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Voilà pourquoi je célèbre le 8 Mars chaque année.

Le 8 Mars est la journée Internationale des Droits des Femmes. Comme il y a la journée des Droits des Enfants, de la Lutte contre le Cancer ou encore la Journée de la Terre.

Parce qu’on est bien forcé de choisir des dates pour rappeler souvent des évidences qui ne devraient pas en avoir besoin. Comme par exemple que les droits des femmes, ben on est encore très loin d’avoir fait de ce principe une réalité acceptée et consensuelle. Parce que pour le moment, c’est des droits qu’on viole autant qu’on viole les femmes, parfois sans même s’en cacher et sans honte. Les Droits des Femmes est un combat qui dure depuis 130 ans, et en ce moment, c’est un combat qui saigne, un combat à mort. Un combat à l’issue incertaine, parce qu’en ce moment, c’est l’Internationale des réac’, des rétrogrades, des sexistes et des alt-right, qui se gonflent de leurs victoires de par le monde, et surtout la plus belle : Trump, leur parfait modèle, président. Le droit de discriminer, c’est leur combat. Le droit d’humilier et écraser les femmes pour en faire des animaux inférieurs qu’ils sont persuadés qu’elles sont, c’est leur credo.Et bien sûr, ce n’est que la partie la plus visible de leur lutte. Celui qui discrimine les femmes ne va pas se gêner avec les trans et les pédés, avec les noirs et les arabes.

C’est l’Internationale du suprématisme blanc à couilles, le seul être qui compte sur cette planète à leurs yeux. Et ô joie, leur pire ennemi est le suprématisme musulman extrémiste, qui pense exactement pareil, a exactement les mêmes idées, la même violence… sauf qu’en ce moment, un groupuscule monstrueux s’est donné le droit et les moyens de faire étalage de ses idées de civilisation à coup d’esclavage, de massacre, de viols et de religions. Du pain béni pour les potes à Trump, Le Pen, Fillon. Du pain béni pour écraser tous les droits, y compris les plus inacceptables de tous pour eux : le droit des femmes à ouvrir leur gueule à égalité avec eux.

Le féminisme est un humanisme. C’est le même combat. Voici ma manière de le raconter :

Je suis féministe. Et là, je viens d’enfoncer une porte ouverte.

Mais si je le dis, c’est pour aller au-delà d’un mot dans lequel on fourre tout et son contraire avec une rigueur dans la régularité de l’ignorance qui force presque le respect. Je veux dire par là que j’ai vu coller aussi bien comme féministes les mouvements pro-droit de vote des femmes, que les MLF, les Chiennes de Garde, les gynarchistes, les mouvements réactionnaires et religieux modernes, les courants racistes et à peu près autant de variantes que de partis politiques ; arrêtez, j’ai mal à la tête.

Je suis féministe est une expression qui devrait, pour ma part, ne rien vouloir dire dans un monde idéal : un monde qui aurait atteint l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. C’est la définition la plus encyclopédique du terme, la plus générique et la plus consensuelle. La plus claire aussi.

On en est très loin. Je ne suis donc pas féministe ; je suis militante féministe. Je bataille, dénonce, éduque, informe, alerte dans le but d’atteindre à cette égalité, que je souhaite pour tous les êtres. L’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique devrait être une évidence acquise pour tous les êtres humains, quel que soit leur naissance, leur origine, leur genre et leur sexualité.

Compris ?

Oui ?

Ouais, ben non.

En 1949, Simone de Beauvoir écrivait Le Deuxième Sexe, essai en deux tomes, un brûlot qui mis le feu à la société européenne et américaine en moins d’un an, et fut même mis à l’index par le Vatican. Que contenait ce livre ? La description d’une société machiste, sexiste et patriarcale maintenant la femme en posture d’infériorité, analysé à travers l’histoire répétée des civilisations ; il expliquait surtout, inspiré par la philosophie existentialiste de son auteure, qu’il n’y a pas de déterminisme et que c’est la société qui conditionne la place de la femme, non sa nature. Ce livre est devenue la bible des mouvements féministes des années 60 et jusqu’aux années 80. Simone de Beauvoir a enfoncé une porte blindée et l’a démolie pour laisser passer tous les courants et toutes les aspirations féministes à cette égalité dont je parle plus haut. Et puis elle s’est éteinte en 1986. Le mouvement, lui, a tenu bon.

Enfin, c’est ce qu’on croit, en 2016. La plus importante citation de cette grande féministe, que son père décrivait en disant : « ma fille a un cerveau d’homme », est celle-ci : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Depuis quelques années on est en plein dedans. Et depuis quelques années, jamais plus fort ne s’est fait entendre cette sentence merdique comme une négation de l’intelligence : « mais y’en a marre du féminisme, y’a des choses plus graves dans le monde. »

Simone de Beauvoir doit tellement se retourner dans sa tombe en ce moment qu’en y mettant une dynamo, on devrait pouvoir éclairer tout Paris. Ho, soyons clairs, le refus de l’intelligence ne frappe pas que ce sujet ! La caractéristique étrange d’Internet est de diffuser la bêtise incommensurablement plus vite qu’il n’y diffuse de l’intelligence. En ce moment, la pensée raisonnée, la réflexion posée, les principes les plus élémentaires de la philosophie et de l’esprit éclairé, tout le monde s’en tape le fion. Pour la citer encore, Simone de Beauvoir résumait dans les années 60 : « Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir. ». Internet devait être un formidable outil culturel. Il est une machine à se dispenser de penser.

L’égalité des droits, des devoirs et du respect pour les femmes est une lutte pour l’égalité de tous les êtres. Mon combat personnel pour le faire progresser englobe la lutte pour les droits des minorités, des peuples de toutes les couleurs, de tous les genres et de toutes les sexualités. Je ne peux pas être selon moi féministe et me déclarer raciste ou admettre sans me coller la pire des hontes de faux-cul être homophobe. C’est un tout. C’est un concept général englobant une seule pensée : le progrès du droit et du respect dévolu à tous les êtres humains. Et cette lutte pour ces droits file une trouille bleue à ceux qui ont besoin de se sentir avoir un pouvoir, être supérieurs : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. » Mais cela fonctionne aussi pour les racistes, les homophobes, les réactionnaires de tous bords. Cela fonctionne pour tous ces groupes humains dominés par des hommes, et ce même si la bêtise s’étend aussi à des représentants féminins se vautrant avec délectation dans l’idée d’un groupe humain qui asservirait tous les autres. Mais pas elles… jamais, elles… elles n’y pensent pas, puisqu’elles sont du côté du pouvoir ; elles n’ont rien à craindre, sans jamais réaliser que si un jour ce pouvoir redevient dominant, elles retourneront à la cuisine et au linge comme toute femme soumise qui se respecte.

