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Voilà pourquoi je célèbre le 8 Mars chaque année.

Le 8 Mars est la journée Internationale des Droits des Femmes. Comme il y a la journée des Droits des Enfants, de la Lutte contre le Cancer ou encore la Journée de la Terre.

Parce qu’on est bien forcé de choisir des dates pour rappeler souvent des évidences qui ne devraient pas en avoir besoin. Comme par exemple que les droits des femmes, ben on est encore très loin d’avoir fait de ce principe une réalité acceptée et consensuelle. Parce que pour le moment, c’est des droits qu’on viole autant qu’on viole les femmes, parfois sans même s’en cacher et sans honte. Les Droits des Femmes est un combat qui dure depuis 130 ans, et en ce moment, c’est un combat qui saigne, un combat à mort. Un combat à l’issue incertaine, parce qu’en ce moment, c’est l’Internationale des réac’, des rétrogrades, des sexistes et des alt-right, qui se gonflent de leurs victoires de par le monde, et surtout la plus belle : Trump, leur parfait modèle, président. Le droit de discriminer, c’est leur combat. Le droit d’humilier et écraser les femmes pour en faire des animaux inférieurs qu’ils sont persuadés qu’elles sont, c’est leur credo.Et bien sûr, ce n’est que la partie la plus visible de leur lutte. Celui qui discrimine les femmes ne va pas se gêner avec les trans et les pédés, avec les noirs et les arabes.

C’est l’Internationale du suprématisme blanc à couilles, le seul être qui compte sur cette planète à leurs yeux. Et ô joie, leur pire ennemi est le suprématisme musulman extrémiste, qui pense exactement pareil, a exactement les mêmes idées, la même violence… sauf qu’en ce moment, un groupuscule monstrueux s’est donné le droit et les moyens de faire étalage de ses idées de civilisation à coup d’esclavage, de massacre, de viols et de religions. Du pain béni pour les potes à Trump, Le Pen, Fillon. Du pain béni pour écraser tous les droits, y compris les plus inacceptables de tous pour eux : le droit des femmes à ouvrir leur gueule à égalité avec eux.

Le féminisme est un humanisme. C’est le même combat. Voici ma manière de le raconter :

Je suis féministe. Et là, je viens d’enfoncer une porte ouverte.

Mais si je le dis, c’est pour aller au-delà d’un mot dans lequel on fourre tout et son contraire avec une rigueur dans la régularité de l’ignorance qui force presque le respect. Je veux dire par là que j’ai vu coller aussi bien comme féministes les mouvements pro-droit de vote des femmes, que les MLF, les Chiennes de Garde, les gynarchistes, les mouvements réactionnaires et religieux modernes, les courants racistes et à peu près autant de variantes que de partis politiques ; arrêtez, j’ai mal à la tête.

Je suis féministe est une expression qui devrait, pour ma part, ne rien vouloir dire dans un monde idéal : un monde qui aurait atteint l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. C’est la définition la plus encyclopédique du terme, la plus générique et la plus consensuelle. La plus claire aussi.

On en est très loin. Je ne suis donc pas féministe ; je suis militante féministe. Je bataille, dénonce, éduque, informe, alerte dans le but d’atteindre à cette égalité, que je souhaite pour tous les êtres. L’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique devrait être une évidence acquise pour tous les êtres humains, quel que soit leur naissance, leur origine, leur genre et leur sexualité.

Compris ?

Oui ?

Ouais, ben non.

En 1949, Simone de Beauvoir écrivait Le Deuxième Sexe, essai en deux tomes, un brûlot qui mis le feu à la société européenne et américaine en moins d’un an, et fut même mis à l’index par le Vatican. Que contenait ce livre ? La description d’une société machiste, sexiste et patriarcale maintenant la femme en posture d’infériorité, analysé à travers l’histoire répétée des civilisations ; il expliquait surtout, inspiré par la philosophie existentialiste de son auteure, qu’il n’y a pas de déterminisme et que c’est la société qui conditionne la place de la femme, non sa nature. Ce livre est devenue la bible des mouvements féministes des années 60 et jusqu’aux années 80. Simone de Beauvoir a enfoncé une porte blindée et l’a démolie pour laisser passer tous les courants et toutes les aspirations féministes à cette égalité dont je parle plus haut. Et puis elle s’est éteinte en 1986. Le mouvement, lui, a tenu bon.

Enfin, c’est ce qu’on croit, en 2016. La plus importante citation de cette grande féministe, que son père décrivait en disant : « ma fille a un cerveau d’homme », est celle-ci : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Depuis quelques années on est en plein dedans. Et depuis quelques années, jamais plus fort ne s’est fait entendre cette sentence merdique comme une négation de l’intelligence : « mais y’en a marre du féminisme, y’a des choses plus graves dans le monde. »

Simone de Beauvoir doit tellement se retourner dans sa tombe en ce moment qu’en y mettant une dynamo, on devrait pouvoir éclairer tout Paris. Ho, soyons clairs, le refus de l’intelligence ne frappe pas que ce sujet ! La caractéristique étrange d’Internet est de diffuser la bêtise incommensurablement plus vite qu’il n’y diffuse de l’intelligence. En ce moment, la pensée raisonnée, la réflexion posée, les principes les plus élémentaires de la philosophie et de l’esprit éclairé, tout le monde s’en tape le fion. Pour la citer encore, Simone de Beauvoir résumait dans les années 60 : « Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir. ». Internet devait être un formidable outil culturel. Il est une machine à se dispenser de penser.

L’égalité des droits, des devoirs et du respect pour les femmes est une lutte pour l’égalité de tous les êtres. Mon combat personnel pour le faire progresser englobe la lutte pour les droits des minorités, des peuples de toutes les couleurs, de tous les genres et de toutes les sexualités. Je ne peux pas être selon moi féministe et me déclarer raciste ou admettre sans me coller la pire des hontes de faux-cul être homophobe. C’est un tout. C’est un concept général englobant une seule pensée : le progrès du droit et du respect dévolu à tous les êtres humains. Et cette lutte pour ces droits file une trouille bleue à ceux qui ont besoin de se sentir avoir un pouvoir, être supérieurs : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. » Mais cela fonctionne aussi pour les racistes, les homophobes, les réactionnaires de tous bords. Cela fonctionne pour tous ces groupes humains dominés par des hommes, et ce même si la bêtise s’étend aussi à des représentants féminins se vautrant avec délectation dans l’idée d’un groupe humain qui asservirait tous les autres. Mais pas elles… jamais, elles… elles n’y pensent pas, puisqu’elles sont du côté du pouvoir ; elles n’ont rien à craindre, sans jamais réaliser que si un jour ce pouvoir redevient dominant, elles retourneront à la cuisine et au linge comme toute femme soumise qui se respecte.

Rien n’est acquis et la réalité quotidienne le rappelle abondamment. L’esclavage sexuel a bondi de 20% en trois ans dans le monde, les inégalités salariales entre hommes et femmes ont recommencés à se creuser depuis 2008, le nombre d’agressions sexuelles et de viols sur les femmes a connu des pics brutaux de 4 à 8% depuis ces 5 dernières années partout dans le monde, le féminicide est devenu endémique dans des régions entières du monde, le fait d’être enceinte et accoucher est devenu une raison de trouver toutes les excuses pour renvoyer une salariée de son poste, la parité dans le monde patronale ou politique reste dans la plupart des pays une vaste blague, les mouvements religieux et réactionnaires font feu de tout bois contre le planning familial, la contraception, l’avortement, les relations libres et le mariage pour tous. Et la liste n’est pas exhaustive !

Et vous en avez marre d’entendre les féministes ? Mais vous devriez comprendre pourquoi elles se battent en ce moment avec tant de véhémence, non ?

Cependant, vous avez raison, d’en avoir parfois marre. Mais vous vous trompez de colère. Car les plus bruyants de ces mouvements ne sont pas féministes. Et je les subis moi-même, ces groupes prétendus féministes voulant dicter ce qu’une femme (et un homme !) doit montrer d’elle ou pas, ce qu’elle doit porter ou pas, ce qu’elle doit dire ou pas, ce qu’elle a le droit de faire ou pas. Ce ne sont pas des féministes. Ils ne luttent pas pour une égalité et des droits égaux pour tous les êtres. Ils luttent pour imposer une vision fermée et restrictive. Le mouvement féministe est éminemment inclusif. Il est ouvert et permet, il ne doit pas interdire et limiter. Depuis quand le féministe et l’érotisme ne peuvent aller de pair ? Depuis quand être un mannequin, une actrice, un modèle photo amateur dénudé est-il anti-féministe ? Parce que cela dégrade l’image du corps de la femme, prétendront ces mouvements ? Hey, les arriérés, c’est son corps, à la femme, c’est sa liberté d’en faire ce qu’elle veut si on ne l’y contraint pas ! C’est tout aussi débile et avilissant que les mouvements culturels et publicitaires qui formatent des images figées, idéalisées et totalement fantasmées de la femme. Ces individus et ces mouvements jugent et condamnent hors de tout contexte, hors du concept même que, dans la liberté à chacun d’être, il y a celles des femmes de pouvoir s’afficher quand elles le veulent et comme elles le veulent.

Je suis militante féministe parce que pour ne pas avoir peur de sortir dans la rue, je dois veiller à ce que je vais porter et où aller, comme la plupart des femmes. Je suis militante féministe parce qu’on m’a déjà trop souvent proposé de me payer moins cher que le même taff effectué par un mec. Je suis militante féministe parce que j’ai été harcelée sur ma nature de femme, harcelée sexuellement, agressée sexuellement, violée. Je suis militante féministe parce que chaque personne que je convaincs de la logique même de ce combat qui finalement concerne tous les êtres humains, et pas juste les femmes, est une personne de moins qui fera à d’autres ce que j’ai subi.

Pour achever cette histoire d’une lutte féministe qui est en train de rendre les armes de l’intérieur et sans le savoir, passé les années 2000 un revirement eut lieu en occident, mené par une réinterprétation des courants féministes radicales différencialistes et anarcho-féministes des années 70 et 80. Plutôt que de penser, théoriser, éduquer et transmettre, de cette réinterprétation ignarde naquit l’idée qu’il fallait imposer une norme féministe. C’est-à-dire dénoncer et tenter de faire interdire tout ce qui pouvait, selon leurs critères, être antiféministe. Tu te maquilles, tu aimes les jupes et les bas ? Tu es sous le joug de l’autorité machiste. Tu aimes le rose et les dessous de dentelle ? Tu te prostitue à la cause patriarcale. Tu t’épile et tu te parfume ? Tu sers la cause de la domination des hommes violeurs. Tu aimes la galanterie masculine et respecte leur virilité ? Tu es leur esclave ! Je ne vous dis même pas alors dessiner des personnages féminins érotiques et aimer l’érotisme dans l’art, la littérature et l’image ! Ce mouvement est devenu la référence, aussi bien pour ceux qui confondent asservissement à des normes et libération de la femme, que pour ceux qui dénoncent le féminisme. Cette idée minoritaire, stupide, qui n’a rien à voir avec la lutte féministe, sauf à la marge, est devenu le plus médiatisé, le plus bruyant, le plus connu. Il est devenu la référence car il impose et donne des normes. Il n’explique rien, il n’éduque pas, il ne propose pas d’évolutions et de solutions :  il dénonce, il impose, il juge et hurle à coup de slogans et d’injures. Il ressemble exactement à ce qui fonctionne le mieux sur Internet pour qui préfère brader sa capacité de penser que tenter de sauver un peu de réflexion de fond : le bruit.

