Quelques trucs pour qui veut s’améliorer en dessin, 2

J’avais un peu brossé les conseils les plus élémentaires en rédigeant le premier article. Des conseils visant à vous faire prendre conscience que d’une part, ce n’est pas facile, c’est pour cela que c’est un métier, mais que, d’autre part, c’est pas parce que ça a l’air si difficile qu’on ne peut pas arriver à se faire plaisir et apprendre… et progresser peut-être au stade d’en faire son métier – mais vu le métier en question, j’espère que vous avec un héritage derrière vous ou que vous êtes un maso survivaliste, il faudra au moins ça pour vous en tirer.

Donc, voici la seconde volée de conseils et astuces, un peu plus ciblés cette fois. Non, je ne vous apprendrais pas à dessiner, d’autres, bien plus talentueux, le font mieux que moi en livres, manuels, tutoriaux sur internet, etc. (promis, je ferai un article sur comment les trouver). Moi, je ne suis qu’une illustratrice lambda qui partage ce qu’elle a appris elle-même, histoire de vous éviter de perdre du temps et des efforts pour rien.

1- Le papier ou l’ordinateur ?

Vieille querelle de chapelle qui commence à sentir le renfermer à force, cette question revient très souvent : qu’est-ce qui est le mieux entre dessiner sur du papier ou sur ordinateur, avec les logiciels ad hoc et une tablette graphique ?

En fait, la querelle, vous vous en doutez, n’a pas lieu d’être. C’est une question de coûts et de technique ; il n’y a pas de différences assez notoires entre dessiner et peindre à la main et le faire avec un ordinateur pour justifier ces débats, sauf pour les puristes et les coincés des deux bords. Personnellement, on me le demanderait, je dirais toujours la même chose : au final, pour un artiste, une tablette graphique, un ordi et des logiciels pour débuter le dessin numérique, ça revient autrement moins cher qu’un atelier d’art avec ses aquarelles, ses papiers, ses acryliques, ses toiles, ses pinceaux, sa table lumineuse pour décalquer son taff, ses encres, ses plumes et sa table à dessin.

Et ça prend moins de place. Et ça s’use moins vite. Et quand je fais de l’aquarelle sur du papier, je n’ai pas de touche CTRL+Z si je rate un coup de pinceau. Je connais les deux aspects –vous voulez que je vous rappelle mon âge ? – et j’ai travaillé dans les deux domaines techniques. Si j’adore toujours les encres de couleur, le dessin au crayon, encrer au feutre-pinceau, c’est presque désormais une détente (et puis des originaux, ça se vend bien). Mais pour mon travail professionnel, je ne reviendrais pas au papier et aux toiles.

Par contre, est-ce que c’est pas trop facile ? Ben non ! L’ordinateur ne dessine pas pour vous, il ne sait pas peindre non plus et ne connait rien aux règles de la composition graphique. Et j’emmerde profondément les abrutis qui n’ont jamais dessiné et qui prétendent de manière décérébrée que c’est plus facile. Par contre, c’est plus pratique et on a quelques outils qui permettent de facilement corriger un travail échoué ou de le recommencer.

2- Mais le papier c’est bien quand même.

Oui, j’y reviens, parce que vous ne pouvez pas emporter un ordinateur et une tablette graphique dans votre sac en vous déplaçant. Bon, ok, si, avec quelques tablettes récentes on peut, soit, et c’est très bien ! Mais le papier et le crayon ont cet avantage qu’ils sont légers, prennent peu de place et ne tombent pas en panne (sauf si vous perdez votre gomme et encore).

Je ne vais jamais nulle part sans de quoi dessiner et ma boite d’aquarelle rejoint papier et crayon de temps en temps. Je dessine ce qui me passe par la tête, je dessine pour passer le temps, je dessine ce que je vois, je dessine pour m’entrainer, je dessine tout le temps, bref, je ne voyage pas sans.

L’intérêt des techniques manuelles, c’est aussi qu’elles ne souffrent pas de l’erreur grossière ou du bâclage. Vous devez assumer vos traits, certains peuvent être gommés, mais pas toujours, vous ne pouvez pas zoomer sur les détails de votre feuille et votre crayon même taillé à mort ne sera jamais si précis que cela. Croquer, esquisser, reproduire ce que vous observez, c’est très bien de le faire avec du papier et un crayon.

On peut se passer de cela, bien sûr ! Mais je recommande de faire régulièrement cet exercice. Le but n’est pas de faire des œuvres d’art ; en tout cas pas en général. Mais c’est un parfait outil d’entrainement.

3- N’improvisez pas !

Je rebondis ici sur un de mes conseils de la partie 1, mais quand vous dessinez, vous vous retrouvez régulièrement face à un objet ou élément que vous n’avez jamais dessiné. N’improvisez pas ! Vous ne savez pas le faire ou avez du mal à un résultat ? Copiez ! Prenez des références, allez voir comment d’autres ont traité ce problème, qu’il soit d’expression facile, d’architecture, de mechadesign ou de perspective, etc.

