#payetonauteur ; tu sais, le gars qui fournit la création que tu vend ?

(Crédits : Peter Castleton, CC BY 2.0 )

Avant de détailler plus en avant l’affaire qui concerne le Salon du Livre Paris, je vais rappeler quelques évidences et brosser un rapide portrait général du problème. Et ça vous expliquera pourquoi je ne vais à aucun salon littéraire de près ou de loin (en plus de mes problèmes de santé…)

Alors, on va faire simple. Les éditeurs, distributeurs et revendeurs dans le domaine culturel et, ici, on cause surtout livres et bande dessinée, organisent plein de salons, manifestations et autres festivals dont la première animation pour vous, clients et visiteurs, la raison pour laquelle vous payez l’entrée – parfois à des prix prohibitifs et des conditions ubuesques – sont… les auteurs.

Parce que rien de plus plaisant pour un fan de pouvoir rencontrer un auteur qu’il aime, se faire dédicacer un bouquin, parfois même échanger quelques mots. Je ne vous cacherai pas que ce n’est absolument pas aussi idyllique que cela et que, souvent, c’est plutôt un affreux travail à la chaine où l’auteur, s’il est connu, va trimer deux jours comme un dingue avec environ 3 minutes chrono à consacrer à chaque personne de son public, 5 minutes pour engloutir un sandwich et 47 secondes pour pisser. Et s’il n’est pas connu, il va s’emmerder comme un rat mort, des heures durant, sur sa petite chaise plastique, quand il pourrait être en train de bosser chez lui au chaud, parler, s’il le peut, avec d’autres auteurs qui s’ennuient autant que lui et bénir le ciel quand un visiteur s’arrête devant son livre et mieux, a envie de causer.

Mais, oui, vous venez pour eux. Je ne pense pas que rencontrer le directeur ou le PDG de la maison d’édition de votre auteur préféré vous intéresse ?… Vous venez aussi pour les animations annexes : les interviews, les conférences, les expositions ; toutes choses préparés avec voire par, les auteurs, ce qui demande un énorme boulot.

Bon, alors soyons clairs. Ces auteurs, ils ne sont PAS payés pour cela. S’ils sont dédommagés pour leurs frais de transport, c’est déjà beau, encore plus quand ils le sont pour les frais de logement et de nourriture. Mieux ! Parfois ils doivent PAYER pour cela. Je ne veux pas dire que c’est l’éditeur qui doit payer (et quand il paye pour un stand pour son auteur, croyez-moi, il paye cher, salement cher), mais que certains salons vous invitent en tant qu’auteur, en vous envoyant avec l’invitation une jolie offre de prix pour avoir votre stand qui va coûter un bras et demi, vous demandant donc de sortir une fortune pour assurer leur animation et la raison d’être de leur festival.

Ici, je tiens à faire un hommage en forme de taillage de veste au Fantasy Basel Swiss Comic Con, qui m’invite comme autrice (ho, sympa !) et me relance deux fois… mais me demande 150 CHF pour avoir 5m2, une table et deux chaises… et une seule personne en stand… tout le reste est en option facturée… et je vous raconte pas le prix. L’entrée pour le public est payante : 35 CHF la journée en prévente, 40 sur place. J’ai eu l’impression d’être marquée PIGEON sur ma tronche et j’ai très, très, envie de leur coller des baffes. Mais je vais me contenter de les citer en exemple de mauvais élèves. On pourra me faire remarquer qu’il s’agit de retape promotionnelle pour attirer des auteurs et vendre des stands. C’est sûrement le cas ! Ben, désormais, ce serait une bonne idée de se demander si proposer aux auteurs 150 CHF pour venir, plutôt que les leur réclamer, ne serait pas nettement plus honnête et moins injurieux ? Non, parce que, je dis ça, je dis rien, mais même si un exposant m’invite à ce festival, je n’y irais pas ! J’aime jamais qu’on me prenne pour une conne.