C’est alors ce combat pour imposer d’autres carcans au femmes, au total contraire de la lutte pour la liberté que confère l’égalité en toutes choses entre hommes et femme, qui est devenu la référence honnie ou légitime –l’admettre me fait tellement mal au cul que je hululerai bien d’ici à Genève- de ce que beaucoup de gens, avec une régularité de métronome dans la répétition de l’erreur, appellent le « féminisme ».

Ce n’en est pas. Ce n’est qu’une autre forme de tyrannie sur les corps, les esprits, les choix et les désirs des femmes. C’est de la pudibonderie réactionnaire cachée sous un autre mot. Les groupement religieux et d’extrême-droit ne s’y sont pas trompés. Reprenant ces thèses pourtant d’origine de mouvement très à gauche, ils les font leur quand il s’agit de trouver un combat féministe débile leur assurant un bon audimat. Et l’idée, le concept, la lutte, la définition écrite en 1949 par Simone de Beauvoir, héritière des luttes féministes de toute la première moitié du 20ème siècle et avant, se noie dans un salmigondis de slogans et de règles qui, en fait, ne servent qu’une seule chose : la pérennité d’une société patriarcale décidant des normes et de la place de la femme. Cet antiféministe qui se dit féministe ne sert qu’à fournir du grain à moudre à tous les plus salopards des partisans d’un retour au sexisme et à la négation des droits et liberté de la femme dans le but de fonder une société où tous les êtres seraient libres et égaux. Ce mouvement qui impose tant d’interdit ne fait que nourrir le conflit hommes-femmes en donnant l’illusion que les secondes veulent prendre le pouvoir sur les premiers et tuer l’essence de ce qui fait un mâle, quand justement le féminisme ne demande qu’égalité et respect de chacun. Ces pseudo-féministes se trompent de combat, ils dévoient leur cause en croyant y apporter quelque chose qui n’est que la négation de cette cause. Et en tuent la raison d’être.

Parmi toutes les raisons que ces pseudo-féministes, qui n’en ont que la couleur, ont de me mettre à l’index et me juger, je suis pratiquante et amatrices des activités sado-masochistes (BDSM), une paraphilie sexuelle dont la règle d’or est la consensualité et le respect. Bien sûr que d’une part y’a des dérives merdiques. Forcément, y’a du cul et tous les dérapages dont les hommes (et les femmes) sont capables dès qu’on cause de sexe. Bien sûr que d’autres part il y a des activités humiliantes, voire dégradantes dans ces jeux érotiques un peu pervers. Mais il y aussi une règle d’or : rien ne doit être imposé, rien n’est accepté sans un consentement complet et éclairé et rien ne se fait sans une confiance mutuelle complète. Et bien sûr, rien ne se passe forcément tout le temps comme on veut. Mais il y a le « non » qui arrête tout. C’est uniquement dans l’image fantasmée de ces pseudo-féministes qui sont en fait des pudibond coincés à l’esprit aussi ouvert qu’un réac sortant de la messe dominicale, que ces activités ne peuvent aller de pair avec une philosophie, une lutte et un militantisme féministe.

Oui, je dessine des nus érotiques, dont certains sulfureux ! Non, je ne le fais même pas pour des raisons commerciales pour assouvir les bas instincts d’une clientèle post-adolescente. Je le fais parce que j’aime cela, d’une part, je le fais aussi parce que d’autre part j’illustre des contextes et des récits durs et cruels, en lien avec mon roman, qui parle de sexisme, de patriarcat, de société inégalitaire et esclavagiste. Je le fais pour montrer des réalités, et je le fais aussi en créant de la beauté illustrée, aussi sulfureuse et dérangeante soit-elle. Si vous êtes interpellés, c’est que j’ai réussi mon taff. Si vous me jugez sexiste et masculiniste –oui, j’y a eu droit- c’est que vous êtes con comme un balai sans manche. C’est votre droit le plus fondamental ! Mon droit à moi, c’est de vous répondre – et de vous envoyer péter.

Je suis féministe, je mourrai féministe et la lutte ne sera jamais finie. Vous n’avez donc pas fini d’en entendre parler, et je le regrette. Car j’aimerai un monde où tout ce que je viens d’écrire est derrière moi, et où tous les êtres enfin, vivent libres d’être ce qu’ils sont et veulent être sans craindre d’être agressés ou tués pour cela, traités en égaux, en respect et en droits.

PS : et le premier qui emploie le mot « fragile » pour décrire une nana, que ce soit moi ou une autre, gagne un ticket pour se faire tanner la tronche à coup d’escarpins ou de baskets, ça dépendra de ce que je porte. Je lui montrerais la fragilité de sa boite crânienne.

Une nouvelle révolution d’accomplie

Nous sommes étranges, nous humains, occidentaux et d’ailleurs. Nous aimons à compter et fêter la date où nous vieillissons d’une année, et à festoyer et ripailler pour exprimer notre satisfaction à avoir réussi une nouvelle révolution complète autour du Soleil, sur notre petite planète bleue.

Et puis, on enterre l’histoire de l’année précédente, et on espère mieux pour la suivante. Mais la même petite boule bleue fera le même circuit d’environ 1 milliard de kilomètre dans l’immensité de l’espace, autour de notre douillet Soleil, sauf anicroche qu’on préfère éviter : de celles qui mettraient abruptement fin à notre perpétuelle ronde et nos souhaits de nouvelle année.  Mais  notre planète ne s’intéresse pas au défilé de ces années. L’histoire des hommes, la Terre s’en moque ; les souhaits des hommes, elle ne les entends pas ; les gesticulations des hommes l’indiffèrent. Sans doutes râle-t-elle peut-être à nos atomes qui pètent et nous cheminées qui fument en masse, mais en fait, cela ne la regarde même pas. Ça ne va jamais arréter sa révolution et ce qui se passe à sa surface, à cette échelle de temps, lui est totalement vain.

Nous sommes des fourmis  déconnant sur des tas de sable. Nous nous croyons des géants- je suis sûr que les fourmis croient l’être- mais nous sommes minuscules et fugaces. Même notre espèce l’est toute entière : apparue y’a quoi ? 100 000 ans ?…  Qui a développée un semblant de civilisation depuis, allez,  à peine une glaciation ?… Une paille à l’échelle de la vie, du temps, du cosmos. Un battement de paupière et un demi-bâillement pour la bonne grosse Terre qui poursuit sa révolution indifférente. Une durée de fourmis, un impact de fourmis.

Mais nous avons besoin de croire que nous changeons le monde et que nous importons. Et nous changeons le monde, en tout cas le notre, de la plus humble à la plus grande des échelles. C’est notre raison d’être et de fêter cette révolution : une nouvelle année pour changer le monde, en bien en mal, qu’importe, ces mots endossent  tant de sens que bien malin qui pourra faire mieux qu prétendre en faire le tri.

Pour beaucoup d’entre nous sans doutes la grande majorité, changer les choses veut dire  les améliorer, sortir au bout de ces 365 jours un quart avec moins d’injustice, plus de bonheur, plus de paix durable et à manger, à dormir et à lire pour tout le monde.

Moi, je vous souhaite donc pour cette nouvelle année de changer le monde en bien, que ce soit juste pour une personne, ou pour toute l’humanité, qu’importe. Je vous souhaite d’y arriver, ou d’être sur la bonne voie. Je vous souhaite que d’autres le fassent en pensant à vous et pour veiller sur vous. Je vous souhaite enfin de tenir bon toute l’année qui vient et qui ne sera pas facile et d’avoir envie de recommencer à la prochaine révolution !

Je vous aime tous très fort.

Axelle.

Sexisme, morale, rôlistes et véritable parité féministe

J’avoue, cet article aurait sa place sur le site internet du jeu de rôle les Chants de Loss, mais comme on va aborder des sujets polémiques, je vais le poster sur mon blog personnel, et simplement le partager. Honnêtement, ce que je vais raconter n’est pas nouveau et soit vous vivez dans une caverne pour ne pas l’avoir remarqué, soit vous faites partie des cons concernés en premier chef et dommage pour vous.

Pourquoi je parle du sexisme en JDR ? Ben parce qu’il y a six mois environ, je quittais un groupe de discussion Facebook célèbre, « Discussions de rôlistes » après une énieme campagne d’attaques de DDOS sur mon blog ici-présent et d’insultes/menaces en message privés de la part de quelques fâcheux membres de ce groupe. La raison de ces sympathiques attentions ? Je suis une nana dans le monde du jeu de rôle, féministe à grande gueule, trans et lesbienne (oui, je cumule) relativement célèbre suite à deux bouquins et un jeu de rôle dont je suis co-auteur, et enfin, pour mes gribouillages dont je tente de vous régaler les yeux régulièrement.

Pourquoi je vous en reparle ? Parce que récemment, dans ce groupe, le sexisme est revenu à grands pas avec son lot de bêtises ce qui m’agace profondément. Je ne m’étalerai pas sur le détail, mais bref, un pauvre gars doit encore se mordre les doigts d’avoir posé une question innocente pour trouver un JDR à sa copine.

Mais il s’avère que ces soucis de sexisme commencent à déraper dans les grandes largeurs jusqu’à une tendance marquée de vouloir moraliser le jeu de rôle dans son ensemble, suivant les pas de la moralisation faux-cul de notre bonne société 2016, entre autres sur le sujet qui fait les joies des amateurs de shitsorm : la nudité ou la tenue des personnages, la prévalence ou pas de personnages féminins dans le contenu du jeu de rôle, leur illustration, et j’en passe.

Bref, c’est comme s’il fallait d’une part effacer l’imagine féminine, et surtout sexy, de produis culturels et la rhabiller, la voiler, la faire disparaitre et d’autre part la virer des espaces visibles de la communauté du jeu de rôle :

« cachez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. » (Le tartuffe, Molière)

Mais, mes agneaux, si ça vous dérange le bulbe oculaire, pourquoi donc tout en prétendant vous soucier de féminisme, vous ne faites pas haro sur les connards bruyants de votre petit univers qui s’en donnent à cœur-joie le plaisir de discriminer et harceler toute nana qui a le malheur de ne pas leur plaire ? Je ne parle même pas d’ouvrir sa gueule, y’a plus besoin ! Il suffit qu’une question ou un sujet les concernant viennent sur le tapis, et la shitstorm est enclenchée, parfois par les mêmes qui pousseront des cris d’orfraie pour un bonnet D ou un téton dévoilé !