Rien n’est acquis et la réalité quotidienne le rappelle abondamment. L’esclavage sexuel a bondi de 20% en trois ans dans le monde, les inégalités salariales entre hommes et femmes ont recommencés à se creuser depuis 2008, le nombre d’agressions sexuelles et de viols sur les femmes a connu des pics brutaux de 4 à 8% depuis ces 5 dernières années partout dans le monde, le féminicide est devenu endémique dans des régions entières du monde, le fait d’être enceinte et accoucher est devenu une raison de trouver toutes les excuses pour renvoyer une salariée de son poste, la parité dans le monde patronale ou politique reste dans la plupart des pays une vaste blague, les mouvements religieux et réactionnaires font feu de tout bois contre le planning familial, la contraception, l’avortement, les relations libres et le mariage pour tous. Et la liste n’est pas exhaustive !

Et vous en avez marre d’entendre les féministes ? Mais vous devriez comprendre pourquoi elles se battent en ce moment avec tant de véhémence, non ?

Cependant, vous avez raison, d’en avoir parfois marre. Mais vous vous trompez de colère. Car les plus bruyants de ces mouvements ne sont pas féministes. Et je les subis moi-même, ces groupes prétendus féministes voulant dicter ce qu’une femme (et un homme !) doit montrer d’elle ou pas, ce qu’elle doit porter ou pas, ce qu’elle doit dire ou pas, ce qu’elle a le droit de faire ou pas. Ce ne sont pas des féministes. Ils ne luttent pas pour une égalité et des droits égaux pour tous les êtres. Ils luttent pour imposer une vision fermée et restrictive. Le mouvement féministe est éminemment inclusif. Il est ouvert et permet, il ne doit pas interdire et limiter. Depuis quand le féministe et l’érotisme ne peuvent aller de pair ? Depuis quand être un mannequin, une actrice, un modèle photo amateur dénudé est-il anti-féministe ? Parce que cela dégrade l’image du corps de la femme, prétendront ces mouvements ? Hey, les arriérés, c’est son corps, à la femme, c’est sa liberté d’en faire ce qu’elle veut si on ne l’y contraint pas ! C’est tout aussi débile et avilissant que les mouvements culturels et publicitaires qui formatent des images figées, idéalisées et totalement fantasmées de la femme. Ces individus et ces mouvements jugent et condamnent hors de tout contexte, hors du concept même que, dans la liberté à chacun d’être, il y a celles des femmes de pouvoir s’afficher quand elles le veulent et comme elles le veulent.

Je suis militante féministe parce que pour ne pas avoir peur de sortir dans la rue, je dois veiller à ce que je vais porter et où aller, comme la plupart des femmes. Je suis militante féministe parce qu’on m’a déjà trop souvent proposé de me payer moins cher que le même taff effectué par un mec. Je suis militante féministe parce que j’ai été harcelée sur ma nature de femme, harcelée sexuellement, agressée sexuellement, violée. Je suis militante féministe parce que chaque personne que je convaincs de la logique même de ce combat qui finalement concerne tous les êtres humains, et pas juste les femmes, est une personne de moins qui fera à d’autres ce que j’ai subi.

Pour achever cette histoire d’une lutte féministe qui est en train de rendre les armes de l’intérieur et sans le savoir, passé les années 2000 un revirement eut lieu en occident, mené par une réinterprétation des courants féministes radicales différencialistes et anarcho-féministes des années 70 et 80. Plutôt que de penser, théoriser, éduquer et transmettre, de cette réinterprétation ignarde naquit l’idée qu’il fallait imposer une norme féministe. C’est-à-dire dénoncer et tenter de faire interdire tout ce qui pouvait, selon leurs critères, être antiféministe. Tu te maquilles, tu aimes les jupes et les bas ? Tu es sous le joug de l’autorité machiste. Tu aimes le rose et les dessous de dentelle ? Tu te prostitue à la cause patriarcale. Tu t’épile et tu te parfume ? Tu sers la cause de la domination des hommes violeurs. Tu aimes la galanterie masculine et respecte leur virilité ? Tu es leur esclave ! Je ne vous dis même pas alors dessiner des personnages féminins érotiques et aimer l’érotisme dans l’art, la littérature et l’image ! Ce mouvement est devenu la référence, aussi bien pour ceux qui confondent asservissement à des normes et libération de la femme, que pour ceux qui dénoncent le féminisme. Cette idée minoritaire, stupide, qui n’a rien à voir avec la lutte féministe, sauf à la marge, est devenu le plus médiatisé, le plus bruyant, le plus connu. Il est devenu la référence car il impose et donne des normes. Il n’explique rien, il n’éduque pas, il ne propose pas d’évolutions et de solutions :  il dénonce, il impose, il juge et hurle à coup de slogans et d’injures. Il ressemble exactement à ce qui fonctionne le mieux sur Internet pour qui préfère brader sa capacité de penser que tenter de sauver un peu de réflexion de fond : le bruit.

C’est alors ce combat pour imposer d’autres carcans au femmes, au total contraire de la lutte pour la liberté que confère l’égalité en toutes choses entre hommes et femme, qui est devenu la référence honnie ou légitime –l’admettre me fait tellement mal au cul que je hululerai bien d’ici à Genève- de ce que beaucoup de gens, avec une régularité de métronome dans la répétition de l’erreur, appellent le « féminisme ».

Ce n’en est pas. Ce n’est qu’une autre forme de tyrannie sur les corps, les esprits, les choix et les désirs des femmes. C’est de la pudibonderie réactionnaire cachée sous un autre mot. Les groupement religieux et d’extrême-droit ne s’y sont pas trompés. Reprenant ces thèses pourtant d’origine de mouvement très à gauche, ils les font leur quand il s’agit de trouver un combat féministe débile leur assurant un bon audimat. Et l’idée, le concept, la lutte, la définition écrite en 1949 par Simone de Beauvoir, héritière des luttes féministes de toute la première moitié du 20ème siècle et avant, se noie dans un salmigondis de slogans et de règles qui, en fait, ne servent qu’une seule chose : la pérennité d’une société patriarcale décidant des normes et de la place de la femme. Cet antiféministe qui se dit féministe ne sert qu’à fournir du grain à moudre à tous les plus salopards des partisans d’un retour au sexisme et à la négation des droits et liberté de la femme dans le but de fonder une société où tous les êtres seraient libres et égaux. Ce mouvement qui impose tant d’interdit ne fait que nourrir le conflit hommes-femmes en donnant l’illusion que les secondes veulent prendre le pouvoir sur les premiers et tuer l’essence de ce qui fait un mâle, quand justement le féminisme ne demande qu’égalité et respect de chacun. Ces pseudo-féministes se trompent de combat, ils dévoient leur cause en croyant y apporter quelque chose qui n’est que la négation de cette cause. Et en tuent la raison d’être.

