Moi… et c’est pas la joie.
J’ai pas envie d’écrire ce texte, les mots semblent peser des montagnes, à l’aune de la masse écrasante que j’ai l’impression de peser, moralement et intellectuellement en ce moment.
Mais il y aussi une autre raison. Mon clavier usé et bousillé ? Non. Mes yeux pétés ? Même pas. Mais les dégâts sur ma neuro-motricité qui rendent ma capacité à taper au clavier plus incertaine et maladroite, oui. Je soupçonne d’où cela vient car j’avais été prévenue : 25 ans de crises de migraine et de migraines chroniques finiraient par avoir des conséquences. Tout s’use et la douleur accélère cette usure. (et j’ai aussi une sinusite chronique qui s’aggrave elle aussi, sinon, pas drôle)
Mais je ne peux pas vérifier la cause de ce symptôme. Pour cela il faut que je puisse voir des spécialistes onéreux, donc, que j’ai une assurance santé en Suisse, donc que j’ai au moins 500CHF à pouvoir y mettre, donc, que je parvienne à gagner minimum 500 CH par mois de manière sûr et constante.
Depuis l’arrivée de l’IAGen, c’est devenu peine perdue. Je gagnais bon an, mal an, environ 1000 à 1200CHF par mois. Maintenant, c’est… 300 ? 400 ? Non, en fait, je ne vais même pas vous mentir, depuis 8 mois, c’est encore moins que cela.
Il y a d’abord eu les conséquences du COVID sur ma santé fragile, qui ont été désastreuses, et ont commencé à me faire accumuler du stress et de la dépression. Puis l’arrivée de l’ IAGen, qui a réduit le marché de l’illustration à une vaste blague et ruiné les illustrateurs, dont moi, en, quoi… six mois ? Puis arrivent les conséquences en cascade. Moins d’argent, donc moins de moyen de prendre soin de ma santé, impossible de changer mes lunettes, donc, baisse de ma vue, donc complications grandissantes pour dessiner, donc inconfort de travail, donc frustration, donc stress et angoisse, puis dépression… et donc encore moins d’argent, encore plus de problèmes et de frustration de mépris de ma propre personne, de colère contre moi-même, sourde, mais grandissante, dévorante et écrasante…
Ça doit faire un an que je ne peux plus me regarder en face dans un miroir. Notez que je m’en fous… j’y vois flou ! Mais je ne suis plus capable de me regarder en face… et c’est monstrueux, pour moi.
Et puis, il y a 8 mois, dans cette série d’effondrements en cascade se rajoute une petite perle de merde au gâteau de chiotte. J’avais un ami anglophone, un très grand ami, le fils de Harry Harrisson (c’est son nom de plume, son fils se nomme Todd Maxwell Dempsey ), l’auteur du roman Make Room! Make Room!, que vous connaissez mieux sous son titre français : Soleil Vert. Vous l’auriez adoré, il était tout ce qu’un humaniste, progressiste, amoureux de l’espèce humaine et farouchement défenseur des idéaux les plus nobles d’inclusivité, de respect et d’humanisme peut être. Il pratiquait le jeu de rôle, sur table, et sur des univers virtuels, et il avait une sorte d’aura de mentor paternel qui marchait à tous les coups. J’avais avec lui une très grande complicité, et y’avait… heu…non y’avait pas un seul sujet sur lequel nous ne soyons pas en accord.
Et il est mort, à 70 ans, le 6 novembre 2025, d’une crise cardiaque, sans avoir le temps de rien voir venir. Une mort en fait plutôt enviable, et je suis heureuse qu’il soit mort ainsi.
Mais ça m’a dévastée. En parler, surtout en ce moment où je suis affreusement fragile et détruite, m’arrache encore des larmes brûlantes. Il vivait aux USA, en Californie ; non seulement pas un rond pour aller lui rendre un dernier hommage, mais depuis 2025, je pense que si je tente de mettre un pied aux US, je finis dans un de leurs camps. Et puis, bon… il est mort… ma présence ne changerait rien à ça.
Ce deuil en silence, c’est un peu la dernière chose à subir pour achever de m’enterrer, et ça a brisé quelque chose en moi qui ne demandait qu’à casser. Mon moral s’est effondré, j’ai fait une dépression, et je suis toujours en pleine dépression. Les symptômes de dommages neuro-moteurs ont commencé à apparaitre de manière indubitable, me donnant l’impression que je redevenais dyslexique, mais en fait c’est bel et bien ma coordination manuelle qui devient plus compliquée.
Je n’ai plus dessiné que sur commande -les rares que j’ai eu- et je n’ai presque plus écrit. Quand je cesse de créer, c’est que je cesse de rêver, quand je cesse de rêver, tu peux parier à coup sûr que je suis en train de crever moralement. Et c’est exactement mon état actuel, avec un terrible effet de spirale dévorante : plus de force pour me battre vraiment, donc plus d’argent, donc plus de quoi me soigner, régler les soucis de santé les plus urgents, donc aucun moyen de me soigner et recouvrer cette nécessaire force.
Et je ne sais pas comment sortir de là. Mais je dois en sortir. Ça désespère mon Ange, ça attriste ma famille, ça inquiète mes amis, et moi… c’est en train de me tuer.
Voilà. Force et amour, les gens.