Ce n’est pas une défense du féminisme que vous faites, juste du moralisme de dévot hypocrite. Je dis dévot, mais on n’a même plus besoin de la religion pour être con, désormais ; j’en demande d’avance pardon à ceux de mes connaissances croyantes qui, elles, conservent l’esprit ouvert et progressiste. Ils sont peu nombreux, mais je les chérie. Vous autres, donc je parle, par contre, permettez-moi de vous vomir. Votre combat n’a rien à voir avec le féminisme, comme je le rappelle avec forces exemples sur cet article-là. Non, votre combat, c’est gommer la femme et la faire disparaitre de l’espace publique que vous occupez.

Y compris donc dans le monde du jeu de rôle. C’est vrai que je vous comprends : on vous envahit inéluctablement et votre pré-carré se réduit comme peau de chagrin d’année en année. Vous êtes peu nombreux, alors vous augmentez le bruit, la fureur et la haine. Et le spectateur qui n’est guère au courant regarde cela et laisse faire, sans savoir que ces espaces de discussion et d’échange deviennent parfois des enfers pour tout ce qui ressemble à une nana –j’ose pas faire remarquer que c’est encore pire pour les gays et autres LGBT, c’est l’évidence même : le sexisme n’est que l’avant-garde de la haine de tout ce qui est différent de la norme mâle hétérosexuelle. Quand on crache à la gueule des femmes, on n’a pas de raison de ne pas faire pire sur les pédés.

Dans quelques mois sortira en boutique les Chants de Loss, le jeu de rôle. Univers complexe et uchronique inspiré de la Renaissance mais aussi un peu de l’Inquisition, où l’égalité n’existe pas, où le sexisme est une saloperie qui tombe en permanence sur les femmes, ou l’esclavage sexuelle est carrément une tradition considérée comme un art, où les femmes pour être libres doivent se battre, dans le sens premier du terme. Un jeu avec des illustrations faites de ma mimine, où il y a des nanas peu vêtues ou à poil.

Les romans ont été très bien accueillies mais m’ont valu d’une minorité de connards (et de connasses aussi hein, ne croyez pas que le sexisme et le moralisme sont dans le camp unique des porteurs de testicules) des attaques haineuses, rarement sous forme de commentaires publiques (le courage a ses limites) mais le plus souvent par email, messages privés, ou encore organisation d’attaque de DDOS sur mes blogs.

Je m’attends à pareil quand le jeu va sortir. En pire.

Mais une décision unilatérale a été prise pour le jeu de rôle et son contenu visuel. Nous ne nous censurerons en RIEN ! Vous ne voulez pas voir de nanas peu vêtues ? Ne l’achetez pas. Par contre et parce que c’est la logique même pour nous et qu’il n’y a pas de raisons, nous allons appliquer une règle de parité : chaque personnage dévêtu femelle appelle un équivalent mâle. Une pépée sexy donnera lieu à un bel éphèbe. A une nana en armure se verra répondre un mec en armure, etc. Il y en aura pour tous les gouts, y compris des gays. Mais aussi des moches, des gros, des heureux, des tristes, des parfaits, des malfoutus, des noirs, des jaunes des amérindiens –ha non, pas eux, pour des raisons inhérentes à cet univers, y’en a officiellement aucun, bon, ok.

Bref, dans la mesure du possible, nous appliquerons une parité dont le but est d’offrir pour tout le monde et tous les goûts. Ce n’est pas facile ! Moins que d’habiller toutes les meufs à poil et les effacer. Mais c’est immensément plus généreux, et moins faux-cul !

Maintenant, si vous voulez comprendre vraiment pourquoi ce choix, lisez l’article qui suit :

Le féminisme, by Psychée, en quelques mots

 

Deux poids, deux mesures, ou quand Facebook censure des seins mais jamais des propos et images de haine

Je pensais faire cet article prochainement, à tête reposée et en ayant laissé passer la polémique autour de mon bannissement pour, à priori une illustration avec des seins nus. Je dis à priori, parce qu’en fait, 12 images furent signalés, y compris un encadré avec du texte sans aucun contenu illicite et sans aucune précision sur la décision de bannissement autre que « vous contrevenez aux standards de la communauté bla bla… »

Mais dans la foulée de mon bannissement, 24 heures plus tard, Alysia, ma compagne, se fait bannir elle aussi pour 24 heures. On pourrait dire qu’elle l’a cherché, appliquant à la lettre le contenu des standards de la communauté qui autorisent le nu artistique. C’est techniquement écrit noir sur blanc, c’est dans les faits tourné de telle manière que je n’ai toujours pas saisi en détail ce qu’ils appellent « photos de nus artistiques »  et je n’ai reçu aucune réponse à mes questions… J’en viens à me demander où sont les humains dans ce truc ?

J’explique tout, donc, oui, c’est long à lire… donc passez direct (et évitez alors de commenter sur les réseaux sociaux), soit… bon courage et merci de votre patience !

Ubu-roi

Enfin bref. Alysia a partagé, fâchée et sur un coup de tête, sa propre collection d’œuvres dénudés, illustrations et rendus 3D, paf, bannissement 24 heures etc. On pourrait dire que cela confirme juste que Facebook applique… non que facebook n’applique pas ses règles publiques, mais ses propres codes, sans doutes, comme le mentionne ici Stéphane Gallay et comme me l’a confirmé un ami fort versé dans la technologie des réseaux sociaux, sur la veille de robots chargés d’intervenir statistiquement quand un certain seuil de signalements d’un élément par des membres de Facebook est atteint, et bannir de manière plus ou moins automatique.

L’expérience était intéressante, la leçon apprise – Facebook est mauvais joueur, acariâtre, arbitraire et aussi un peu con – l’affaire aurait pu s’arrêter là.

Ce matin, Alysia est bannie trois jours. Une des photos sur son mur, qui entre dans le cadre de, je cite : « les photos de peintures, sculptures et autres œuvres d’art illustrant des personnages nus » qui sont donc autorisés, et une photo qui n’avait PAS été retiré ni signalée après ses 24 heures de bannissement, lui vaut d’être bannie de nouveau, 3 jours !

Nous sommes en pleine scène de théatre d’Ubu-Roi. Le gag est que la photo incriminée est TOUJOURS sur la page et le mur de mon Ange. Étant la seule photo présentant du nu sur la dizaine de photos signalés, elle est bannie trois jours par la seule photo qui pourrait causer des soucis, qui, elle, n’est pas retiré.

Vous le sentez, mon sarcasme devant une telle absurdité ?

Voici, ci dessous la photo en question, partagé par plusieurs dizaines de personnes, certaines pour sa beauté et sa qualité, d’autres pour me soutenir quand j’ai été bannie pour cela :

scaphandre8

Etait aussi incriminée la version couleur ; pareillement, elle fut énormément partagée pour les mêmes raisons  :

scaphandre-final

Revenons donc à cette fameuse charte des standards de la communauté :

Je sais que vous n’aimez pas en règle général lire des pavés, ni fouiller dans des règlements sans fin, voici donc la copie et les extraits des standards de la communauté, dont la rédaction frise l’incompétence à dessein en matière de clarté. Lisez donc la partie concernant la nudité :

(community standarts  ; je ne peux vous donner la page précise… il n’est pas possible de la linker. Ca serait fait exprès que ce serait parfait)

Nudité :

Les utilisateurs partagent parfois des scènes de nudité dans le cadre de campagnes de sensibilisation ou de projets artistiques. Nous limitons l’affichage de scènes de nudité, car certaines audiences au sein de notre communauté mondiale peuvent être sensibles à ce type de contenu, en particulier de par leur culture ou leur âge. Afin de traiter les utilisateurs de façon juste et de répondre rapidement aux signalements, il est essentiel pour nous de mettre en place des règles que nos équipes internationales peuvent appliquer uniformément et facilement lors des examens de contenus. En conséquence, nos règles peuvent parfois être plus formelles que nous l’aurions souhaité et limiter le contenu partagé à des fins légitimes. Nous cherchons sans cesse à mieux évaluer ce type de contenu et à mieux appliquer nos standards.

Nous supprimons les photographies présentant des organes génitaux ou des fesses entièrement exposées. Nous limitons également certaines images de poitrines féminines si elles montrent le mamelon, mais nous autorisons toujours les photos de femmes qui défendent activement l’allaitement ou qui montrent les cicatrices post-mastectomie de leur poitrine. Nous autorisons également les photos de peintures, sculptures et autres œuvres d’art illustrant des personnages nus. Les restrictions sur l’affichage de nudité et d’activité sexuelle s’appliquent également au contenu créé numériquement, sauf si le contenu est publié à des fins éducatives, humoristiques ou satiriques. Les images illustrant explicitement des rapports sexuels sont interdites. Les descriptions d’actes sexuels qui entrent dans les détails peuvent également être supprimées.

Ici, on entre dans deux phrases l’une après l’autre qui se contredisent dans les faits avec allégresse :

« Nous autorisons également les photos de peintures, sculptures et autres œuvres d’art illustrant des personnages nus. Les restrictions sur l’affichage de nudité et d’activité sexuelle s’appliquent également au contenu créé numériquement, sauf si le contenu est publié à des fins éducatives, humoristiques ou satiriques. »

Il va sans dire que si vous publiez maintenant une photo de femme en train d’allaiter, par exemple une très belle photo d’art, attendez-vous selon les cas à vous faire bannir plus vite qu’un éjaculateur précoce n’en finir avec son histoire courte .  D’autres que moi, il y a seulement quelques semaines, en ont été pour leurs frais, ils ont voulu profiter de ce droit, pour des raisons artistiques ou informatives. Ils l’ont eu dans le popotin sans vaseline.

Mais pour expliquer à quel point ces Standards de la Communauté son absurdes et surtout, démontrent que Facebook applique son propre programme en se contrefichant de l’utilisateur mais aussi de ses propres lois et déclarations , venons-en au fait de sujet concernant le discours incitant à la haine :

Discours incitant à la haine

Facebook supprime tout discours incitant à la haine, ce qui comprend tout contenu qui attaque directement des personnes en raison de :

  • leur race ;
  • leur ethnicité ;
  • leur origine nationale ;
  • leur religion ;
  • leur orientation sexuelle ;
  • leur sexe ou leur identité sexuelle ;
  • leur infirmité ou leur état de santé.

Les organisations et personnes incitant à la haine de ces groupes protégés n’ont pas le droit de présence sur Facebook. Comme pour tous nos autres standards, nous demandons aux membres de notre communauté de nous signaler ce type de contenu.