Parmi toutes les raisons que ces pseudo-féministes, qui n’en ont que la couleur, ont de me mettre à l’index et me juger, je suis pratiquante et amatrices des activités sado-masochistes (BDSM), une paraphilie sexuelle dont la règle d’or est la consensualité et le respect. Bien sûr que d’une part y’a des dérives merdiques. Forcément, y’a du cul et tous les dérapages dont les hommes (et les femmes) sont capables dès qu’on cause de sexe. Bien sûr que d’autres part il y a des activités humiliantes, voire dégradantes dans ces jeux érotiques un peu pervers. Mais il y aussi une règle d’or : rien ne doit être imposé, rien n’est accepté sans un consentement complet et éclairé et rien ne se fait sans une confiance mutuelle complète. Et bien sûr, rien ne se passe forcément tout le temps comme on veut. Mais il y a le « non » qui arrête tout. C’est uniquement dans l’image fantasmée de ces pseudo-féministes qui sont en fait des pudibond coincés à l’esprit aussi ouvert qu’un réac sortant de la messe dominicale, que ces activités ne peuvent aller de pair avec une philosophie, une lutte et un militantisme féministe.

Oui, je dessine des nus érotiques, dont certains sulfureux ! Non, je ne le fais même pas pour des raisons commerciales pour assouvir les bas instincts d’une clientèle post-adolescente. Je le fais parce que j’aime cela, d’une part, je le fais aussi parce que d’autre part j’illustre des contextes et des récits durs et cruels, en lien avec mon roman, qui parle de sexisme, de patriarcat, de société inégalitaire et esclavagiste. Je le fais pour montrer des réalités, et je le fais aussi en créant de la beauté illustrée, aussi sulfureuse et dérangeante soit-elle. Si vous êtes interpellés, c’est que j’ai réussi mon taff. Si vous me jugez sexiste et masculiniste –oui, j’y a eu droit- c’est que vous êtes con comme un balai sans manche. C’est votre droit le plus fondamental ! Mon droit à moi, c’est de vous répondre – et de vous envoyer péter.

Je suis féministe, je mourrai féministe et la lutte ne sera jamais finie. Vous n’avez donc pas fini d’en entendre parler, et je le regrette. Car j’aimerai un monde où tout ce que je viens d’écrire est derrière moi, et où tous les êtres enfin, vivent libres d’être ce qu’ils sont et veulent être sans craindre d’être agressés ou tués pour cela, traités en égaux, en respect et en droits.

PS : et le premier qui emploie le mot « fragile » pour décrire une nana, que ce soit moi ou une autre, gagne un ticket pour se faire tanner la tronche à coup d’escarpins ou de baskets, ça dépendra de ce que je porte. Je lui montrerais la fragilité de sa boite crânienne.

Je suis vannée ! Ouais, encore le Lundi, alors que j’ai fait que le Samedi. Oui, je sais, je suis une fiotte ; j’assume. Mais bref, nous avons donc participé à la dernière édition d’Orc’idée, la plus grande convention de jeux de Suisse Romande, qui dure sur tout un week-end, à Lausanne, et s’y tient dans les…

via Orc’idée 2017, c’était BIEN ! — Les Chants de Loss, le Jeu de Rôle

Un mois de réécriture pour le JDR Les Chants de loss.

Un mois sans pratiquement donner de nouvelles sur mon blog, et pas de dessins… c’est quoi cette affaire ?… ben en fait, c’est que j’ai travaillé en priorité sur le premier des trois livrets du jeu de rôle les Chants de Loss, qui a été achevé il y a trois jours. Donc, je n’ai repris le dessin et les illustration, dont les commandes pour mes clients, que depuis trois jours, en fait.

En parlant du jeu de r’ole, voici la version finale du du Livre 1, l’Univers, des Chants de Loss, le jeu de rôle.  C’est seulement la version texte, sans mise en page, extraite directement depuis un document word converti en PDF. Mais il y a  tout le monde de Loss, ou tout du moins la partie lisible publiquement.

Les Chants de Loss, le jeu de rôle, Livre 1 : l’univers (PDF, 2.1 Mo)

Bien sûr, n’hésitez pas à télécharger, lire, en profiter et nous donner vos avis et critique, ici ou sur vos blogs et sites préférés, ou encore sur Facebook, en rejoignant le groupe des Chants de Loss !

Et donc, comme je le disais, j’ai repris quand même le dessin, avec une illustration qui attise les conseils de mes collègues illustrateurs, mais qui est selon moi considérable comme achevée :

Ringstadt, supplément et ville Européenne dans l’univers de Tigres Volants, disponible gratuitement !

Ringstadt est un supplément et une campagne de jeu de rôle dans dans le monde du JDR Tigres Volants, écrite et mise en page par Matthias Wiesmann, qui en parle ici sur son blog. La ville se trouve là où Berlin était situé jusqu’à la troisième guerre mondiale et une bombe qui a changé la cité en lac circulaire fumant et irradié. Plus d’un siècle plus tard, la ville fut rebâtie sur les ruines enterrées et encore radioactives parfois et ce n’est toujours pas achevé en 2300, par des concepteurs géniaux et fous, mais en devant aussi faire avec la population nomade, réfugiée et mutante de l’Europe de l’Est de la Terre dévastée de Tigres Volants.

Bref, un décor parfait pour des aventures échevelées. Ringstadt n’est pas un supplément officiel Tiges Volants de l’avis de son auteur. Normal, quand la campagne parle de pouvoirs psis incontrôlés et de portails dimensionnels. C’est selon moi pourtant toujours du Tigres Volants, simplement à une échelle et une signature typique de son auteur, comme moi qui ne me suis jamais gênée pour interpréter le monde de Tigres Volants à une sauce héroïque et mystique.

