Voilà pourquoi je célèbre le 8 Mars chaque année.

Le 8 Mars est la journée Internationale des Droits des Femmes. Comme il y a la journée des Droits des Enfants, de la Lutte contre le Cancer ou encore la Journée de la Terre.

Parce qu’on est bien forcé de choisir des dates pour rappeler souvent des évidences qui ne devraient pas en avoir besoin. Comme par exemple que les droits des femmes, ben on est encore très loin d’avoir fait de ce principe une réalité acceptée et consensuelle. Parce que pour le moment, c’est des droits qu’on viole autant qu’on viole les femmes, parfois sans même s’en cacher et sans honte. Les Droits des Femmes est un combat qui dure depuis 130 ans, et en ce moment, c’est un combat qui saigne, un combat à mort. Un combat à l’issue incertaine, parce qu’en ce moment, c’est l’Internationale des réac’, des rétrogrades, des sexistes et des alt-right, qui se gonflent de leurs victoires de par le monde, et surtout la plus belle : Trump, leur parfait modèle, président. Le droit de discriminer, c’est leur combat. Le droit d’humilier et écraser les femmes pour en faire des animaux inférieurs qu’ils sont persuadés qu’elles sont, c’est leur credo.Et bien sûr, ce n’est que la partie la plus visible de leur lutte. Celui qui discrimine les femmes ne va pas se gêner avec les trans et les pédés, avec les noirs et les arabes.

C’est l’Internationale du suprématisme blanc à couilles, le seul être qui compte sur cette planète à leurs yeux. Et ô joie, leur pire ennemi est le suprématisme musulman extrémiste, qui pense exactement pareil, a exactement les mêmes idées, la même violence… sauf qu’en ce moment, un groupuscule monstrueux s’est donné le droit et les moyens de faire étalage de ses idées de civilisation à coup d’esclavage, de massacre, de viols et de religions. Du pain béni pour les potes à Trump, Le Pen, Fillon. Du pain béni pour écraser tous les droits, y compris les plus inacceptables de tous pour eux : le droit des femmes à ouvrir leur gueule à égalité avec eux.

Le féminisme est un humanisme. C’est le même combat. Voici ma manière de le raconter :

Je suis féministe. Et là, je viens d’enfoncer une porte ouverte.

Mais si je le dis, c’est pour aller au-delà d’un mot dans lequel on fourre tout et son contraire avec une rigueur dans la régularité de l’ignorance qui force presque le respect. Je veux dire par là que j’ai vu coller aussi bien comme féministes les mouvements pro-droit de vote des femmes, que les MLF, les Chiennes de Garde, les gynarchistes, les mouvements réactionnaires et religieux modernes, les courants racistes et à peu près autant de variantes que de partis politiques ; arrêtez, j’ai mal à la tête.

Je suis féministe est une expression qui devrait, pour ma part, ne rien vouloir dire dans un monde idéal : un monde qui aurait atteint l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. C’est la définition la plus encyclopédique du terme, la plus générique et la plus consensuelle. La plus claire aussi.

On en est très loin. Je ne suis donc pas féministe ; je suis militante féministe. Je bataille, dénonce, éduque, informe, alerte dans le but d’atteindre à cette égalité, que je souhaite pour tous les êtres. L’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique devrait être une évidence acquise pour tous les êtres humains, quel que soit leur naissance, leur origine, leur genre et leur sexualité.

Compris ?

Oui ?

Ouais, ben non.

En 1949, Simone de Beauvoir écrivait Le Deuxième Sexe, essai en deux tomes, un brûlot qui mis le feu à la société européenne et américaine en moins d’un an, et fut même mis à l’index par le Vatican. Que contenait ce livre ? La description d’une société machiste, sexiste et patriarcale maintenant la femme en posture d’infériorité, analysé à travers l’histoire répétée des civilisations ; il expliquait surtout, inspiré par la philosophie existentialiste de son auteure, qu’il n’y a pas de déterminisme et que c’est la société qui conditionne la place de la femme, non sa nature. Ce livre est devenue la bible des mouvements féministes des années 60 et jusqu’aux années 80. Simone de Beauvoir a enfoncé une porte blindée et l’a démolie pour laisser passer tous les courants et toutes les aspirations féministes à cette égalité dont je parle plus haut. Et puis elle s’est éteinte en 1986. Le mouvement, lui, a tenu bon.