Quand on sait que 90% des auteurs ne peuvent pas vivre de leur travail et sont pauvres en général, et je parle ici de seuil de pauvreté, c’est-à-dire au seuil ou en dessous, on réalise que les organisateurs de ces salons et festivals – assez souvent un peu les mêmes : les grands professionnels et syndicats/groupements de l’édition et  de la distribution – ont donc comme politique de s’en mettre plein les fouilles tout en redorant leur blason, et pour cela, de faire payer aussi bien les clients : vous, donc, que les auteurs ! Nous.

Les petits festivals, eux, sont souvent nettement plus généreux et respectueux, je tiens à le préciser. Ils tendent à faire ce qu’ils peuvent pour essayer de dédommager, assurer les frais au max, etc… ils ne peuvent pas toujours, mais ils essayent. Pas tous non, plus, mais la plupart font de gros efforts.

Reprenons ; le cas concerne un gag en France. Ici, j’ose copier un article écrit par Denis Bajram, que je salue ici bien bas, auteur de bande dessinée à succès si vous ne le saviez pas, et fervent militant des droits des auteurs en France :

Le salon Livre Paris se fait prier pour payer les auteurs en intervention. Et pas qu’un peu.

Ce sont les adhérents de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse qui avaient lancé l’alerte : cette année, le salon du livre ne voulait pas les rémunérer. C’était s’en prendre à un symbole, car La Charte a su obtenir depuis longtemps le paiement des interventions des auteurs et autrices jeunesse. Cette bonne pratique a même été imposée par le Centre National du Livre à tous les festivals qui touchent ses subventions.

Mais voilà, Livre Paris est un salon, c’est à dire une organisation à but lucratif, contrairement à un festival. Comme il ne touche pas de subventions du CNL, il s’est donc senti libre d’imposer la gratuité aux auteurs. Au mépris des usages, au mépris surtout du travail qu’il leur demande de fournir.

Détail plus que croustillant, c’est le SNE, le syndicat des éditeurs, qui organise ce salon, même s’il est délégué à un prestataire, Reed Expositions. C’est donc, très symboliquement, le syndicat des éditeurs qui affiche par ce biais qu’un auteur ça ne se rémunère pas.

Aujourd’hui, suite à une première bronca des auteurs de La Charte, Livre Paris a accepté de payer… enfin, pas exactement toute le monde… enfin, c’est compliqué, vous comprenez…

Chers éditeurs, il serait peut-être temps d’appeler vos élus au SNE pour râler, non ? Acceptez-vous vraiment, que le seul salon organisé par votre syndicat affiche aussi ostensiblement son mépris des auteurs ?

De ce délire méprisant pour les auteurs en général, et honnêtement, le SNE (Syndicat National des Editeurs) s’en cogne des auteurs, mais à un point assez inimaginable, est né un hashtage twitter. Je le partage ci-dessous ; aussi faible que soit la démarche, elle vise plus à concentrer la parole et les revendications des auteurs, totalement légitimes et les aider à se réunir, car comme tous les créatifs, ils sont isolés et notoirement dispersés.

C’est quoi le message ? Ben il est simple !

« Payez-nous ! On fait vivre votre industrie par notre création, elle n’existe pas sans nous, cette création est ce que recherche la clientèle et dans ces manifestations, c’est NOUS que les visiteurs viennent voir. Donc pourquoi non seulement ne sommes-nous pas payés, mais qui plus est, souvent sollicités pour payer nous-même en nous demandant d’assurer un service épuisant, difficile, stressant et qui ne nous rapporte rien ? »

Non, parce que, soyons clairs, dans ces trucs-là, avec entrée payante, chère, et des centaines de stands et d’auteurs, seuls les plus célèbres (les 10%) vont réellement faire des ventes… dont la majorité des bénéfices va… aux éditeurs. Les autres, quand ils vendent 10-15-20 bouquins, c’est Noël. Ils sont contents : ils ont gagné de quoi se payer un kebab-boisson pour deux. Et ils seront à peine moins invisibles à la fin, qu’ils ne l’étaient en entrant dans la manifestation en question. La promotion des auteurs dans les festivals, c’est le plus souvent la plus médiocre promotion visibilité qui existe parmi toutes les méthodes pour se faire connaitre.

Alors faisons simples. Pas d’auteurs, pas de manifestations culturelles et de salons du livre. Donc :

#payetonauteur

 

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