Ringstadt est un des meilleurs, sans doutes le meilleur, décor pour aventures urbaines jamais écrit pour TV. Je suis moins fan de la campagne, mais elle bourdonne de très bonnes idées et de scènes géniales.

Et puis, ô joie, en plus, je l’ai illustré en partie ! Alors, profitez-en, et puis, c’est gratuit, de quoi allez vous vous plaindre ?

Ringstadt supplément Tigres Volants, PDF, 170 pages, 70Mo

Ringstadt, supplément Tigres Volants, EPUB, 60 Mo

Une nouvelle révolution d’accomplie

Nous sommes étranges, nous humains, occidentaux et d’ailleurs. Nous aimons à compter et fêter la date où nous vieillissons d’une année, et à festoyer et ripailler pour exprimer notre satisfaction à avoir réussi une nouvelle révolution complète autour du Soleil, sur notre petite planète bleue.

Et puis, on enterre l’histoire de l’année précédente, et on espère mieux pour la suivante. Mais la même petite boule bleue fera le même circuit d’environ 1 milliard de kilomètre dans l’immensité de l’espace, autour de notre douillet Soleil, sauf anicroche qu’on préfère éviter : de celles qui mettraient abruptement fin à notre perpétuelle ronde et nos souhaits de nouvelle année.  Mais  notre planète ne s’intéresse pas au défilé de ces années. L’histoire des hommes, la Terre s’en moque ; les souhaits des hommes, elle ne les entends pas ; les gesticulations des hommes l’indiffèrent. Sans doutes râle-t-elle peut-être à nos atomes qui pètent et nous cheminées qui fument en masse, mais en fait, cela ne la regarde même pas. Ça ne va jamais arréter sa révolution et ce qui se passe à sa surface, à cette échelle de temps, lui est totalement vain.

Nous sommes des fourmis  déconnant sur des tas de sable. Nous nous croyons des géants- je suis sûr que les fourmis croient l’être- mais nous sommes minuscules et fugaces. Même notre espèce l’est toute entière : apparue y’a quoi ? 100 000 ans ?…  Qui a développée un semblant de civilisation depuis, allez,  à peine une glaciation ?… Une paille à l’échelle de la vie, du temps, du cosmos. Un battement de paupière et un demi-bâillement pour la bonne grosse Terre qui poursuit sa révolution indifférente. Une durée de fourmis, un impact de fourmis.

Mais nous avons besoin de croire que nous changeons le monde et que nous importons. Et nous changeons le monde, en tout cas le notre, de la plus humble à la plus grande des échelles. C’est notre raison d’être et de fêter cette révolution : une nouvelle année pour changer le monde, en bien en mal, qu’importe, ces mots endossent  tant de sens que bien malin qui pourra faire mieux qu prétendre en faire le tri.

Pour beaucoup d’entre nous sans doutes la grande majorité, changer les choses veut dire  les améliorer, sortir au bout de ces 365 jours un quart avec moins d’injustice, plus de bonheur, plus de paix durable et à manger, à dormir et à lire pour tout le monde.

Moi, je vous souhaite donc pour cette nouvelle année de changer le monde en bien, que ce soit juste pour une personne, ou pour toute l’humanité, qu’importe. Je vous souhaite d’y arriver, ou d’être sur la bonne voie. Je vous souhaite que d’autres le fassent en pensant à vous et pour veiller sur vous. Je vous souhaite enfin de tenir bon toute l’année qui vient et qui ne sera pas facile et d’avoir envie de recommencer à la prochaine révolution !

Je vous aime tous très fort.

Axelle.

Sexisme, morale, rôlistes et véritable parité féministe

J’avoue, cet article aurait sa place sur le site internet du jeu de rôle les Chants de Loss, mais comme on va aborder des sujets polémiques, je vais le poster sur mon blog personnel, et simplement le partager. Honnêtement, ce que je vais raconter n’est pas nouveau et soit vous vivez dans une caverne pour ne pas l’avoir remarqué, soit vous faites partie des cons concernés en premier chef et dommage pour vous.

Pourquoi je parle du sexisme en JDR ? Ben parce qu’il y a six mois environ, je quittais un groupe de discussion Facebook célèbre, « Discussions de rôlistes » après une énieme campagne d’attaques de DDOS sur mon blog ici-présent et d’insultes/menaces en message privés de la part de quelques fâcheux membres de ce groupe. La raison de ces sympathiques attentions ? Je suis une nana dans le monde du jeu de rôle, féministe à grande gueule, trans et lesbienne (oui, je cumule) relativement célèbre suite à deux bouquins et un jeu de rôle dont je suis co-auteur, et enfin, pour mes gribouillages dont je tente de vous régaler les yeux régulièrement.

Pourquoi je vous en reparle ? Parce que récemment, dans ce groupe, le sexisme est revenu à grands pas avec son lot de bêtises ce qui m’agace profondément. Je ne m’étalerai pas sur le détail, mais bref, un pauvre gars doit encore se mordre les doigts d’avoir posé une question innocente pour trouver un JDR à sa copine.

Mais il s’avère que ces soucis de sexisme commencent à déraper dans les grandes largeurs jusqu’à une tendance marquée de vouloir moraliser le jeu de rôle dans son ensemble, suivant les pas de la moralisation faux-cul de notre bonne société 2016, entre autres sur le sujet qui fait les joies des amateurs de shitsorm : la nudité ou la tenue des personnages, la prévalence ou pas de personnages féminins dans le contenu du jeu de rôle, leur illustration, et j’en passe.

Bref, c’est comme s’il fallait d’une part effacer l’imagine féminine, et surtout sexy, de produis culturels et la rhabiller, la voiler, la faire disparaitre et d’autre part la virer des espaces visibles de la communauté du jeu de rôle :

« cachez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. » (Le tartuffe, Molière)

Mais, mes agneaux, si ça vous dérange le bulbe oculaire, pourquoi donc tout en prétendant vous soucier de féminisme, vous ne faites pas haro sur les connards bruyants de votre petit univers qui s’en donnent à cœur-joie le plaisir de discriminer et harceler toute nana qui a le malheur de ne pas leur plaire ? Je ne parle même pas d’ouvrir sa gueule, y’a plus besoin ! Il suffit qu’une question ou un sujet les concernant viennent sur le tapis, et la shitstorm est enclenchée, parfois par les mêmes qui pousseront des cris d’orfraie pour un bonnet D ou un téton dévoilé !

