Qui m’a inspiré au long de ma (petite) carrière d’illustratrice, part 2 sur 2

Donc suite de l’histoire de mes inspirations en illustration et nous nous en étions arrêté à mes 21-22 ans. Nous allons aller des années 90 à 2016. Vous verrez, y’a des trous assez importants dans la chronologie. C’est ceux où je n’avais guère le temps de m’intéresser à des inspirations et influences, parce que faut bien bosser pour vivre et que j’ai toujours eu une vie mouvementée.

Mais donc : on est en 1991 et personne en Europe ne connait celui qui va devenir une légende mondiale du film d’animation : Miyazaki. C’est là que je vais plonger dans le cinéma d’animation et le manga japonais, hors des sentiers battus, alors même que quasi personne à l’époque ne sait bien ce qui se crée au japon et que les premières boutiques de mangas et d’animés pointent juste timidement leur nez en Europe.

Un ami, un soir de discussion alors que je dessine une bière à la main, me montre, sur une VHS pourrave, un dessin animé étrange en japonais, sans sous-titre, dans un univers totalement barré mettant en scène une fille-guerrière vêtue de bleue et son aile volante à réacteur. Je ne comprends que très peu l’histoire, mais j’en pleure d’émotion comme une gosse.

Je venais de voir Nausicaä de la Vallée du Vent.  Je plongeais sans filet dans le plus prodigieux de l’univers visuel et cinématographique du manga par la plus grande et puissante des portes. A ce stade, c’était un gouffre. Je venais de voir le premier film de Miyazaki à quitter le Japon. Je ne m’en suis jamais remise.

Bon… qu’en dire ? Que je ne connais quasi personne qui n’ai pas été marqué par le génie du plus grand réalisateur contemporain de films d’animations, que j’ai dévoré ses artbooks, les livres parlant de son travail, le manga Nausicaä, incroyable de puissance, de style, de richesse et de profondeur ? Que j’en suis toujours profondément fan et qu’il est une des personnes vivantes sur cette planète que je respecte le plus ? Oui, tout est, en fait, dit. Miyazaki ne m’a rien apporté du point de vue technique en détail. Il m’a juste ouvert les yeux au point où, avant lui, je pense que culturellement, j’étais myope comme une vieille taupe. C’est aussi simple que cela.

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Et justement, alors que je me débats pour aller de petit boulot en petit boulot parce que sans trois tonnes de diplômes, ma médiocre compétence à dessiner des mickeys divers ne vaut rien, je commence à chercher des références essentielles dans tout ce qui est produit en bande dessinée. Finie la limite du franco-belge et des comics et manga de kiosque à tabac. Je cherche dans les boutiques spécialisées –rappel : 1991-1992… internet zeubi- et je tombe sur Watchmen de Moore et Gibbons.

Le comics, c’est le comics. J’aimais bien quand j’étais gosse. Et puis à force, ils se ressemblaient tous, au moins par le contenu si ce n’est pas le scénario et les dessins. Mais Watchmen : je prends une claque monstre. Je réalise la puissance que peut avoir la narration d’un scénario aussi mature, aussi bien pensé, la puissance d’une narration visuelle maitrisée sur des bases incroyablement classiques, et pourtant rendues novatrices au possible. J’ai changé de dimension et c’est Watchmen qui a fait de moi non plus une lectrice de produits de bédé, mais une étudiante acharnée de la narration visuelle. Encore aujourd’hui, je n’ai pas trouvé plus puissant. Juste « aussi » puissant, avec deux séries : Chroniques du 20ème Ciel et Universal War One.  Je vous en parle plus bas.

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Donc, je deviens une fan de mangas, avec cette obsession de trouver des auteurs au contenu visuel frappant ou original. En fait, il y en a plein, je ne vais pas les citer ici, plein de gens en parlent mieux que moi. Moi je vais parler de coups de cœurs : au milieu de ma recherche, donc, je tombe sur deux trucs qui, pour deux raisons bien différentes bien qu’à la base pour leurs visuels, vont m’inspirer énormément, j’en ai plusieurs artoooks :

Video Girl Aï, de Masakazu Katsura. L’auteur est connu en France pour avoir commis Wingman dont le dessin animé ne vole guère plus haut que sa bédé. En fait, avant et après Video Girl Aï, Katsura n’a jamais rien fait vraiment digne d’intérêt. Mais par contre visuellement, ça dépote souvent, une série d’OAV nommée Iria est un bonheur d’inspiration SF et de travail de qualité. Il a pourtant eu un trait de génie dans un manga en 15 volumes. Je vous ai dit que ma première grande émotion suscitée par de la bédé était Les Passagers du Vents, de Bourgeon ? La seconde, c’est Video Girl Aï, surtout dans deux chapitres de deux des volumes. En fait, j’en ai pleuré. Au point de devoir arrêter de lire parce que les larmes, ce n’est pas pratique. Il s’avère que j’ai prêté ces volumes pour faire l’expérience… ben j’ai pas du tout été la seule à chialer, et des mecs aussi, croyez-moi !