Les gens peuvent utiliser Facebook pour discuter de certaines idées, institutions ou pratiques. De telles discussions peuvent promouvoir le débat et une meilleure compréhension. Les utilisateurs partagent parfois du contenu contenant les propos haineux d’une autre personne à des fins de sensibilisation ou d’information. Dans ce cas, nous attendons de ces utilisateurs qu’ils indiquent clairement leur intention, afin de nous aider à mieux comprendre pourquoi ils partagent le contenu en question.

Nous autorisons les commentaires humoristiques, satiriques ou sociaux sur ces sujets, et nous pensons que lorsque les gens utilisent leur véritable identité, ils agissent de façon plus responsable au moment d’exprimer ce genre d’opinions. C’est pourquoi nous pouvons demander aux propriétaires de Page d’associer leur nom et leur profil Facebook à tout contenu gênant, même si ce contenu n’enfreint pas nos règles. Comme toujours, nous conseillons vivement aux utilisateurs d’être conscients de leur audience lorsqu’ils partagent ce type de contenu.

Si nous nous efforçons de supprimer tout discours incitant à la haine, nous vous fournissons également des outils vous permettant d’éviter les contenus choquants ou déplaisants. En savoir plus sur les outils proposés pour contrôler ce que vous voyez. Vous pouvez également utiliser Facebook pour prendre la parole et sensibiliser la communauté qui vous entoure. Un contre-argumentaire appuyé par des informations exactes et des opinions variées peut aider à créer un environnement plus sûr et plus respectueux.

Il s’avère que, et là, je fais l’expérience en permanence, tout signalement de discours, d’apologie, d’appel à la haine/violence, basée sur toutes formes de discriminations, émanant d’individus et de groupes n’est pris en compte que dans moins de 5% des cas. Il reste donc 95% de salopards et de leur contenu, expliquant qu’on devrait brûler les trans, éradiquer les pédés et leur famille, battre les femmes et les traiter en pute, laisser les réfugiés crever sur leurs bateaux ou encore lâcher un virus mortel pour massacrer tous les gens de couleur. Je n’invente rien, vous avez ainsi des mots-clefs magnifiques si vous avez du temps à perdre pour visiter la lie de Facebook… cherchez-les aussi en anglais, vous allez rire.

J’avais crée un tag, m’énervant de voir sur ma page des incitations à la haine, y compris, allez, point Godwin, fleurir des croix gammés et des nostalgiques du IIIème Reich, tandis que je voyais des œuvres d’art classique se faire censurer et leurs auteurs bannis parce qu’on y devinait un téton ou un bout de verge :

#LessBloodMoreBoobs.

Quelques semaines après la création de ce tag, toujours employé, et en même temps que quelques plaintes et procès notables de personnes et organisations bannies pour avoir diffusé du contenu culturel classique trop dévêtu, Facebook changeait ses standards et je me faisais une joie qu’enfin, une certaine intelligence et ouverture d’esprit ai gagné un petit combat.

Enfin quand je dis petit… vu la taille du réseau social, c’est plutôt une grande victoire, remarquée par le Monde, par exemple.

C’était du vent. De la promesse qui n’engage que celui qui y croit. Je viens de le voir vérifié plusieurs fois ces dernières semaines, d’entre être le témoin et la victime moi-même. Il faut bien comprendre que le système qui gère le signalement, la censure et le bannissement sur Facebook n’est ni humain, ni le fait d’un robot qui reconnait des scènes de violence, du cul, des seins, des bites ou encore des appels à la haine.

Il ne fonctionne que selon un modèle statistique. Prenons cette image :

grand-tournesol1

Quelques dizaines, à mon avis, de personnes signalent cette image comme choquante, en précisant nu/porno, par exemple, et soudain, l’usager qui l’a posté va recevoir un message  la signalant, elle et d’autres à priori totalement au hasard de cet usager, comme contrevenant aux standards de la communauté, puis être banni 24 heures -la première fois. Il peut faire appel, y’a un joli bouton pour cela. Faut-il encore qu’un humain réponde. Il a très peu de chances de voir son ban annulé avant 24 heures. Qu’en est-il pour plus longtemps ? A priori, même les bans de trois jours ayant suscité une réclamation restent actifs trois jours. Facebook n’en a simplement rien à foutre, même s’il y  a erreur.

On tape d’abord, on pose les question après si éventuellement c’est très grave. Très grave voulant seulement dire que l’usager est assez influent pour causer un vrai grabuge dans le monde journalistique, à priori.

Bien sûr, je voudrais croire, et j’espère, que malgré tout dans ce système totalement automatisé, il y a soit un robot expert, soit un humain, qui avant de taper, vérifie pourquoi on doit taper… En gros, est-ce que cela est légitime ? Mais après témoignages et vérifications, ce n’est pas le cas. Ce qui veut par exemple dire que ça, posté tel quel sur le réseau social sans aucune mise en contexte, ne déclenchera rien, même si 5 ou 10 personnes, la signalent :

dog-fur-12

(et je suis navrée pour mes lecteurs de vous infliger cette image terrible.. j’en avais des bien pires, mais même moi, je me file la nausée)

Maintenant, si ces photos là ne déclenchent que rarement des réactions, les mots et textes incitant à la haine ? Alors là, rions fort et jaune !

Shit-bombing et vengeance de cons

Maintenant que vous savez comment fonctionne ce système, dites-vous bien que des petits malins (du latin malignes : qui aime faire le mal) on de suite compris la mécanique de la bestiole.

Il suffit donc de réunir deux cent connards pour faire tomber assez efficacement une page et son utilisateur, jusqu’à provoquer son bannissement définitif, et même s’il ne partage que des photos de chats et d’orchidées. C’est ce qui est employé massivement par certains groupes pour s’attaquer entre autres aux féministes ayant leur malheur de ne pas leur plaire (je n’oser pas dire exister) et qui sont un peu trop en vue.

Bien sûr, ce système là fonctionne une fois, deux, trois fois et après à force de plaintes et de récriminations contre Facebook, la personne ciblée peut arriver à récupérer son compte, et parfois, fort rarement, les incriminés se font tomber dessus.

Mais il suffit de le savoir, de s’organiser sur des forums extérieurs (JVC en a fait une spécialité), d’ aller sur Facebook avec un beau fake compte, ça se crée aisément,  et de recommencer une prochaine fois ailleurs.  Ces activités font régulièrement le buzz et le scandale, mais rien ne les a ralenti d’un iota… et la preuve… je viens d’y avoir droit et ma compagne aussi. Pourquoi est-elle visée ? Sans doutes parce que mon illustration a été très remarquée, et que le hasard fait que c’est tombé sur elle. Ou parce que c’est bel et bien ma compagne et que des gens ont trouvés drôle de lui faire du mal pour m’en faire !

Sauf enquête en plongeant encore plus dans la lie de Facebook et des divers forums pour scruter les groupes les plus haineux à mon encontre, je ne le saurais jamais. Et j’évite. J’aime dormir tranquille et visiter ces groupes est un bon moyen de se filer des cauchemars sur la misère de la plus stupide et indigente haine humaine. Quand aux (petits à priori) groupes qui haïssent mon existence, malheureusement, je sais qu’ils existent ; plusieurs fois, ce blog , mon compte email, mon site de jeu  de rôle, ont été victimes d’attaques orchestrées « pour rire » (des DDOS). Je remercie la sécurité de mon solide et réactif provider… et ma paranoïa naturelle dès qu’il s’agit de protéger mon travail professionnel.

Conclusion… mais en fait non, je ne conclus pas si aisément

Je suis seule. J’ai aucune influence, pas de moyens, je ne suis ni amie ni copine de Bolloré, ni d’aucun patron de groupe de presse. Je suis une simple connasse d’illustratrice, romancière et créatrices de jeu de rôle qui a un blog et qui essaye de bosser en se contrefoutant en général de tout ce bazar, ça ne m’a jamais empêché de donner mon avis. Je n’ai pas un rond non plus pour aller entamer un procès à Facebook pour le forcer à devoir clarifier sa méthodologie de censure et qu’il arrête ses conneries, et enfin se décide à évoluer au 21° siècle…

Encore que vu la gueule de 2016, l’évolution en question me fasse songer à un rétropédalage dans les années 1950.

Mais… j’avais crée un tag qui a fait plaisir à du monde : LessBloodMoreBoobs. Il va devenir un blog dans les semaines qui suivent, un site communautaire pour créer un groupe et un ensemble de personnes incluant artistes, illustrateurs, créatifs et activistes décidés à convaincre Facebook de revoir encore son propre règlement, mais surtout de l’appliquer, et ne pas faire ce qu’il veut en dépit de tout bon sens  et de tout intelligence, en confiant sa modération à la statistique de la « sagesse populaire » ! Vous le sentez bien, là, mon rire sardonique ?

Ce blog mourra peut-être sans aucun soutien ou résultat, ou pas. Mais j’aurais essayé, et je compte bien essayer méchamment. Ma compagne vient de se faire descendre alors qu’elle est très discrète sur les réseaux sociaux et ne ferait pas de mal à une mouche. On s’en prends aussi à mes amis et contacts. On m’a mise en colère.

Faut pas me mettre en colère.

Trump

Voici tout ce que ce gars désormais clown-président dûn pays qui n’en méritait pas autant, ou alors en étant vraiment très méchant, m’inspire.

Son nom est un bruit de trompette, un pet à la face du monde… et ça va sentir le gaz pendant 4 ans.

J’ai eu un réveil en forme de sale gueule de bois, ce matin…. je pense que le monde entier s’est réveillé avec une gueule de bois. Mais son éléction est cependant une catastrophe pour les droits des femmes, des peuples, des LGBTS, de tous les gens dont je suis proche, que j’aime tant, que je tente tellement de défendre, que je respecte tant.

Va te faire foutre Trump… mais : merci… Merci, parce que dans 4 ans, tu sera le plus haï et le plus catastrophique des présidents américains, tu aura tellement foutu le merdier que tu aura servi mes causes et mes luttes mieux encore qu’un allié. Tu es un ennemi parfait. Le meilleur des ennemis est celui dont tu sais qu’il te fournira sans cesse des erreurs à exploiter. Et comme tu es le dernier des gros cons, ça va être la fête !

trump

Achievment unlocked… bande de cons (MAJ avec le règlement FB, vous allez rire)

Donc… je viens de me faire bannir de Facebook pour 24 heures, sauf miracle si ma réclamation est prise en compte, mais j’ai des doutes, je ne suis pas une copine/ennemie à Bolloré.

Ce qui m’ennuie le plus dans ce petit truc mesquin, n’est pas d’être bannie -bon si, ça me gave- mais pourquoi. Pas pour la paire de seins de l’illustration Scaphandre… mais pour 12 illustrations dont UNE contient un élément susceptible de fâcher les coincés du cul de cette entreprise. Ou, si vous préférez, des gens pas content et pisse-froid, fâchés de mon existence -et sans doutes de mes propos- ont signalé massivement mes derniers 15 jours de production artistique dans l’espoir qu’il se passe quelque chose. Ils ont réussi.