Ce n’est pas une défense du féminisme que vous faites, juste du moralisme de dévot hypocrite. Je dis dévot, mais on n’a même plus besoin de la religion pour être con, désormais ; j’en demande d’avance pardon à ceux de mes connaissances croyantes qui, elles, conservent l’esprit ouvert et progressiste. Ils sont peu nombreux, mais je les chérie. Vous autres, donc je parle, par contre, permettez-moi de vous vomir. Votre combat n’a rien à voir avec le féminisme, comme je le rappelle avec forces exemples sur cet article-là. Non, votre combat, c’est gommer la femme et la faire disparaitre de l’espace publique que vous occupez.

Y compris donc dans le monde du jeu de rôle. C’est vrai que je vous comprends : on vous envahit inéluctablement et votre pré-carré se réduit comme peau de chagrin d’année en année. Vous êtes peu nombreux, alors vous augmentez le bruit, la fureur et la haine. Et le spectateur qui n’est guère au courant regarde cela et laisse faire, sans savoir que ces espaces de discussion et d’échange deviennent parfois des enfers pour tout ce qui ressemble à une nana –j’ose pas faire remarquer que c’est encore pire pour les gays et autres LGBT, c’est l’évidence même : le sexisme n’est que l’avant-garde de la haine de tout ce qui est différent de la norme mâle hétérosexuelle. Quand on crache à la gueule des femmes, on n’a pas de raison de ne pas faire pire sur les pédés.

Dans quelques mois sortira en boutique les Chants de Loss, le jeu de rôle. Univers complexe et uchronique inspiré de la Renaissance mais aussi un peu de l’Inquisition, où l’égalité n’existe pas, où le sexisme est une saloperie qui tombe en permanence sur les femmes, ou l’esclavage sexuelle est carrément une tradition considérée comme un art, où les femmes pour être libres doivent se battre, dans le sens premier du terme. Un jeu avec des illustrations faites de ma mimine, où il y a des nanas peu vêtues ou à poil.

Les romans ont été très bien accueillies mais m’ont valu d’une minorité de connards (et de connasses aussi hein, ne croyez pas que le sexisme et le moralisme sont dans le camp unique des porteurs de testicules) des attaques haineuses, rarement sous forme de commentaires publiques (le courage a ses limites) mais le plus souvent par email, messages privés, ou encore organisation d’attaque de DDOS sur mes blogs.

Je m’attends à pareil quand le jeu va sortir. En pire.

Mais une décision unilatérale a été prise pour le jeu de rôle et son contenu visuel. Nous ne nous censurerons en RIEN ! Vous ne voulez pas voir de nanas peu vêtues ? Ne l’achetez pas. Par contre et parce que c’est la logique même pour nous et qu’il n’y a pas de raisons, nous allons appliquer une règle de parité : chaque personnage dévêtu femelle appelle un équivalent mâle. Une pépée sexy donnera lieu à un bel éphèbe. A une nana en armure se verra répondre un mec en armure, etc. Il y en aura pour tous les gouts, y compris des gays. Mais aussi des moches, des gros, des heureux, des tristes, des parfaits, des malfoutus, des noirs, des jaunes des amérindiens –ha non, pas eux, pour des raisons inhérentes à cet univers, y’en a officiellement aucun, bon, ok.

Bref, dans la mesure du possible, nous appliquerons une parité dont le but est d’offrir pour tout le monde et tous les goûts. Ce n’est pas facile ! Moins que d’habiller toutes les meufs à poil et les effacer. Mais c’est immensément plus généreux, et moins faux-cul !

Maintenant, si vous voulez comprendre vraiment pourquoi ce choix, lisez l’article qui suit :

Le féminisme, by Psychée, en quelques mots

 

Les Chants de Loss, tome 2, Mélisaren, édité et disponible et le tome 1 réédité ! — Les Chants de Loss, le Jeu de Rôle

Il aura fallu deux ans, quelques centaines de litres de café et quelques milliers d’heures de rédaction, la prise de centaines de pages de notes, quelques centaines de discussions par email et messagerie et, pour ma part, bien des nuits blanches et des angoisses aussi, pour arriver à achever les 536 pages du tome 2.…

via Les Chants de Loss, tome 2, Mélisaren, édité et disponible et le tome 1 réédité ! — Les Chants de Loss, le Jeu de Rôle

Tribute to/ une dédicace à : Stjepan Šejic

(version française ci-dessous)

Three years ago, I discovered Stjepan Šejic and Sunstone, his comic book. His beautiful lines, his incredible talent, his other creations (Death Vigil, Rat Queen)… I was under his spell.

Two years ago, I decided to learn drawing from scratch. One more time. Stjepan Šejic became my role model. Not because I wanted to draw as he did. But because I wanted to reach his level someday.

For two long years, I had to learn everything again. Drop my habits, forget the way I used to draw, rediscover everything. I avidly watched the way Stjepan Šejic was working. Not just him, but mostly him. And several times, as I watched his tutorial videos, tears welled up in my eyes. As they do now.

I never backed down, and God knows I’m not gifted, and my health tried to stop me. I lost hope, often, I stopped trying, sometimes for weeks.

But yesterday, I tried once again. Slowly, I had learnt and actually progressed. And finally, all this work has paid off. Of course, I’m still far from my model. But it doesn’t matter. I was finally able to put into a single illustration what I wanted so much two years ago.

I want to dedicate those words to the one who made it all possible. Stjepan Šejic, thank you, from the bottom of my heart.

***

Il y a trois ans, je découvrais Stjepan Šejic et Sunstone. Son trait merveilleux, son talent incroyable et toutes ses autres œuvres (Death Vigil, Rat Queens). J’étais sous le charme.

Il y a deux ans, je décidais de réapprendre totalement à dessiner. Stjepan Šejic devint mon modèle. Pas parce que je voulais faire comme lui. Seulement parce que je voulais arriver un jour à parvenir à un petit peu de sa qualité.

Durant deux ans, j’ai du tout réapprendre. Et perdre mes habitudes, mon trait, tout redécouvrir. J’ai regardé avidement comment Stjepan Šejic travaillait. Pas que lui, bien sûr mais surtout lui. J’ai souvent pleuré d’émotion, comme j’ai des larmes aux yeux maintenant en écrivant, à regarder son talent dans ses quelques videos de travail.

Je n’ai jamais renoncé et dieu sait que je ne suis pas très douée et que souvent ma santé m’a freiné. J’ai souvent été démoralisée, parfois j’ai arrêté d’essayer, pendant des semaines.