Bref, vous avez, je pense, saisi l’idée. Cela va plus loin cependant que copier. Il faut étudier la manière dont est construit un sujet et tenter de le reproduire, pour arriver à en faire sa propre version. Mais avant cela il faut le reproduire. On n’invente rien et il serait idiot de ne pas se servir de ce que meilleur que nous a fait pour créer à son tour. La copie n’est en rien malhonnête. C’est copier fidèlement tout ou très grande partie d’un travail exécuté par un autre pour s’en attribuer ensuite le mérite, qui n’est pas bien. Et ça, ça m’est même arrivé deux fois, parce qu’un truc m’avait tapé dans l’œil et que je l’avais reproduit, trop fidèlement. Dans ce cas-là, il suffit de ne pas en user commercialement et créditer la référence.

Mais pour ce qui est de ne pas improviser, ne dessinez pas ce que vous le savez pas faire ex nihilo. Vous ne savez pas dessiner une voiture ? Allez en recopier une et faites-en sorte qu’elle soit fidèle, mais porte votre style et votre idée de la « voiture ». Vous devez en dessiner souvent ? Alors, faites 10 planches couvertes de bagnoles sous tous les angles jusqu’à ce que cela rentre ! Et c’est pareil pour tout, expressions, visages, perspectives, etc.

4- Improvisez !

Quoi, mais tu viens de dire que ?… Oui, je sais et c’est le paradoxe : il faut oser improviser, il faut oser essayer sans aucune référence et à son envie et voir ce que cela va donner.

Et pourquoi donc ? Parce que vous l’aurez noté, chaque artiste a son style et celui-ci ne sort pas de son chapeau. C’est la somme des inspirations préférées de l’artiste, de ses études et de son école d’art, mais aussi de ses références et enfin, on y vient, de sa manière d’improviser et appréhender ce qu’il dessine.

Le style, en soit, c’est la main de l’artiste qui reproduit le réel ou l’imaginaire tel qu’il le conçoit ou aime le traduire. Il ne voit bien sûr pas le monde comme ça, mais il aime l’interpréter dans son travail de cette manière-là. Et ça veut dire que de temps en temps, il doit improviser ce qu’il fait. Il a derrière lui ses références, son entrainement, sa formation, mais il y va freestyle et il regardera ce que cela donne au final. Parfois c’est raté… et on recommence ! Mais c’est dans ce lâchage du filin de sécurité, dans cette roue libre assumée, qu’on explore son style, sa manière de traduire et dessiner le monde et qu’on y trouve sa personnalité.

Alors si vous débutez, entre deux séances lobotomisantes de copie acharnée et de crayonnage effréné, faites un truc qui vous passe par la tête, quoi que ce soit, en roue libre. Finissez-le, gardez-le surtout… et regardez comment votre style va évoluer et trouver son affirmation !

5- Décalquer, c’est bien aussi.

Cassons un autre mythe : décalquer c’est de la triiiiiche !

Ben non, pas plus que la copie. C’est ce qu’on en fait qui serait malhonnête, mais pas du tout l’usage en soit ; tous les illustrateurs calquent leurs propres dessins, pour commencer ! Vous croyez que quand on a pourri une feuille de traits dans tous les sens pour dessiner une scène, on peut l’encrer et la peindre sans devoir la calquer avant ?

Décalquer quand on apprend à dessiner est très utile et encourageant de temps en temps. Prenons un corps humain : il faut étudier sa méthode de construction et son anatomie. Et les premières fois qu’on copie, ça part dans tous les sens, la symétrie se barre en vacance, les proportions sont à hurler, etc. par contre, si on calque un modèle photo, sans se contenter de suivre des traits, mais en refaisant cet exercice de construction par-dessus le modèle, on apprend à comprendre comment il est construit, en quoi il est symétrique et proportionné. Déjà, moralement, ça fait du bien d’y parvenir, mais en plus, à un certain moment, on peut arrêter de calquer le modèle et le finir juste avec l’exemple en copie à côté et mieux, sans l’exemple.

Bien sûr au bout d’un moment, il faut lâcher cette facilité qui finirait par être handicapante. Mais elle est très utile pour se former et prendre confiance en ses tracés et sa main. Alors, calquez ! Eh oui, vous pouvez calquer mes dessins si vous en avez envie, je ne vais pas râler à ça !

6- N’écoutez pas les bons, écoutez les justes.

Le dernier pour la route et il est important. Vous allez demander des critiques sur votre travail ou en recevoir spontanément. Et là se pose le problème : qui écouter et pourquoi ? On serait tenté de croire que faut écouter les meilleurs, les pros, les doués. Mais non ; ce n’est pas parce qu’un gars est un tueur en illustration qu’il est un bon pédagogue, loin de là. Écoutez les gens qui vous expliquent de manière claire et mesurée ce qui est réussi et ce qui ne l’est pas dans votre travail. Regardez les références qu’ils emploient pour vous donner des exemples, notez la manière dont ils vous montrent comment vous corriger et vous améliorer. Largement plus de la moitié de mes collègues et connaissances en art sont incapables de faire cela correctement, moi compris. On n’est pas un bon prof parce qu’on dessine bien. C’est pas le même métier ; montrer aux autres comment s’améliorer et suivre des processus de travail, appliquer des techniques de mise en scène et de couleur, c’est un métier. Alors, ne cédez pas aux tentations d’écouter le super illustrateur de la mort qui tue sans vous demander – et bien vérifier dans sa manière de conseiller- s’il sait enseigner… cela vous évitera bien des désillusions et des frustrations !

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