n’est-ce pas ? Je sais cependant que pour des raisons de mutations et d’évolution hasardeuse (lancez les dés à la naissance et voyez ce qui se passe !), des individus plopent avec des capacités hors du commun ; souvent, on l’oublie, nanti d’autant de handicaps gênants, à commencer par le simple fait de ne pas être comme vous (j’allais dire « et moi », mais on me dit bizarre depuis que je suis gosse, alors… comme vous seulement donc), ce qui les rend aliens, et donc, quelque peu mis en marge de leurs semblables.

Des génies, il en a quelques-uns par générations. J’adore ! Je les admire, comme vous. Mais ce sont juste des mutants, ils vont le vivre bien ou mal, mais ils ont une mutation, une aberration qui, par bol, est positive, ce qui est plus agréable que le gars né sans nerfs du globe oculaire et qui sera aveugle à vie. Une saleté, une mutation, mais là, pas à son avantage, hein ?

Bha vala, c’est pareil. Vous trouvez que ce sont des dons ?… voir plus haut sur la définition du mot don. Non, ce n’en sont pas, ce sont des mutations ; vous n’êtes d’ailleurs pas à leur place pour savoir si les petites génies de la musique des chiffres ou des langues trouvent tellement agréable l’avantage que la nature leur a refilé. Moi je connais la réponse : non…. ils seront toujours regardés et considérés en vertu de leur capacité, et elle les rendra aliens aux yeux des gens… et la moyenne des gens n’aime pas les aliens, les envie, les rejette, et leur fait souvent une grosse tête dès que l’occasion se présente.

Pour tous les autres, les millions d’autres, dont ceux qui comme moi ont pour boulot, activité et passion de dessiner, s’entendre dire qu’on a un don, c’est un peu gonflé… c’est une aptitude, qu’on a bossé des dizaines de milliers d’heures pour en faire une expertise, et un métier dans le but de pouvoir en vivre. Reléguer cela à un don, donc un cadeau gratuit de la nature, c’est ignorer tout ce que je viens d’expliquer, c’est pour moi m’insulter, et cracher sur mon boulot, et enfin justifier que tant de gens comprennent pas que je fasse payer mon travail, parce que « oui, mais c’est un don, c’est facile pour toi ». J’ai des envies alors de coller des baffes, et du mal à m’en retenir. Dites ça à un boxeur pro, il vous la mettra, la baffe…

Voilà… pour conclure ?

Vous voulez « avoir un don », puisque vous croyez toujours que le don existe ?… Alors lancez-vous, bossez sur une aptitude ou une compétence, artistique, sportive ou intellectuelle pendant 10-15 ans sans jamais rien lâcher, avec un entêtement à creuser une montagne pour passer de l’autre coté, en réunissant toutes les meilleurs conditions possible pour y parvenir, et vous aurez votre « don ».

Et si vous n’y arrivez pas ?… Oui, ça peut, faut pas rêver, on y arrivera pas tous : manque de bol, manque de moyens, manque de bonnes conditions ou de temps, mais n’allez pas croire que je vais vous plaindre de ne pas arriver à avoir une aptitude exceptionnelle, car celles-ci ne sont pas données par la nature…. nous les lui arrachons, à force de sang, de larme, de volonté, et de temps.

Mais surtout, je ne vais pas aller m’attendrir sur celui qui regrette de ne pas avoir de talents… Plutôt que de pleurer qu’il n’en a pas, il devrait être en train de pleurer qu’il est crevé à encore et encore essayer d’y parvenir. Et lui, je vais essayer de l’aider et lui remonter le moral, pour qu’il essaye encore et encore… pour qu’un jour il y parvienne !

PS : oui, je suis une alien, je suis bizarre, oui, j’ai à mon actif un ou deux exploits peu communs chez les humains, et oui, j’ai fais, au moins pour UNE chose, partie de ces aberrations positives de la nature : j’ai fais partie des rares personnes sur terre à pouvoir retenir mon souffle sous l’eau plus de 5 mn… j’ai battu un record de 6mn32 en piscine, à trois mètres de fond. Six mois plus tard, en faisant une apnée à 30 m je me suis percée les tympans… quand je parle que la chance est un facteur, j’en ai la preuve. Ce n’était pas un don, c’est juste une mutation, j’ai une cage thoracique large et une capacité pulmonaire particulièrement développée, j’en ai tiré profit pour apprendre les techniques de contrôle biologique et respiratoire, et gestion corporelle pour supporter les réactions du corps et du cerveau aux hypoxies…

Ca m’a quand même pris presque dix ans pour un jour battre ce record 😀

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