Moi qui pensais naïvement que la politique sur les nus artistiques, suite à leur propre règlement (voir plus bas)  de Facebook, avait changé en bien, je l’ai dans l’orifice prévu à cet usage.

Vais-je persister ? J’en ai très envie, mais professionnellement, je ne peux pas me le permettre. Disons que je vais essayer mais… Vais-je me venger en signalant tout ce qui peut être contenus discriminatoires, sanglants, violents, gore ?… non, je le fais de coutume, ça ne va pas changer… je ne fais pas par vengeance, et moins de 5% de ces signalements sont pris en compte. Est-ce stupide de ma part d’insister alors que je viens de me faire bannir 24 heures et que ça peut éventuellement taper plus fort ? Totalement. Je devrais être plus prudente et je le serai… Personnellement, je m’en fous royalement. Mais j’ai une responsabilité professionnelle qui engage d’autres personnes : mes co-autrices qui sont mes amis, mes fans, dont plein d’amis, etc…  Mes éditeurs, aussi.

Au fait, voici le paragraphe concernant la nudité  venant directement du règlement facebook . Lisez bien ; oui, ça veut dire que censurer des oeuvres d’art ne devrait pas arriver, sauf si je dessine des actes sexuels et autre pornos :

Nous supprimons les photographies présentant des organes génitaux ou des fesses entièrement exposées. Nous limitons également certaines images de poitrines féminines si elles montrent le mamelon, mais nous autorisons toujours les photos de femmes qui défendent activement l’allaitement ou qui montrent les cicatrices post-mastectomie de leur poitrine. Nous autorisons également les photos de peintures, sculptures et autres œuvres d’art illustrant des personnages nus. Les restrictions sur l’affichage de nudité et d’activité sexuelle s’appliquent également au contenu créé numériquement, sauf si le contenu est publié à des fins éducatives, humoristiques ou satiriques. Les images illustrant explicitement des rapports sexuels sont interdites. Les descriptions d’actes sexuels qui entrent dans les détails peuvent également être supprimées.

Donc, malgré cela,  je vais devoir censurer mes nus pendant un moment sur Facebook. Cette obligation me fait chier au dernier degré. Quand à me modérer sur mes commentaires contre les extrémistes, les réactionnaires de tout bord, les sexistes et les misogynes, là, pas question même de changer de politique même si je les soupçonne d’avoir réussi ce coup-là. Je suis têtue.

Allez… à demain midi sur facebook !

PS : le croquis que vous voyez plus haut, c’est cela ; inspiration SF et entrainement à des décors urbains :

chantier1

Le féminisme, by Psychée, en quelques mots

Je suis féministe. Et là, je viens d’enfoncer une porte ouverte.

Mais si je le dis, c’est pour aller au-delà d’un mot dans lequel on fourre tout et son contraire avec une rigueur dans la régularité de l’ignorance qui force presque le respect. Je veux dire par là que j’ai vu coller aussi bien comme féministes les mouvements pro-droit de vote des femmes, que les MLF, les Chiennes de Garde, les gynarchistes, les mouvements réactionnaires et religieux modernes, les courants racistes et à peu près autant de variantes que de partis politiques ; arrêtez, j’ai mal à la tête.

Je suis féministe est une expression qui devrait, pour ma part, ne rien vouloir dire dans un monde idéal : un monde qui aurait atteint l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. C’est la définition la plus encyclopédique du terme, la plus générique et la plus consensuelle. La plus claire aussi.

On en est très loin. Je ne suis donc pas féministe ; je suis militante féministe. Je bataille, dénonce, éduque, informe, alerte dans le but d’atteindre à cette égalité, que je souhaite pour tous les êtres. L’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique devrait être une évidence acquise pour tous les êtres humains, quel que soit leur naissance, leur origine, leur genre et leur sexualité.

Compris ?

Oui ?

Ouais, ben non.

En 1949, Simone de Beauvoir écrivait Le Deuxième Sexe, essai en deux tomes, un brûlot qui mis le feu à la société européenne et américaine en moins d’un an, et fut même mis à l’index par le Vatican. Que contenait ce livre ? La description d’une société machiste, sexiste et patriarcale maintenant la femme en posture d’infériorité, analysé à travers l’histoire répétée des civilisations ; il expliquait surtout, inspiré par la philosophie existentialiste de son auteure, qu’il n’y a pas de déterminisme et que c’est la société qui conditionne la place de la femme, non sa nature. Ce livre est devenue la bible des mouvements féministes des années 60 et jusqu’aux années 80. Simone de Beauvoir a enfoncé une porte blindée et l’a démolie pour laisser passer tous les courants et toutes les aspirations féministes à cette égalité dont je parle plus haut. Et puis elle s’est éteinte en 1986. Le mouvement, lui, a tenu bon.

Enfin, c’est ce qu’on croit, en 2016. La plus importante citation de cette grande féministe, que son père décrivait en disant : « ma fille a un cerveau d’homme », est celle-ci : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Depuis quelques années on est en plein dedans. Et depuis quelques années, jamais plus fort ne s’est fait entendre cette sentence merdique comme une négation de l’intelligence : « mais y’en a marre du féminisme, y’a des choses plus graves dans le monde. »

Simone de Beauvoir doit tellement se retourner dans sa tombe en ce moment qu’en y mettant une dynamo, on devrait pouvoir éclairer tout Paris. Ho, soyons clairs, le refus de l’intelligence ne frappe pas que ce sujet ! La caractéristique étrange d’Internet est de diffuser la bêtise incommensurablement plus vite qu’il n’y diffuse de l’intelligence. En ce moment, la pensée raisonnée, la réflexion posée, les principes les plus élémentaires de la philosophie et de l’esprit éclairé, tout le monde s’en tape le fion. Pour la citer encore, Simone de Beauvoir résumait dans les années 60 : « Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir. ». Internet devait être un formidable outil culturel. Il est une machine à se dispenser de penser.

L’égalité des droits, des devoirs et du respect pour les femmes est une lutte pour l’égalité de tous les êtres. Mon combat personnel pour le faire progresser englobe la lutte pour les droits des minorités, des peuples de toutes les couleurs, de tous les genres et de toutes les sexualités. Je ne peux pas être selon moi féministe et me déclarer raciste ou admettre sans me coller la pire des hontes de faux-cul être homophobe. C’est un tout. C’est un concept général englobant une seule pensée : le progrès du droit et du respect dévolu à tous les êtres humains. Et cette lutte pour ces droits file une trouille bleue à ceux qui ont besoin de se sentir avoir un pouvoir, être supérieurs : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. » Mais cela fonctionne aussi pour les racistes, les homophobes, les réactionnaires de tous bords. Cela fonctionne pour tous ces groupes humains dominés par des hommes, et ce même si la bêtise s’étend aussi à des représentants féminins se vautrant avec délectation dans l’idée d’un groupe humain qui asservirait tous les autres. Mais pas elles… jamais, elles… elles n’y pensent pas, puisqu’elles sont du côté du pouvoir ; elles n’ont rien à craindre, sans jamais réaliser que si un jour ce pouvoir redevient dominant, elles retourneront à la cuisine et au linge comme toute femme soumise qui se respecte.

Rien n’est acquis et la réalité quotidienne le rappelle abondamment. L’esclavage sexuel a bondi de 20% en trois ans dans le monde, les inégalités salariales entre hommes et femmes ont recommencés à se creuser depuis 2008, le nombre d’agressions sexuelles et de viols sur les femmes a connu des pics brutaux de 4 à 8% depuis ces 5 dernières années partout dans le monde, le féminicide est devenu endémique dans des régions entières du monde, le fait d’être enceinte et accoucher est devenu une raison de trouver toutes les excuses pour renvoyer une salariée de son poste, la parité dans le monde patronale ou politique reste dans la plupart des pays une vaste blague, les mouvements religieux et réactionnaires font feu de tout bois contre le planning familial, la contraception, l’avortement, les relations libres et le mariage pour tous. Et la liste n’est pas exhaustive !

Et vous en avez marre d’entendre les féministes ? Mais vous devriez comprendre pourquoi elles se battent en ce moment avec tant de véhémence, non ?

Cependant, vous avez raison, d’en avoir parfois marre. Mais vous vous trompez de colère. Car les plus bruyants de ces mouvements ne sont pas féministes. Et je les subis moi-même, ces groupes prétendus féministes voulant dicter ce qu’une femme (et un homme !) doit montrer d’elle ou pas, ce qu’elle doit porter ou pas, ce qu’elle doit dire ou pas, ce qu’elle a le droit de faire ou pas. Ce ne sont pas des féministes. Ils ne luttent pas pour une égalité et des droits égaux pour tous les êtres. Ils luttent pour imposer une vision fermée et restrictive. Le mouvement féministe est éminemment inclusif. Il est ouvert et permet, il ne doit pas interdire et limiter. Depuis quand le féministe et l’érotisme ne peuvent aller de pair ? Depuis quand être un mannequin, une actrice, un modèle photo amateur dénudé est-il anti-féministe ? Parce que cela dégrade l’image du corps de la femme, prétendront ces mouvements ? Hey, les arriérés, c’est son corps, à la femme, c’est sa liberté d’en faire ce qu’elle veut si on ne l’y contraint pas ! C’est tout aussi débile et avilissant que les mouvements culturels et publicitaires qui formatent des images figées, idéalisées et totalement fantasmées de la femme. Ces individus et ces mouvements jugent et condamnent hors de tout contexte, hors du concept même que, dans la liberté à chacun d’être, il y a celles des femmes de pouvoir s’afficher quand elles le veulent et comme elles le veulent.

Je suis militante féministe parce que pour ne pas avoir peur de sortir dans la rue, je dois veiller à ce que je vais porter et où aller, comme la plupart des femmes. Je suis militante féministe parce qu’on m’a déjà trop souvent proposé de me payer moins cher que le même taff effectué par un mec. Je suis militante féministe parce que j’ai été harcelée sur ma nature de femme, harcelée sexuellement, agressée sexuellement, violée. Je suis militante féministe parce que chaque personne que je convaincs de la logique même de ce combat qui finalement concerne tous les êtres humains, et pas juste les femmes, est une personne de moins qui fera à d’autres ce que j’ai subi.