Et hier, j’ai encore essayé. Pas à pas, j’ai progressé et appris. Et enfin, tout cet apprentissage est parvenu à ce que je rêvais de faire depuis deux ans. Ho, je suis si loin encore de ce modèle. Mais ce n’est pas grave. J’ai réussi à mettre dans une illustration tout ce que je rêvais de faire il y a deux ans.

Je dédie ceci à celui qui m’a permis d’y réussir : Stjepan Šejic, merci, de tout mon coeur.

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Et un gif animé avec toutes les étapes/ a animetad gif with steps :

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Et les deux films des débuts de la colo/ two making video :

 

Chapitre 1- L’Astrolabe — Les Chants de Loss

Il regardait son père gisant au sol, le corps encore secoué de spasmes mous comme une marionnette ridicule qu’on eut secouée par ses fils. Le large poignard était fiché en travers de sa nuque et la lame avait percé la boite crânienne jusqu’à ressortir par le palais. Le sang coulait en flot de la bouche…

via Chapitre 1- L’Astrolabe — Les Chants de Loss

Qui m’a inspiré au long de ma (petite) carrière d’illustratrice, part 2 sur 2

Donc suite de l’histoire de mes inspirations en illustration et nous nous en étions arrêté à mes 21-22 ans. Nous allons aller des années 90 à 2016. Vous verrez, y’a des trous assez importants dans la chronologie. C’est ceux où je n’avais guère le temps de m’intéresser à des inspirations et influences, parce que faut bien bosser pour vivre et que j’ai toujours eu une vie mouvementée.

Mais donc : on est en 1991 et personne en Europe ne connait celui qui va devenir une légende mondiale du film d’animation : Miyazaki. C’est là que je vais plonger dans le cinéma d’animation et le manga japonais, hors des sentiers battus, alors même que quasi personne à l’époque ne sait bien ce qui se crée au japon et que les premières boutiques de mangas et d’animés pointent juste timidement leur nez en Europe.

Un ami, un soir de discussion alors que je dessine une bière à la main, me montre, sur une VHS pourrave, un dessin animé étrange en japonais, sans sous-titre, dans un univers totalement barré mettant en scène une fille-guerrière vêtue de bleue et son aile volante à réacteur. Je ne comprends que très peu l’histoire, mais j’en pleure d’émotion comme une gosse.

Je venais de voir Nausicaä de la Vallée du Vent.  Je plongeais sans filet dans le plus prodigieux de l’univers visuel et cinématographique du manga par la plus grande et puissante des portes. A ce stade, c’était un gouffre. Je venais de voir le premier film de Miyazaki à quitter le Japon. Je ne m’en suis jamais remise.

Bon… qu’en dire ? Que je ne connais quasi personne qui n’ai pas été marqué par le génie du plus grand réalisateur contemporain de films d’animations, que j’ai dévoré ses artbooks, les livres parlant de son travail, le manga Nausicaä, incroyable de puissance, de style, de richesse et de profondeur ? Que j’en suis toujours profondément fan et qu’il est une des personnes vivantes sur cette planète que je respecte le plus ? Oui, tout est, en fait, dit. Miyazaki ne m’a rien apporté du point de vue technique en détail. Il m’a juste ouvert les yeux au point où, avant lui, je pense que culturellement, j’étais myope comme une vieille taupe. C’est aussi simple que cela.

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Et justement, alors que je me débats pour aller de petit boulot en petit boulot parce que sans trois tonnes de diplômes, ma médiocre compétence à dessiner des mickeys divers ne vaut rien, je commence à chercher des références essentielles dans tout ce qui est produit en bande dessinée. Finie la limite du franco-belge et des comics et manga de kiosque à tabac. Je cherche dans les boutiques spécialisées –rappel : 1991-1992… internet zeubi- et je tombe sur Watchmen de Moore et Gibbons.

Le comics, c’est le comics. J’aimais bien quand j’étais gosse. Et puis à force, ils se ressemblaient tous, au moins par le contenu si ce n’est pas le scénario et les dessins. Mais Watchmen : je prends une claque monstre. Je réalise la puissance que peut avoir la narration d’un scénario aussi mature, aussi bien pensé, la puissance d’une narration visuelle maitrisée sur des bases incroyablement classiques, et pourtant rendues novatrices au possible. J’ai changé de dimension et c’est Watchmen qui a fait de moi non plus une lectrice de produits de bédé, mais une étudiante acharnée de la narration visuelle. Encore aujourd’hui, je n’ai pas trouvé plus puissant. Juste « aussi » puissant, avec deux séries : Chroniques du 20ème Ciel et Universal War One.  Je vous en parle plus bas.

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Donc, je deviens une fan de mangas, avec cette obsession de trouver des auteurs au contenu visuel frappant ou original. En fait, il y en a plein, je ne vais pas les citer ici, plein de gens en parlent mieux que moi. Moi je vais parler de coups de cœurs : au milieu de ma recherche, donc, je tombe sur deux trucs qui, pour deux raisons bien différentes bien qu’à la base pour leurs visuels, vont m’inspirer énormément, j’en ai plusieurs artoooks :

Video Girl Aï, de Masakazu Katsura. L’auteur est connu en France pour avoir commis Wingman dont le dessin animé ne vole guère plus haut que sa bédé. En fait, avant et après Video Girl Aï, Katsura n’a jamais rien fait vraiment digne d’intérêt. Mais par contre visuellement, ça dépote souvent, une série d’OAV nommée Iria est un bonheur d’inspiration SF et de travail de qualité. Il a pourtant eu un trait de génie dans un manga en 15 volumes. Je vous ai dit que ma première grande émotion suscitée par de la bédé était Les Passagers du Vents, de Bourgeon ? La seconde, c’est Video Girl Aï, surtout dans deux chapitres de deux des volumes. En fait, j’en ai pleuré. Au point de devoir arrêter de lire parce que les larmes, ce n’est pas pratique. Il s’avère que j’ai prêté ces volumes pour faire l’expérience… ben j’ai pas du tout été la seule à chialer, et des mecs aussi, croyez-moi !