Enfin, c’est ce qu’on croit, en 2016. La plus importante citation de cette grande féministe, que son père décrivait en disant : « ma fille a un cerveau d’homme », est celle-ci : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Depuis quelques années on est en plein dedans. Et depuis quelques années, jamais plus fort ne s’est fait entendre cette sentence merdique comme une négation de l’intelligence : « mais y’en a marre du féminisme, y’a des choses plus graves dans le monde. »

Simone de Beauvoir doit tellement se retourner dans sa tombe en ce moment qu’en y mettant une dynamo, on devrait pouvoir éclairer tout Paris. Ho, soyons clairs, le refus de l’intelligence ne frappe pas que ce sujet ! La caractéristique étrange d’Internet est de diffuser la bêtise incommensurablement plus vite qu’il n’y diffuse de l’intelligence. En ce moment, la pensée raisonnée, la réflexion posée, les principes les plus élémentaires de la philosophie et de l’esprit éclairé, tout le monde s’en tape le fion. Pour la citer encore, Simone de Beauvoir résumait dans les années 60 : « Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir. ». Internet devait être un formidable outil culturel. Il est une machine à se dispenser de penser.

L’égalité des droits, des devoirs et du respect pour les femmes est une lutte pour l’égalité de tous les êtres. Mon combat personnel pour le faire progresser englobe la lutte pour les droits des minorités, des peuples de toutes les couleurs, de tous les genres et de toutes les sexualités. Je ne peux pas être selon moi féministe et me déclarer raciste ou admettre sans me coller la pire des hontes de faux-cul être homophobe. C’est un tout. C’est un concept général englobant une seule pensée : le progrès du droit et du respect dévolu à tous les êtres humains. Et cette lutte pour ces droits file une trouille bleue à ceux qui ont besoin de se sentir avoir un pouvoir, être supérieurs : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. » Mais cela fonctionne aussi pour les racistes, les homophobes, les réactionnaires de tous bords. Cela fonctionne pour tous ces groupes humains dominés par des hommes, et ce même si la bêtise s’étend aussi à des représentants féminins se vautrant avec délectation dans l’idée d’un groupe humain qui asservirait tous les autres. Mais pas elles… jamais, elles… elles n’y pensent pas, puisqu’elles sont du côté du pouvoir ; elles n’ont rien à craindre, sans jamais réaliser que si un jour ce pouvoir redevient dominant, elles retourneront à la cuisine et au linge comme toute femme soumise qui se respecte.

Rien n’est acquis et la réalité quotidienne le rappelle abondamment. L’esclavage sexuel a bondi de 20% en trois ans dans le monde, les inégalités salariales entre hommes et femmes ont recommencés à se creuser depuis 2008, le nombre d’agressions sexuelles et de viols sur les femmes a connu des pics brutaux de 4 à 8% depuis ces 5 dernières années partout dans le monde, le féminicide est devenu endémique dans des régions entières du monde, le fait d’être enceinte et accoucher est devenu une raison de trouver toutes les excuses pour renvoyer une salariée de son poste, la parité dans le monde patronale ou politique reste dans la plupart des pays une vaste blague, les mouvements religieux et réactionnaires font feu de tout bois contre le planning familial, la contraception, l’avortement, les relations libres et le mariage pour tous. Et la liste n’est pas exhaustive !

Et vous en avez marre d’entendre les féministes ? Mais vous devriez comprendre pourquoi elles se battent en ce moment avec tant de véhémence, non ?