Pour achever cette histoire d’une lutte féministe qui est en train de rendre les armes de l’intérieur et sans le savoir, passé les années 2000 un revirement eut lieu en occident, mené par une réinterprétation des courants féministes radicales différencialistes et anarcho-féministes des années 70 et 80. Plutôt que de penser, théoriser, éduquer et transmettre, de cette réinterprétation ignarde naquit l’idée qu’il fallait imposer une norme féministe. C’est-à-dire dénoncer et tenter de faire interdire tout ce qui pouvait, selon leurs critères, être antiféministe. Tu te maquilles, tu aimes les jupes et les bas ? Tu es sous le joug de l’autorité machiste. Tu aimes le rose et les dessous de dentelle ? Tu te prostitue à la cause patriarcale. Tu t’épile et tu te parfume ? Tu sers la cause de la domination des hommes violeurs. Tu aimes la galanterie masculine et respecte leur virilité ? Tu es leur esclave ! Je ne vous dis même pas alors dessiner des personnages féminins érotiques et aimer l’érotisme dans l’art, la littérature et l’image ! Ce mouvement est devenu la référence, aussi bien pour ceux qui confondent asservissement à des normes et libération de la femme, que pour ceux qui dénoncent le féminisme. Cette idée minoritaire, stupide, qui n’a rien à voir avec la lutte féministe, sauf à la marge, est devenu le plus médiatisé, le plus bruyant, le plus connu. Il est devenu la référence car il impose et donne des normes. Il n’explique rien, il n’éduque pas, il ne propose pas d’évolutions et de solutions :  il dénonce, il impose, il juge et hurle à coup de slogans et d’injures. Il ressemble exactement à ce qui fonctionne le mieux sur Internet pour qui préfère brader sa capacité de penser que tenter de sauver un peu de réflexion de fond : le bruit.

C’est alors ce combat pour imposer d’autres carcans au femmes, au total contraire de la lutte pour la liberté que confère l’égalité en toutes choses entre hommes et femme, qui est devenu la référence honnie ou légitime –l’admettre me fait tellement mal au cul que je hululerai bien d’ici à Genève- de ce que beaucoup de gens, avec une régularité de métronome dans la répétition de l’erreur, appellent le « féminisme ».

Ce n’en est pas. Ce n’est qu’une autre forme de tyrannie sur les corps, les esprits, les choix et les désirs des femmes. C’est de la pudibonderie réactionnaire cachée sous un autre mot. Les groupement religieux et d’extrême-droit ne s’y sont pas trompés. Reprenant ces thèses pourtant d’origine de mouvement très à gauche, ils les font leur quand il s’agit de trouver un combat féministe débile leur assurant un bon audimat. Et l’idée, le concept, la lutte, la définition écrite en 1949 par Simone de Beauvoir, héritière des luttes féministes de toute la première moitié du 20ème siècle et avant, se noie dans un salmigondis de slogans et de règles qui, en fait, ne servent qu’une seule chose : la pérennité d’une société patriarcale décidant des normes et de la place de la femme. Cet antiféministe qui se dit féministe ne sert qu’à fournir du grain à moudre à tous les plus salopards des partisans d’un retour au sexisme et à la négation des droits et liberté de la femme dans le but de fonder une société où tous les êtres seraient libres et égaux. Ce mouvement qui impose tant d’interdit ne fait que nourrir le conflit hommes-femmes en donnant l’illusion que les secondes veulent prendre le pouvoir sur les premiers et tuer l’essence de ce qui fait un mâle, quand justement le féminisme ne demande qu’égalité et respect de chacun. Ces pseudo-féministes se trompent de combat, ils dévoient leur cause en croyant y apporter quelque chose qui n’est que la négation de cette cause. Et en tuent la raison d’être.

Parmi toutes les raisons que ces pseudo-féministes, qui n’en ont que la couleur, ont de me mettre à l’index et me juger, je suis pratiquante et amatrices des activités sado-masochistes (BDSM), une paraphilie sexuelle dont la règle d’or est la consensualité et le respect. Bien sûr que d’une part y’a des dérives merdiques. Forcément, y’a du cul et tous les dérapages dont les hommes (et les femmes) sont capables dès qu’on cause de sexe. Bien sûr que d’autres part il y a des activités humiliantes, voire dégradantes dans ces jeux érotiques un peu pervers. Mais il y aussi une règle d’or : rien ne doit être imposé, rien n’est accepté sans un consentement complet et éclairé et rien ne se fait sans une confiance mutuelle complète. Et bien sûr, rien ne se passe forcément tout le temps comme on veut. Mais il y a le « non » qui arrête tout. C’est uniquement dans l’image fantasmée de ces pseudo-féministes qui sont en fait des pudibond coincés à l’esprit aussi ouvert qu’un réac sortant de la messe dominicale, que ces activités ne peuvent aller de pair avec une philosophie, une lutte et un militantisme féministe.

Oui, je dessine des nus érotiques, dont certains sulfureux ! Non, je ne le fais même pas pour des raisons commerciales pour assouvir les bas instincts d’une clientèle post-adolescente. Je le fais parce que j’aime cela, d’une part, je le fais aussi parce que d’autre part j’illustre des contextes et des récits durs et cruels, en lien avec mon roman, qui parle de sexisme, de patriarcat, de société inégalitaire et esclavagiste. Je le fais pour montrer des réalités, et je le fais aussi en créant de la beauté illustrée, aussi sulfureuse et dérangeante soit-elle. Si vous êtes interpellés, c’est que j’ai réussi mon taff. Si vous me jugez sexiste et masculiniste –oui, j’y a eu droit- c’est que vous êtes con comme un balai sans manche. C’est votre droit le plus fondamental ! Mon droit à moi, c’est de vous répondre – et de vous envoyer péter.

Je suis féministe, je mourrai féministe et la lutte ne sera jamais finie. Vous n’avez donc pas fini d’en entendre parler, et je le regrette. Car j’aimerai un monde où tout ce que je viens d’écrire est derrière moi, et où tous les êtres enfin, vivent libres d’être ce qu’ils sont et veulent être sans craindre d’être agressés ou tués pour cela, traités en égaux, en respect et en droits.

PS : et le premier qui emploie le mot « fragile » pour décrire une nana, que ce soit moi ou une autre, gagne un ticket pour se faire tanner la tronche à coup d’escarpins ou de baskets, ça dépendra de ce que je porte. Je lui montrerais la fragilité de sa boite crânienne.

100 000 visiteurs sur Alternative Reality !

En fait, à part vous dire merci de vos visites, de votre engouement, de votre fidélité. Merci d’être là, de votre patience, de vos encouragements, des moments que vous avez partagé.

Merci d’être des amis, des fans, des camarades des collègues, des clients, des curieux, de simples visiteurs perdus.

Merci de vous être arrêté pour regarder mes humbles mickeys, et d’y avoir trouvé le rêve que je cherche à offrir.

Merci d’avoir partagé ces pages, et fait connaître mon travail, merci de l’avoir critiqué, soutenu, et même dénoncé.

Oui, merci même aux trolls qui firent de leur mieux pour rendre ce site indisponible ou me le pirater parce que mes coups de gueules et mes prises de position froissaient leur vue du monde.

merci à vous tous, grâce à qui je commence à gagner ma vie avec ce travail, avec une passion exigeante et qui m’obsède…. et merci de concrétiser ma plus grande fierté : rêver et donner à rêver.

Merci, de tout mon cœur, infiniment.

Less Blood, More boobs, un tag facebook pour militer à moins de censure absurde

Le monde est conduit par deux choses, disait le poète : le sang et le sexe. Mais étrangement, la mort, la violence, les propos les plus menaçants et  haineux, toutes les discriminations les plus meurtrières, ont droit de cité sans contraintes sur la place publique, même si parfois on les condamne publiquement. Mais mettez une photo de charnier en une de magazine, ça passe. La mort peut s’afficher en 4X3. Une jolie paire de seins par contre…

Mais hé, messieurs (et mesdames, je ne vais pas oublier les femme, être un connard faux-cul et réac’ coincé du bulbe n’a pas de genre), le sein, c’est quasi la première chose que vous voyez en ouvrant vos yeux innocents à la gravité du monde qui vous fait naître. C’est la première chose que vos mains, puis vos lèvres touchent. C’est le nombril du monde à l’aube de votre existence, c’est la source de la vie pour nous tous, primates imbéciles nous pensant supérieurs. Ce devrait être une beauté chérie et vénérée, mille fois dessinée, décrite, et admirée.

Et les artistes, depuis la nuit des temps ne s’y trompent pas ! Le sein et par extension le corps de la femme et la femme elle-même, font l’objet de l’admiration du poète, et par là, de tous les artistes qui sont si nombreux, et j’en fais partie, à dire que rien n’est plus beau et plus émouvant et touchant à représenter.

Mais non…  2016, et on le censure partout, on a honte de ce sein et de ce corps, le téton est si mortel qu’il faut le cacher. Il fait donc plus de morts que la photo d’une boucherie humaine prise en live dans un attentat ? Il tue plus de gens que vos étendards de haines affichés sur tous les ponts ? On est-on toujours au XVII° siècle ou Molière, déjà perplexe de cette étrange idée,  faisait dire à Tartuffe :

Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

Facebook dans ce domaine est faux-cul au dernier degré. Se basant sur l’idée que la censure se doit de respecter une morale prétendue universelle, il trouve que les propos haineux et les images de mort sont plus acceptables aux yeux de ses clients, que la beauté féminine dans sa plus pure nature. Dénudez un sein, même pour une image d’allaitement, et vous êtres criminel. Mais vous pouvez parler de tuer les pédés, les juifs ou les musulmans ou qui vous voudrez haïr d’autre, avec photos et drapeaux à l’appui, vous êtes seulement en train de donner votre opinion. Le sang est plus légitime que le sexe. Et pour Facebook, le sexe commence dès un sein nu.

Alors, voilà : je vous propose un tag : #‎LessBloodMoreBoobs‬

Sous ce tag, postez la beauté de la femme, postez des seins nus, comme je le fais en réalisant régulièrement des illustrations dénudés en hommage à la beauté du corps féminin. Parce que si la haine et le sang sont la mort, la beauté féminine et le sein qui nous a tous nourri, c’est la plus belle réponse de vie possible à cette haine qui s’empare de l’espace publique. Parce que cette censure nous renvoie à un puritanisme odieux, cruel, et qui participe de facto à détruire cette victoire humaine renouvelée, qui est d’honorer, admirer et regarder sans pudeur mais avec amour le corps des femmes, qu’elles devraient toutes avoir droit de montrer, alors que de plus en plus, dans le monde, on leur ordonne de le cacher.

Merci à vous tous qui partagerez cet article, et userez de ce tag, cela n’a l’air de rien, mais c’est un petit courage bienvenue en ce moment.

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L’amour est plus fort que la haine. Mais lui ne tue pas.

Je suis transsexuelle. Je suis lesbienne. Je suis aussi une femme, une féministe, une geekette et un être humain, tout bonnement. La liste de ces classifications pourrait se prolonger encore. Mais là n’est pas le but. Pour ceux des termes qui me décrivent, il y en a deux qui sont considérés comme des crimes.