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Chirality, de Satoshi Urushihara. L’auteur est très connu pour son thème et ses pépées dévêtues particulièrement sexy et plusieurs animé sont de son character-design ou tirés de ses mangas. Honnêtement, en général, coté scénar et mise en scène, c’est médiocre. Mais Chirality est un coup de cœur pour lequel je serai totalement et absolument subjective de manière assumée à donf. J’adore cette histoire de SF post-apocalyptique autour d’une romance entre deux femmes, qui dure juste le bon nombre d’albums pour pas traîner dans la longueur, et qui ose des scènes érotiques entre femmes d’une finesse et d’une beauté qui me perçait le cœur. Bon, c’est quand même très fan-service, mais si je devais conseiller un truc de lui, il n’y aurait que cela. Sa manière de simplifier certains traits, de choisir certains points de vue très détaillés, d’oser parfois s’enfoncer dans le gore visuel, m’a beaucoup inspiré, même si j’en suis revenue depuis longtemps.

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Entre la fin des années 90 et 2005, je bouge beaucoup et ma vie devient assez intéressante, au sens chinois du terme. Bref, je n’ai plus le temps ou l’occasion de trouver des inspirations qui me marquent, même alors que je bosse à un moment en design artistique pour des jeux videos. Durant ce temps, à Paris, je me fais quand même le plaisir d’aller suivre les cours de cinéma de Douchet et de me former à la scénarisation visuelle toute seule comme une grande. Et puis, en allant fureter un soir dans une librairie, je tombe sur deux trucs qui me frappent vraiment et je repars avec :

Chroniques du XXeme Ciel, d’Yslaire. C’est la notion de graphic novel pris au pied de la lettre. Travail d’illustration, d’arts visuels, de graphisme, de design, de narration intime très aboutie, c’est un alien visuel et dramatique dans le monde de la bande dessinée, presque impossible à décrire. Sauf à vous dire : c’est génial et c’est un incroyable boulot à la puissance visuelle époustouflante. Là encore, c’est prendre une leçon sur comment casser les codes narratifs classiques pour les réécrire totalement. C’est en soit une œuvre d’art avant-gardiste, autant qu’une bédé au sujet formidable.

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Universal War One… bon là, Denis Bajram va apprendre que je suis VRAIMENT une de ses fans et que sa bédé m’a énormément marquée. Pas tant sur le design des personnages, mais sur sa maitrise des noirs et des lumières, sur son méchadesign tellement maitrisé, sur sa SF d’anticipation cohérente à la plus grande minutie… et enfin pour la perfection de son scénario hautement casse-gueule (parce que paradoxes temporels et théories sur la gravitation, tout ce qu’il faut pour se casser la figure dans une histoire). Oui, je suis fan. Ma compagne encore plus que moi. Mais plus que fan, j’ai entraperçu à cette époque une manière de travailler, de repenser mon travail, de réapprendre le dessin. C’était trop tôt et je n’ai commencé que quelques années après. Mais à ce moment-là, j’ai rouvert les UW1 ; et ils font partie de mes modèles quand je me demande : « merde, comment je vais encrer ça, moi ? »

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Et puis, il y a quatre ans… Entretemps, j’ai dû renoncer à un projet de bédé scénarisé par Lendraste dans le monde de Ryzom pour cause de… oui bon résumons, on nous a baisé, mais nous ne fûmes que des dégâts collatéraux et notre travail n’a été que l’une des choses qui ont coulés ce jour-là, y compris la boite qui gérait ce MMORPG à l’époque. Plus tard, je tentais de lancer un autre projet, mais je n’arrivais pas à avoir un niveau suffisant, il y avait trop longtemps que je ne dessinais plus, je devais aussi trouver du boulot, second projet avorté.

C’est en 2014 que je reprends vraiment mon métier d’illustratrice, tout en commençant à écrire Les Chants de Loss. Et là, je décide sérieusement de réapprendre à dessiner. Mais sur quelles bases ? Si j’ai des modèles qui m’interpellent pour le noir et blanc (Elmore, Vallero et surtout Frazetta et ses planches de Conan), je commence à fureter du côté de Deviant Art et des quelques artistes de haute volée qui y postent leurs œuvres.

Et celui qui va être celui qui va le plus me motiver, qui va servir de norme, de guide de niveau à atteindre en quelque sorte, tout en sachant que je le l’atteindrais pas, mais c’est pas grave, c’est Stjepan Šejić avec Sunstone. Bon, ai-je encore besoin de vous en parler ? Je partage ses postes Facebook, j’ai écrit des articles sur lui, je vous montre souvent son travail… Stjepan Šejić est surtout un monstre de travail. Etudier la manière dont il bosse, dont il partage quelques vidéos, mais aussi réaliser son incroyable productivité, m’a tout simplement donné la piste que je suis depuis pour réapprendre à dessiner…

Et puis… Sunstone. Rien vu d’aussi intelligent, matûre, drôle, beau, magnifique en matière de quelque bédé que ce soit, sur le thème du BDSM. Lisez-là, vous saurez pourquoi.

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Et puis, il y en a d’autres, mais je vous en montre ici deux à aller découvrir, de ceux qui me donnent de grosses leçons de travail, d’humilité aussi, mais encore d’engouement et de persévérance :

Marko Djurdjevic, illustrateur de Degenenesis :

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Artgerm, auteur de comics et professeur d’arts plastiques :

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Qui m’a inspiré au long de ma (petite) carrière d’illustratrice, part 1 sur 2

On ne dessine pas, on ne peint pas, on ne progresse pas sans inspirations dont on prend modèle. En fait, une grande partie de nos goûts eux-mêmes ne se forgent pas par des choix, mais par les hasards de ce qui nous influence. Hé non, vous n’avez pas choisi d’aimer ceci plutôt que cela. C’est l’influence d’éléments culturel au long de votre développement cognitif, puis à l’âge adulte en fonction de votre plasticité cérébrale et de vos expériences socio-culturelles qui affecte vos préférences, vos penchants, vos inspirations. Vos choix propres ne sont que le reflet de ces influences. Hé non, encore… on n’est jamais libres. Suffit d’avoir fait un peu de pub pour le savoir et le comprendre très vite !

Avant toute chose et c’est un élément à retenir, si j’ai choisi et commencé de faire de l’art ma vie professionnelle alors que je n’avais que 15 ans, la vie, justement, n’a pas exactement été enthousiaste avec le fait que je poursuive cette idée. Je n’ai donc fait de l’art et de l’illustration que pendant une grosse dizaine d’année (et encore…) sur les 30 ans entre cette décision et le moment où je tape ces lignes. Le reste du temps, j’ai pratiqué toute sortes de métiers et effectué toutes sortes de formations. J’en retiens surtout la pub, la communication visuelle, le travail social et la direction artistique. Bref…. Tout ça pour dire que y’a des trous béants dans ma propre culture et mes inspirations d’artiste. Et puis je commence à avoir le syndrome de la vieille conne sans télé dans sa caverne : c’est-à-dire que par exemple, le plus souvent si on me parle de trucs animés qui passent à la télé ou des derniers mangas ou comics à la mode… je suis paumée et j’en ai même jamais entendu parler !