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Chirality, de Satoshi Urushihara. L’auteur est très connu pour son thème et ses pépées dévêtues particulièrement sexy et plusieurs animé sont de son character-design ou tirés de ses mangas. Honnêtement, en général, coté scénar et mise en scène, c’est médiocre. Mais Chirality est un coup de cœur pour lequel je serai totalement et absolument subjective de manière assumée à donf. J’adore cette histoire de SF post-apocalyptique autour d’une romance entre deux femmes, qui dure juste le bon nombre d’albums pour pas traîner dans la longueur, et qui ose des scènes érotiques entre femmes d’une finesse et d’une beauté qui me perçait le cœur. Bon, c’est quand même très fan-service, mais si je devais conseiller un truc de lui, il n’y aurait que cela. Sa manière de simplifier certains traits, de choisir certains points de vue très détaillés, d’oser parfois s’enfoncer dans le gore visuel, m’a beaucoup inspiré, même si j’en suis revenue depuis longtemps.

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Entre la fin des années 90 et 2005, je bouge beaucoup et ma vie devient assez intéressante, au sens chinois du terme. Bref, je n’ai plus le temps ou l’occasion de trouver des inspirations qui me marquent, même alors que je bosse à un moment en design artistique pour des jeux videos. Durant ce temps, à Paris, je me fais quand même le plaisir d’aller suivre les cours de cinéma de Douchet et de me former à la scénarisation visuelle toute seule comme une grande. Et puis, en allant fureter un soir dans une librairie, je tombe sur deux trucs qui me frappent vraiment et je repars avec :

Chroniques du XXeme Ciel, d’Yslaire. C’est la notion de graphic novel pris au pied de la lettre. Travail d’illustration, d’arts visuels, de graphisme, de design, de narration intime très aboutie, c’est un alien visuel et dramatique dans le monde de la bande dessinée, presque impossible à décrire. Sauf à vous dire : c’est génial et c’est un incroyable boulot à la puissance visuelle époustouflante. Là encore, c’est prendre une leçon sur comment casser les codes narratifs classiques pour les réécrire totalement. C’est en soit une œuvre d’art avant-gardiste, autant qu’une bédé au sujet formidable.

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Universal War One… bon là, Denis Bajram va apprendre que je suis VRAIMENT une de ses fans et que sa bédé m’a énormément marquée. Pas tant sur le design des personnages, mais sur sa maitrise des noirs et des lumières, sur son méchadesign tellement maitrisé, sur sa SF d’anticipation cohérente à la plus grande minutie… et enfin pour la perfection de son scénario hautement casse-gueule (parce que paradoxes temporels et théories sur la gravitation, tout ce qu’il faut pour se casser la figure dans une histoire). Oui, je suis fan. Ma compagne encore plus que moi. Mais plus que fan, j’ai entraperçu à cette époque une manière de travailler, de repenser mon travail, de réapprendre le dessin. C’était trop tôt et je n’ai commencé que quelques années après. Mais à ce moment-là, j’ai rouvert les UW1 ; et ils font partie de mes modèles quand je me demande : « merde, comment je vais encrer ça, moi ? »

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Et puis, il y a quatre ans… Entretemps, j’ai dû renoncer à un projet de bédé scénarisé par Lendraste dans le monde de Ryzom pour cause de… oui bon résumons, on nous a baisé, mais nous ne fûmes que des dégâts collatéraux et notre travail n’a été que l’une des choses qui ont coulés ce jour-là, y compris la boite qui gérait ce MMORPG à l’époque. Plus tard, je tentais de lancer un autre projet, mais je n’arrivais pas à avoir un niveau suffisant, il y avait trop longtemps que je ne dessinais plus, je devais aussi trouver du boulot, second projet avorté.

C’est en 2014 que je reprends vraiment mon métier d’illustratrice, tout en commençant à écrire Les Chants de Loss. Et là, je décide sérieusement de réapprendre à dessiner. Mais sur quelles bases ? Si j’ai des modèles qui m’interpellent pour le noir et blanc (Elmore, Vallero et surtout Frazetta et ses planches de Conan), je commence à fureter du côté de Deviant Art et des quelques artistes de haute volée qui y postent leurs œuvres.

Et celui qui va être celui qui va le plus me motiver, qui va servir de norme, de guide de niveau à atteindre en quelque sorte, tout en sachant que je le l’atteindrais pas, mais c’est pas grave, c’est Stjepan Šejić avec Sunstone. Bon, ai-je encore besoin de vous en parler ? Je partage ses postes Facebook, j’ai écrit des articles sur lui, je vous montre souvent son travail… Stjepan Šejić est surtout un monstre de travail. Etudier la manière dont il bosse, dont il partage quelques vidéos, mais aussi réaliser son incroyable productivité, m’a tout simplement donné la piste que je suis depuis pour réapprendre à dessiner…

Et puis… Sunstone. Rien vu d’aussi intelligent, matûre, drôle, beau, magnifique en matière de quelque bédé que ce soit, sur le thème du BDSM. Lisez-là, vous saurez pourquoi.

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Et puis, il y en a d’autres, mais je vous en montre ici deux à aller découvrir, de ceux qui me donnent de grosses leçons de travail, d’humilité aussi, mais encore d’engouement et de persévérance :

Marko Djurdjevic, illustrateur de Degenenesis :

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Artgerm, auteur de comics et professeur d’arts plastiques :

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