Sur 197 états reconnus dans le monde, 72 pénalisent les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres par de la prison, de la torture, la peine de mort ou des travaux forcés. 10 d’entre eux les condamnent à mort systématiquement. Il n’y a que 20 pays dans le monde à considérer la totalité des droits des homos équivalente à celle de tous ses citoyens : principalement concernant le mariage et l’union familiale et ses sujets. Et seulement 7 (SEPT !) dans le monde à considérer que la transsexuelle que je suis est une personne tout à fait normal dont le souhait doit être accepté avec un minimum de contrôle à unique but de sa propre sécurité/santé.

Pour tous les autres vous savez ce que je suis ? Dans le meilleur des cas une malade mentale… et dans la moyenne des cas, un monstre de la nature (que ce soit du point de vue physique ou psychologique). Et partout dans le monde, une lutte idéologique n’a de cesse de faire disparaitre tout droit à exister, voire même simplement vivre,  à tout membre de la communauté LGBT et ceci au nom unique et seul de principes religieux, dont l’absurdité le dispute à la violence haineuse.

Grâce à cette lutte pour nous effacer de la richesse et de la diversité de l’espèce humaine, dont l’effet le plus pervers et efficace est de justifier absolument partout les pires exactions et la plus efficace impunité, un homophobe vient de se trouver une excuse pour s’armer comme un tank, accomplir un massacre en prétendant son allégeance à l’Etat Islamique, et tout le monde parle d’un attentat contre une boite de nuit à Orlando.

Pas d’un massacre de masse d’un homophobe contre des innocents de la communauté LGBT.

Parce que cette lutte pour nous effacer de la richesse et de la diversité de l’espèce humaine, tout le monde en est finalement complice.

Aujourd’hui je pleure… tout ce que j’ai trouvé, c’est faire ce dessin… Histoire de cesser de penser à cette conviction qui me suit depuis des années : celle de mon mépris et de ma colère envers l’espèce humaine, dont je suis issue, et dont je me demande par quel ironie elle peut exister et trouver justification renouvelée à son existence en regard des crimes sans fin qu’elle commet contre elle-même et contre le monde qui l’a engendrée.

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Manifeste pour une écriture libre dans la lignée des Nuits Debout

Vous le savez je ne fais pas que gribouiller, je bafouille des œuvres littéraires aussi et je tiens notoirement au titre -galvaudé ou pas- de romancière, car j’en suis une et ne compte pas m’arréter, j’aime trop cela.

Dans le sillage de discussions ayant eu lieu dans le cadre de Nuit Debout, Neil Jomunsi a lancé la rédaction d’un Manifeste pour les autrices et les auteurs libres, indépendant-e-s et solidaires. Je m’associe de toute évidence à ce mouvement et ce manifeste, autant -ô joie- que Stellamaris (mon éditeur) en sa double casquette d’éditeur et écrivain lui-même.

Voici donc le texte de ce manifeste, qui est disponible à cette adresse :

Pour une majorité d’entre nous — auteurs et autrices —, le modèle proposé par les industries culturelles ne fonctionne plus. Pire, ce système censé nous protéger n’a fait qu’aggraver la situation. Prenant acte de celle-ci, il est temps de poser les bases d’une alliance et d’inventer des solutions qu’aucune institution, parti, gouvernement ou industrie ne nous apportera. Car sans une refonte complète, ce n’est pas seulement ce système qui court à sa perte : c’est la création tout entière, et avec elle celles et ceux qui la rendent possible.


1. Nous créerons toutes et tous

D’une part, nous ne créons pas à partir d’un néant fantasmé, mais en nous hissant sur les épaules de celles et ceux qui nous ont précédés. Les œuvres d’aujourd’hui existent car d’autres ont créé celles d’hier. Cet héritage, nous en sommes les garants. Il est la véritable source de notre inspiration, et nous reconnaissons ce que nous lui devons. Nous affirmons que la perpétuation de cet héritage passe par la mise en valeur du domaine public, du partage entre individus et des communs.

D’autre part, notre savoir-faire n’est plus quelque chose d’exceptionnel ou d’inaccessible : internet, la démocratisation des outils informatiques, audiovisuels, la circulation du savoir et la mise en commun des savoir-faire font que nombreux sont celles et ceux qui aujourd’hui savent donner naissance à des œuvres, qu’elles soient ou non commercialisées. La création se multiplie autour de nous de façon exponentielle, qu’on s’en réjouisse ou non. Indépendamment du succès, de la respectabilité ou des honneurs, nous considérons chaque créateur et chaque créatrice comme légitime, professionnel·le ou non. Nous tirons notre force du collectif et de nos valeurs communes.

Certains d’entre nous font le choix de faire de la création un métier : nous tentons alors d’en « vivre » dans des conditions impossibles. Nous aimons ce que nous faisons — nous en tirons même une certaine fierté. Pour autant, notre identité de créatrices et de créateurs ne nous affranchit pas des luttes qui animent d’autres corps de métier. Notre combat est celui des ouvriers, des intermittents, des intérimaires et de tous les autres précaires, chômeurs, étudiants, handicapés, personnes âgées et/ou dépendantes. Les aspirations de chacune et de chacun doivent être respectées. Mais quel que soit notre rapport à la création, nous ne nous plaçons pas en-dehors du monde : au contraire, nous y jouons un rôle actif et capital.


2. Nous nous emparerons des moyens de production

Distribution et diffusion sur internet, livre numérique, matériel audiovisuel et informatique toujours plus performant et toujours moins cher, démocratisation de l’impression à la demande nous autorisent désormais à apprivoiser des moyens de production autrefois réservés aux seules industries culturelles. En conséquence, le nombre de créatrices et de créateurs grimpe en flèche. C’est un fait : la pénurie d’œuvres n’existe pas. Notre besoin de légitimation par des structures pyramidales s’amenuise au profit d’une libre diffusion au public, qui devient seul juge. Mais dès lors, nous sommes considérés comme la matière première d’une industrie où la masse publiée seule génère des bénéfices. Comme toute matière première, celle-ci subit les fluctuations du marché, la loi de l’offre et de la demande. La réappropriation des moyens de production, ou au moins leur apprivoisement, nous place en position de force dans un contexte de lutte systémique : le maillon le moins valorisé de la chaîne peut désormais faire valoir son importance, non plus comme élément d’une masse non-identifiable, mais en tant qu’électron libre et capable. Il est de notre devoir de faire nôtres ces outils, d’en apprendre le fonctionnement, d’en évaluer la portée et la pertinence. Si ces outils demeurent aujourd’hui la propriété de grandes firmes (Amazon, Google, etc), nous devrons travailler à créer nos propres structures, à emprunter nos propres chemins, à lutter contre toute forme d’appropriation.


3. Face à la captation du droit d’auteur par les industries culturelles, nous aspirerons à l’affirmation d’un droit des auteurs

Autrices et auteurs professionnel·les sont confronté·es à un dilemme : à tenter de négocier nos contrats, nous risquons tout simplement de ne plus rien signer du tout. Cela nous oblige à accepter des contrats-types iniques dont seule la « tradition » justifie l’usage (cf. les pourcentages inférieurs versés aux autrices et auteurs pour la jeunesse, par exemple). Les accords récents (reddition des comptes, rémunération des interventions et des dédicaces, etc) vont dans le bon sens, mais ne suffisent pas. Nous devons militer pour imposer une durée d’exploitation limitée dans le temps et éventuellement reconductible. Nous devrions pouvoir conserver nos droits numériques si nous nous estimons capables d’en assurer l’exploitation. Nous devrions aussi pouvoir nous réserver les droits de traduction et d’adaptation audiovisuelle. Le droit des auteurs doit être une arme au service des principaux concernés, et non pas se retourner contre eux : car en cédant tous nos privilèges d’exploitation à des sociétés tierces, le droit d’auteur devient un droit d’éditeur ou d’ayants-droit. De la même manière, les droits des autrices/auteurs et ceux des lectrices/lecteurs ne doivent pas être dissous dans un complexe de « droits voisins » de plus en plus illisible. Le droit des bases de données ou le droit des éditeurs tel qu’il est actuellement envisagé au niveau européen légitime les appropriations indues des créations par les industries culturelles et du web. En conséquence, nous aspirons à l’émergence d’un encadrement légal de la durée et de l’exclusivité des contrats d’édition.


4. Nos actions et nos luttes s’appuieront sur des partenaires de confiance

Les sociétés d’édition ne sont pas nos ennemies. En revanche, certaines d’entre elles, indépendamment de leur taille, de leur structure ou de leur réputation, ont été dévoyées pour générer un maximum de profits avec un minimum de risque et de rémunération aux concerné·es, ou plus simplement n’ont pas de considération pour le travail des autrices et auteurs. Des allié·es existent pourtant. Nous devons les trouver et les inclure dans nos combats futurs. Éditeurs bien sur, mais aussi libraires, bibliothécaires, imprimeurs, codeurs, hébergeurs, etc, dans la perspective d’une valeur ajoutée patente et mutuelle. Nous travaillerons de concert, tout en gardant à l’esprit que les conditions de rémunération devront être équitables, respectueuses des créateurs·trices et avoir été négociées dans tous les cas au préalable.


5. Nous reprendrons la main en définissant nous-mêmes les conditions d’usage de nos œuvres

Les licences libres et de libre diffusion (comme les Creative Commons) sont aujourd’hui un moyen efficace de contrôler l’usage qui est fait de nos œuvres et d’en définir contours et limitations. Nous devons nous en emparer et les faire nôtres. Même si dans le cadre d’une exploitation conjointe, nous savons qu’il sera difficile d’imposer l’usage d’une telle licence, il n’est pas interdit d’essayer, d’argumenter, de militer. En nous réappropriant les moyens de production, de diffusion et de distribution, et à la seule condition que notre situation personnelle et financière nous le permette, nous pouvons aussi faire le travail nous-mêmes en nous passant de structure tierce.

Nous pensons que le partage —notamment numérique — des œuvres doit non seulement être possible, mais souhaitable : une diffusion large de la culture doit être notre horizon commun. Nous savons ce que nous devons à l’intelligence collective. À nous de lui rendre ce qu’elle nous a donné et de trouver des modèles économiques en adéquation avec cette éthique. Les lois sur le « libre accès » (open access) récemment introduites dans plusieurs pays européens (et bientôt en France) permettent aux chercheurs de republier leurs œuvres sous certaines conditions, indépendamment des restrictions d’usage imposées par les éditeurs. Des dispositions similaires devraient être envisagées pour l’ensemble des créations, des créatrices et des créateurs, afin de favoriser leur indépendance.


