Transcendance

Pour qui me connait, une de mes fascinations, c’est non l’Intelligence Artificielle (coucou Skynet!), mais ce que l’on nomme la Singularité Technologique. Vous suivrez le lien que j’y ai collé, mais pour résumer, imaginez simplement ce qu’un ordinateur ayant la capacité à innover, pourrait résoudre comme concepts et problèmes scientifiques, dont nous n’avons soit que l’idée sur le papier, soit même pas idée parce qu’on est à peine foutu d’y penser. Résumé : vous avez envie de créer Dieu ?

Au cinéma, les IA sont les méchants. Le premier de tous, est Hal, de 2001 (haaaa, Kubrick), la plus célèbre est sûrement Skynet, de la quadrilogie (et la série, que j’ai adoré, si si) Terminator. L’idée c’est que si la machine devient capable de conscience, nous avons un petit peu l’instinct, dicté par notre propre nature, qu’elle va nous en faire chier sec et méchant, rien que parce que si elle a conscience de ce que nous sommes NOUS, elle n’aura pas tellement envie d’avoir pitié.

Attention, ça va spoiler:

L’idée de Transcendance, c’est que vu qu’on n’a pas idée de ce que signifie « avoir conscience », le plus efficace est alors de sauvegarder l’entièreté d’une intelligence biologique dans une machine, qui servira alors d’intelligence artificielle. Dans le film, c’est un singe rhésus qui y a eu droit, il y a donc une machine intelligente qui existe, et qui a prouvé que cela fonctionnait.

Si on peut le faire à un singe, on peut le faire à un humaine, n’est-ce pas ? C’est bien ce qui se passe, je ne vous dirais pas exactement comment ou pourquoi, allez voir le film. Et nous voici donc avec une « conscience » humaine digitalisée et envoyée sur le réseau, yahaaa, à moi Internet. Et là, tout lecteur supportant mon indigeste prose est déjà en train de dire: « very bad idea ».

Oui. Pareil. On est d’accord.

C’est là que commence le sujet du film : un esprit humain devenu machine, qui a accès au plus grand pouvoir imaginable matériellement sur Terre, et à la plus immense base de donnée qu’on puisse concevoir, et, détaché de toutes les contraintes biologiques (le sommeil, la limite de la mémoire, la vitesse de l’interface clavier/cerveau, etc …), que peut-il faire, inventer, créer ?

Un peu tout. A commencer par s’améliorer lui-même, avant de pouvoir régler les doigts dans le nez le problème P=PN, et vous trouver entre deux manipulations boursières magistrales la réponse à toutes les souffrances du monde, y compris celles dont la solution serait finalement pire que nos maux.

Nous sommes en plein dans la Singularité, et le film le traite relativement bien, vous verrez ça vous-même. Mais c’est là que ça commence à couiner.

Parce qu’il y a une histoire d’amour. Parce que les « méchants » sont crétins, et me feraient penser à un sous-genre adulescents des néo-luddistes, parce que les gentils sont crétins aussi, et parce que le protagoniste le plus crétin du film… c’est l’IA !

Oui ! Hargh ! Et c’est un peu tout le souci du film… passé son premier tiers, le film ne sait pas où il veut aller. Du gros blockbuster qui tache ? Non…. de l’anticipation technologique ? Oui mais….. en fait, non… un drame romantique ? Ben oui, mais pareil que le reste, c’est pas ça.

Tout le souci est qu’une fois le décor installé et la démonstration faite de ce que peut faire une IA, et l’apparition de la Singularité, qu’on a bien compris dans le film être clairement une révolution à échelle planétaire incontrôlable, le film se perds complètement dans la recherche de la solution pour arrêter l’IA, et la relation de plus en plus foireuse entre l’IA et l’épouse de l’homme qu’il était. Et là… je sais pas… le scénariste était fatigué ?… je ne vois que cela. Le film ne sait pas où aller, comment conclure en apothéose, il n’y a plus de klimax, et par conséquent, la tension ne vient pas de ce que la machine va faire, mais de ce que le spectateur croit qu’elle va faire… et ne fait jamais.

Ok… une IA au pouvoir quasi-divin qui ne se défend pas, qui n’attaque pas, qui ne négocie pas, qui d’ailleurs quasiment jamais n’a de véritable dialogue avec les protagonistes du film, seulement des échanges sporadiques et qui ne nous apprennent rien, et qui, littéralement, entasse les pires bêtises qu’un individu lambda accumulerait. J’entends pas là qu’on a jamais l’impression qu’elle est au delà réellement de la nature humaine, de sa morale, de sa logique, de son mode de fonctionnement. On parle d’un machin connecté au monde entier, et qui s’est amélioré lui-même à coup d’informatique quantique et de nanotech. En gros, tant d’efforts pour être con comme un balai sans manches, ça fait mal au cul.

Et je finirais mon propos en résumant ma profonde frustration blasée sur un final romantique de fin hollywoodienne parfaitement dans le ton…. et totalement hors-propos vis à vis du sujet.

Je m’attendais à un questionnement sur la nature de la conscience, sur la notion de divinité, sur le prix à payer qui consiste à admettre de devoir détruire ce qui provoque la Singularité. Ou alors, je me serai attendue au combat entre les forces armées à échelle massive et une machine qui peut tout vous contrôler comme je me gratte la narine gauche. Je m’attendais à de l’intelligence, ou du spectacle. J’ai eu 10 minutes de romance à l’eau de rose et un message romantico-positif qui dit que la technologie sauvera le monde, même si elle peut lui faire très mal, mais que c’est les humains qui sont méchants en fait – ce à quoi j’adhère, puisque toute technologie est un outil, et si vous pensez que c’est un marteau, vous voyez tout problème comme un clou.

Mais bref, j’ai adoré le premier tiers. Je suis resté sur la sellette pendant tout le second tiers. J’ai renoncé à espérer quelque chose de spectaculaire ou intelligent après. Soyons clair, le film est chouette. Mise en scène superbe, bons acteurs, effets spéciaux bien choisis, j’adore certains arrêts sur images et caméra contemplatives. Mais le scénariste aurait mieux fait d’avoir une migraine au moment d’écrire la fin.

Ou il en avait une… c’est peut-être ça ?

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