Mais donc… Ouais donc j’ai commencé à 15 ans et mes premières inspirations à dessiner entre 15 et 20 ans ont commencé avec six auteurs d’un côté… et Récré A2 de l’autre et les émissions de dessins animés pour enfants qui se lâchaient sur les animés japonais. Parce que Albator. Parce que Chevaliers du Zodiaque. Parce que Les Merveilleuses Cités d’Or. Parce que Ulysse 31, ou encore Cobra ou Il était une fois l’Espace. Vous noterez très vite que j’ai aucunes inspirations classiques en art. Ce n’est pas vrai car je voue une admiration sans borne à Magritte, Dürer, Dali, Mucha et Rembrandt ; mais ce n’est pas de là que j’ai pris des modèles au départ.

Et puis, après le passage où, gamine, je cherchais qui « copier » pour gribouiller et comment faire des choses toute seule, j’ai commencé à acheter des artbooks, des bédés et des mangas non pour les lire, mais les étudier tandis que je prenais des cours pénibles d’anatomie artistique avec un de mes ainés et génie du dessin classique à l’époque, Michel-Ange Poggi (oui, son prénom l’a inspiré).

Le premier de ces auteurs c’était Seron, dessinateur des Petits Hommes. Parce que SF. Parce que style très franco-belge et pas mal influencé par Franquin. Parce que méchadesigns à tous les étages. Et parce que SF : je l’ai déjà dit mais vous allez réaliser que c’est un peu un leitmotiv pour moi. Sauf que quand on t’apprend le dessin réaliste et l’anatomie artistique, Seron est un modèle un peu limité. Ça n’a donc pas duré, mais ça m’a quand même beaucoup influencée dès le départ.

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Et juste après, il y a Roger Leloup et les Yoko Tsuno. Haaa, les aventures spatiales avec les vinéens. J’ai toujours dit que si Roger Leloup avait eu un vrai bon scénariste qui le suive dans ses idées, ce serait une des plus grandes séries de bédé de tous les temps. C’est son point faible. Mais moi, c’était encore une fois en premier lieu dans le méchadesign contemporain et de SF que je cherchais mes inspirations, mais aussi dans les énormes évolutions du dessin de l’auteur que je nourrissais ma propre motivation. Et puis… la quasi première série de bédé féministe mettant en scène un personnage fort jamais caricaturé ! Forcément que je ne pouvais que l’aimer !

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Ensuite vient Rahan, dessiné par André Chéret. Parce que mouvements ! Parce que encrages magnifiques ! Parce que anatomie maitrisée ! Parce que cadrages qui pètent ! Rahan, c’est le dessin d’un français qui rencontre le pulp  et le comics américain des années 70 et qui décide de tout exploser pour en extraire sa propre patte unique. Des années plus tard, André Chéret est devenu mon « papa » en dessin…On s’est écrit plusieurs fois, il m’a donné des conseils uniques, j’ai pu le rencontrer et son travail m’a servi de norme de ma propre qualité. Sans cette rencontre, j’aurais jamais jeté tout ce que j’ai fait en dessin pour tout recommencer et réapprendre à dessiner, avec un enthousiasme et un acharnement que vous constatez encore.

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Au passage, j’ai lu Les Passagers du Vent de Bourgeon. Et ça a laissé des traces, surtout dans ma façon de penser ce qu’est le récit. Déjà parce que c’est la première fois que des cases de bédé me filaient la nausée et un vrai mal-être, c’est-à-dire une puissante transmission d’émotion, mais aussi parce que c’est la première bédé adulte avec un sujet de fond aussi grave que je lisais. Elle m’a amplement faire remonter mon niveau de recherche et de considération de la bande dessinée.

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Et c’est là, à peu près vers mes 18 ans, qu’arrive le manga en librairie. Et que je peux lire et étudier deux monstres qui vont me marquer à jamais : Katsuhiro Ōtomo et Masamune Shirow. Je n’ai quasi eu aucun intérêt, à part poli, pour tout le reste de l’époque ! Il faudra attendre que j’ai 21-22 ans pour prendre ma seconde claque nipponne. La première vient de ces deux-là.

La baffe n’a pas tellement duré avec Otomo. Il a un style tel que, sauf de l’admiration et la prise de conscience que ce gars avait tout un studio derrière lui pour travailler les décors, les mises en scènes, les encrages de ces planches, je n’en ai pas extrait grand-chose si ce n’est la découverte, avec respect, considération et intérêt, qu’au Pays du Soleil Levant y’avait des monstres de la bédé faisant bien autre chose que des aventures pour gosses et adolescents pas toujours bien dessinées. D’otomo, j’ai d’ailleurs été bien plus frappée par Rêves d’Enfants que par Akira. Si vous ne connaissez pas, foncez !

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Par contre Masamune Shirow….

J’ai des posters de ses œuvres dont un dans mon bureau, juste pour me rappeler que j’arrive doucement à faire ce que je considère de « même qualité » que son travail. J’ai tous ses artbooks (oui, même ceux de cul), pratiquement tous ses albums. Pourquoi lui, pourquoi à ce point ? Pour Appleseed. Et, non, pas pour Ghost In The Shell, dont je préfère largement le magnifique et unique film d’animation de Mamoru Oshii (qui n’a pas pris une ride depuis 1995). Une sorte de claque scénaristique gigantesque, aussi violente que la baffe que je prenais en architecture, mechadesign, composition, mouvement et rythme visuel. Etrangement, je n’ai plus ouvert ses artbooks et ses bédés depuis 3-4 ans. Je pense que mes références ont grandement changées. Mon admiration et mon respect, eux, restent intacts. Et quand j’ai envie de rebosser du méchadesign, il reste toujours une inspiration énorme.

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J’ai donc 20 ans, on est en 1991, je me suis pris des claques visuelles remarquables. Mais c’est loin d’être fini. Je n’ai pas encore entendu parler de Miyazaki et je n’ai encore jamais croisé le travail de Moore et Gibbons pour Watchmen. Ça va changer et ça va me frapper encore plus fort et pour longtemps.

Ce sera pour l’article suivant, qui arrive ce soir  !