Cependant, vous avez raison, d’en avoir parfois marre. Mais vous vous trompez de colère. Car les plus bruyants de ces mouvements ne sont pas féministes. Et je les subis moi-même, ces groupes prétendus féministes voulant dicter ce qu’une femme (et un homme !) doit montrer d’elle ou pas, ce qu’elle doit porter ou pas, ce qu’elle doit dire ou pas, ce qu’elle a le droit de faire ou pas. Ce ne sont pas des féministes. Ils ne luttent pas pour une égalité et des droits égaux pour tous les êtres. Ils luttent pour imposer une vision fermée et restrictive. Le mouvement féministe est éminemment inclusif. Il est ouvert et permet, il ne doit pas interdire et limiter. Depuis quand le féministe et l’érotisme ne peuvent aller de pair ? Depuis quand être un mannequin, une actrice, un modèle photo amateur dénudé est-il anti-féministe ? Parce que cela dégrade l’image du corps de la femme, prétendront ces mouvements ? Hey, les arriérés, c’est son corps, à la femme, c’est sa liberté d’en faire ce qu’elle veut si on ne l’y contraint pas ! C’est tout aussi débile et avilissant que les mouvements culturels et publicitaires qui formatent des images figées, idéalisées et totalement fantasmées de la femme. Ces individus et ces mouvements jugent et condamnent hors de tout contexte, hors du concept même que, dans la liberté à chacun d’être, il y a celles des femmes de pouvoir s’afficher quand elles le veulent et comme elles le veulent.

Je suis militante féministe parce que pour ne pas avoir peur de sortir dans la rue, je dois veiller à ce que je vais porter et où aller, comme la plupart des femmes. Je suis militante féministe parce qu’on m’a déjà trop souvent proposé de me payer moins cher que le même taff effectué par un mec. Je suis militante féministe parce que j’ai été harcelée sur ma nature de femme, harcelée sexuellement, agressée sexuellement, violée. Je suis militante féministe parce que chaque personne que je convaincs de la logique même de ce combat qui finalement concerne tous les êtres humains, et pas juste les femmes, est une personne de moins qui fera à d’autres ce que j’ai subi.

Pour achever cette histoire d’une lutte féministe qui est en train de rendre les armes de l’intérieur et sans le savoir, passé les années 2000 un revirement eut lieu en occident, mené par une réinterprétation des courants féministes radicales différencialistes et anarcho-féministes des années 70 et 80. Plutôt que de penser, théoriser, éduquer et transmettre, de cette réinterprétation ignarde naquit l’idée qu’il fallait imposer une norme féministe. C’est-à-dire dénoncer et tenter de faire interdire tout ce qui pouvait, selon leurs critères, être antiféministe. Tu te maquilles, tu aimes les jupes et les bas ? Tu es sous le joug de l’autorité machiste. Tu aimes le rose et les dessous de dentelle ? Tu te prostitue à la cause patriarcale. Tu t’épile et tu te parfume ? Tu sers la cause de la domination des hommes violeurs. Tu aimes la galanterie masculine et respecte leur virilité ? Tu es leur esclave ! Je ne vous dis même pas alors dessiner des personnages féminins érotiques et aimer l’érotisme dans l’art, la littérature et l’image ! Ce mouvement est devenu la référence, aussi bien pour ceux qui confondent asservissement à des normes et libération de la femme, que pour ceux qui dénoncent le féminisme. Cette idée minoritaire, stupide, qui n’a rien à voir avec la lutte féministe, sauf à la marge, est devenu le plus médiatisé, le plus bruyant, le plus connu. Il est devenu la référence car il impose et donne des normes. Il n’explique rien, il n’éduque pas, il ne propose pas d’évolutions et de solutions :  il dénonce, il impose, il juge et hurle à coup de slogans et d’injures. Il ressemble exactement à ce qui fonctionne le mieux sur Internet pour qui préfère brader sa capacité de penser que tenter de sauver un peu de réflexion de fond : le bruit.

C’est alors ce combat pour imposer d’autres carcans au femmes, au total contraire de la lutte pour la liberté que confère l’égalité en toutes choses entre hommes et femme, qui est devenu la référence honnie ou légitime –l’admettre me fait tellement mal au cul que je hululerai bien d’ici à Genève- de ce que beaucoup de gens, avec une régularité de métronome dans la répétition de l’erreur, appellent le « féminisme ».

Ce n’en est pas. Ce n’est qu’une autre forme de tyrannie sur les corps, les esprits, les choix et les désirs des femmes. C’est de la pudibonderie réactionnaire cachée sous un autre mot. Les groupement religieux et d’extrême-droit ne s’y sont pas trompés. Reprenant ces thèses pourtant d’origine de mouvement très à gauche, ils les font leur quand il s’agit de trouver un combat féministe débile leur assurant un bon audimat. Et l’idée, le concept, la lutte, la définition écrite en 1949 par Simone de Beauvoir, héritière des luttes féministes de toute la première moitié du 20ème siècle et avant, se noie dans un salmigondis de slogans et de règles qui, en fait, ne servent qu’une seule chose : la pérennité d’une société patriarcale décidant des normes et de la place de la femme. Cet antiféministe qui se dit féministe ne sert qu’à fournir du grain à moudre à tous les plus salopards des partisans d’un retour au sexisme et à la négation des droits et liberté de la femme dans le but de fonder une société où tous les êtres seraient libres et égaux. Ce mouvement qui impose tant d’interdit ne fait que nourrir le conflit hommes-femmes en donnant l’illusion que les secondes veulent prendre le pouvoir sur les premiers et tuer l’essence de ce qui fait un mâle, quand justement le féminisme ne demande qu’égalité et respect de chacun. Ces pseudo-féministes se trompent de combat, ils dévoient leur cause en croyant y apporter quelque chose qui n’est que la négation de cette cause. Et en tuent la raison d’être.

Parmi toutes les raisons que ces pseudo-féministes, qui n’en ont que la couleur, ont de me mettre à l’index et me juger, je suis pratiquante et amatrices des activités sado-masochistes (BDSM), une paraphilie sexuelle dont la règle d’or est la consensualité et le respect. Bien sûr que d’une part y’a des dérives merdiques. Forcément, y’a du cul et tous les dérapages dont les hommes (et les femmes) sont capables dès qu’on cause de sexe. Bien sûr que d’autres part il y a des activités humiliantes, voire dégradantes dans ces jeux érotiques un peu pervers. Mais il y aussi une règle d’or : rien ne doit être imposé, rien n’est accepté sans un consentement complet et éclairé et rien ne se fait sans une confiance mutuelle complète. Et bien sûr, rien ne se passe forcément tout le temps comme on veut. Mais il y a le « non » qui arrête tout. C’est uniquement dans l’image fantasmée de ces pseudo-féministes qui sont en fait des pudibond coincés à l’esprit aussi ouvert qu’un réac sortant de la messe dominicale, que ces activités ne peuvent aller de pair avec une philosophie, une lutte et un militantisme féministe.

Oui, je dessine des nus érotiques, dont certains sulfureux ! Non, je ne le fais même pas pour des raisons commerciales pour assouvir les bas instincts d’une clientèle post-adolescente. Je le fais parce que j’aime cela, d’une part, je le fais aussi parce que d’autre part j’illustre des contextes et des récits durs et cruels, en lien avec mon roman, qui parle de sexisme, de patriarcat, de société inégalitaire et esclavagiste. Je le fais pour montrer des réalités, et je le fais aussi en créant de la beauté illustrée, aussi sulfureuse et dérangeante soit-elle. Si vous êtes interpellés, c’est que j’ai réussi mon taff. Si vous me jugez sexiste et masculiniste –oui, j’y a eu droit- c’est que vous êtes con comme un balai sans manche. C’est votre droit le plus fondamental ! Mon droit à moi, c’est de vous répondre – et de vous envoyer péter.

Je suis féministe, je mourrai féministe et la lutte ne sera jamais finie. Vous n’avez donc pas fini d’en entendre parler, et je le regrette. Car j’aimerai un monde où tout ce que je viens d’écrire est derrière moi, et où tous les êtres enfin, vivent libres d’être ce qu’ils sont et veulent être sans craindre d’être agressés ou tués pour cela, traités en égaux, en respect et en droits.

PS : et le premier qui emploie le mot « fragile » pour décrire une nana, que ce soit moi ou une autre, gagne un ticket pour se faire tanner la tronche à coup d’escarpins ou de baskets, ça dépendra de ce que je porte. Je lui montrerais la fragilité de sa boite crânienne.

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