6. Nous définirons un nouvel horizon économique et social

On dit que les autrices et auteurs sont individualistes et incapables de se fédérer, mais qui nous a cantonné·es à ce stéréotype ? La stratégie de l’entre-soi ne fonctionne pas : nos rémunérations ne cessent de baisser, suivant la même courbe que celle de la qualité de notre protection sociale. Cette précarisation doit être stoppée. Les lobbys des industries culturelles dissimulent leurs desseins derrière la défense de nos droits et cette hypocrisie est inacceptable. Rien n’a été fait par eux pour endiguer la dégradation de notre situation. Pourquoi dès lors leur faire confiance pour résoudre des problèmes qu’ils ont contribué à créer ?

Nous devons être les instigateurs de ces changements pour trouver de nouveaux modèles. Notre émancipation économique et sociale pourra prendre plusieurs formes : mise en place de coopératives d’entraide, de formation et de soutien artistique et financier entre créatrices/créateurs, création et/ou utilisation de plateformes de crowdfunding et de mécénat (pour une œuvre seule et/ou pour soutenir un.e artiste sur la durée), d’un statut proche de celui des intermittents ou encore d’une licence créative globale ; militer pour la création d’un revenu de base humaniste, social et inconditionnel (qui ne saurait être voué à ancrer un peu plus les inégalités à travers la suppression des allocations, par exemple). Nous sommes tous des créateurs. Nous participons tous à la richesse de nos sociétés.

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Plus qu’un manifeste, cet appel est un constat qui doit nous exhorter à aller de l’avant. Le monde change, nous changeons avec lui, mais l’imagination est de notre coté. À nous de l’utiliser.

Si vous partagez la vision de ce manifeste, nous vous invitons à vous en emparer, à le republier sur vos blogs, sites, réseaux sociaux, et à le faire connaître. Vous pouvez également participer à sa perpétuelle élaboration ici. Chacun·e est bienvenue.


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Ce texte est placé dans le domaine public vivant via la licence Creative Commons CC0 1.0. Vous pouvez le copier, le modifier, le distribuer et le représenter, même à des fins commerciales, sans avoir besoin de demander l’autorisation.

Je suis une geekette, et il y en a plein.

Des fois où vous ne l’auriez pas remarqué. Je dis ça, parce qu’aujourd’hui, c’est la Journée  Internationale du Droit des femmes (une date dont l’histoire est fort sulfureuse, plus héroïque, et aussi nettement moins glamour que vous le croiriez), et parce que dans le vaste monde des ludophiles, des video-gamers, des rôlistes et des fans de l’imaginaire de tous les acabits, il semble que les geekettes -j’adore le terme- soient encore trop souvent vues comme des aliens, voir avec autant d’étonnement qu’apercevoir le Cerf Blanc.

Messieurs, ceusse parmi vous qui ne seraient pas au courant, je vais casser vos illusions : des geekettes, y’en a plein.

Pire! Il y a même des geeks gay, des geekettes lesbiennes, une tripotée de geeks transgenres, des geeks de toutes les couleurs, et surtout, incroyablement, les geeks en général s’en contrecognent !

Je soupçonne que si on faisait un sondage dans la population des geeks à grande échelle, on se rendrait compte que leur rapport au genre, à la liberté sexuelle, à la construction de l’unité familiale et tous ces charmants débats-paravents actuels dont la politique française nous a tartine, et nous ressert encore jusqu’à écœurement indigeste de la confiture de basse qualité, pourrait se résumer simplement: tant que cela conduit à être heureux, et rendre heureux, ils se foutent bien de savoir comment.

Mon dieu, les geeks seraient permissifs, prônerait une totale égalité de genre, et une société ouverte à toutes les différences ?

Oui.

D’accord, pas tous. Mais oui.

Mais pourquoi je vous parle de ça, quand on parle de la Journée Internationale du Droit des Femmes (Et PAS la Journée de la Femme, connards !) et que je suis une geekette?

Parce que ce n’est pas si simple non plus et que cela n’a pas non plus été exactement facile pour la gente féminine dont je suis représentante. Personnellement, mis à part quelques mésaventures malheureuses dans ma carrière de rôliste, et d’illustratrice, j’ai peu à me plaindre. J’ai surtout constaté que cette ouverture d’esprit, dont je parle plus haut, ne s’est pas du tout faite d’un claquement de doigts, et est encore à faire dans certains milieux. C’est marrant, ici je pense tout de suite aux gamers pour qui les rapports hommes-femmes sont aussi fantasmés dans le ridicule que la valeur de leurs exploits virtuels. A toutes choses égales, ils ne sont cependant pas les seuls à avoir l’esprit aussi coincé qu’un militant de Famille pour Tous.

Mais il a fallu du temps, depuis les années 80 – oui, j’ai commencé tôt, je ne suis pas ludosaure pour rien- pour que ce milieu s’ouvre un peu à autre chose qu’un cercle fermé fort masculin. Je me rappelle de mes années de lycée et de mon club de JDR en Corse ; on parle ici du début des années 90. Y trouver une fille faisant du jeu de rôle et participant au club, tenait du statistiquement improbable. Gag magistral, c’est en initiant à notre activité favorite un club de troisième âge enthousiaste, que j’ai vu jouer ma première fille rôliste. Elle se prénommait Thérèse (ça ne s’invente guère) avait 71 ans, et je vous dis pas l’enquêtrice de l’Appel de Cthulhu qu’elle nous a incarné, planquez-vous, elle arrive!

C’est au milieu des années 90 tandis que je vivais à Nice que j’ai commencé à voir des rôlistes de tous les bords (voir plus haut). Avec, toujours pourtant cette claire tendance de certains cercles à regarder avec étrangeté l’arrivée de femmes dans leur groupe, et un évident mal-être, qui s’exprimait soit d’une manière amusante, voire touchante -c’est drôle de voir de jeunes gens rivaliser de chevalerie et de galanterie- soit de façon clairement hostile et sexiste. J’en garde deux expériences désagréables datant de l’époque, qui me valurent d’exploser assez bruyamment, n’étant pas vraiment d’un naturel à la garder bouclé. Mais, en même temps que l’arrivée de Magic The Gathering, jeu de cartes à collectionner, et ses héritiers, tellement nombreux que je vais pas tenter de les citer (Vampire la Mascarade en jeu de cartes ne fut pas le dernier), nous vîmes une invasion de geekettes se découvrant une passion pour les jeux, les univers de l’imaginaire, les jeux de rôle grandeur-nature, et le plaisir enfin de se tenir égal à égal avec les mecs dans une activité où elles pouvaient tout aussi bien se lâcher, qu’afficher des bolloques aussi grosses que celles des mecs ; à eux de devoir rivaliser à armes égales sur ce terrain qu’elles conquéraient avec joie et sans autre objectif que de s’y amuser.

Moi, à cette époque, j’avais déjà quelques expériences professionnelles dans ce domaine, qui ne firent que se confirmer plus tard. Je constaterai avec le recul, que jusque vers 2005, Il y avait toujours de la part de mes interlocuteurs un étonnement complet à tomber sur UNE illustratrice ou encore collaboratrice à tel ou tel jeu. Surprise qui ne durait jamais trop, et passait assez vite et dans de bonnes conditions –sauf dans le milieu du jeu vidéo, encore une fois ; là c’était plutôt la guerre ouverte. Cependant, être une femme, et être fan d’Everquest, leader de raid à World of Warcraft, collaboratrice d’un MMORPG ou de tel ou tel JDR, ou meneuse de jeu à Star Wars, Mage, ou encore Cyberpunk, cela créait toujours un petit effet surprenant dont j’avoue, je jouais avec plaisir.

Mais plus le temps passa, plus je vis de femmes dans les conventions de jeu de rôle, de jeux de sociétés, dans les salons de gamers, dans les festivals de manga et de culture japonaise, chez les fans de dessins animés, de cosplay,  dans les MMORPG, dans les univers virtuels, et j’en passe. En fait, actuellement, c’est ne pas tomber sur une copine en moins de dix minutes qui me surprendrait. Sauf dans les salons de gamers. Ou alors, comme moi, elle se demande ce qu’elle y fout.

Et en matière de leaders dans les mondes de l’imaginaire, je crois que désormais, les femmes y ont une place qui se conforte, même si ce n’est pas encore vraiment à parité avec les mecs. Il faudra du temps, et on n’a pas de Marion Zimmer Bradley, de Tanith Lee ou d’Anne Rice tous les jours.

Après, il y a une sorte de timidité, je vais en parler, à oser s’afficher créatrice dans ce milieu, surtout que dans le cadre professionnel, le machisme et le plafond de verre du sexisme ont encore de beaux jours devant eux.

Finalement, le plus drôle fut de voir qu’en étant curieuse, je réalise que des femmes geekettes, il y en a plein, et le seul dernier véritable frein à se « déclarer » comme telles, est leur peur du jugement. Non des autres geeks, car les réactions hostiles sont une minorité à la marge, mais de leur entourage qui ne connait rien à cet univers, pas plus que de savoir de quoi on parle quand on parle des univers et mondes de l’Imaginaire et des jeux.

Ce n’est PAS sérieux.

Apparemment, moins que ce qu’on attend d’une femme encore aujourd’hui, qui doit s’intéresser à sa carrière, ses enfants, aux news people et aux prochaines tendances de mode maillot de bain de l’été, y’a qu’à voir les opérations spéciales pour la Journée de la Femme, on n’est pas le cul sorti des ronces.

Bref, ce sont les mêmes bien-pensants qui me disaient quand j’étais ado que je ne ferais jamais rien de bien de ma vie, et que je gâcherais ma carrière et mon futur parce que j’avais le malheur de dessiner des petits mickey façon manga, et que je préférais me lire Soljenitsyne, Tolkien ou Arthur C. Clarke, que d’aller faire du foot ou bûcher mes maths.

Ce regard, qui reste encore vivace aujourd’hui, est en fait le principal frein pour les femmes à s’afficher publiquement et assumer sans vergogne leur passion de geekettes. Un frein qui mettra du temps à disparaitre –j’avais cru une dizaine d’années, mais encore une fois on n’est pas le cul sorti des ronces- mais qui, avant tout, doit être combattu par chacun. Autant être fière de ce qu’on est, même si ça fait chier papa, maman, la copine, ou le compagnon/la compagne. Après tout, on n’a qu’une vie.

Quant aux derniers crétins résistants à l’arrivée des geekettes dans leur univers cloisonné, de ceux qui pensent qu’il faut une bite et une grosse voix grave pour pougner sa race à Counterstrike, ces petites bulles sexistes de gamers geeks haineux et odieux, laissons-les crever dans leur coin.

N’oublions pas de se foutre de leur gueule, de dénoncer leur misogynie, et de ne pas laisser passer leurs insultes. Mais traitons-les activement par le mépris le plus complet, et de préférence, méprisons les non entre geekettes, mais entre tous les geeks, les autres, l’immense majorité, mes frères et sœurs, pour paraphraser Desproges, qui n’avons pas tellement de temps à s’occuper de se soucier de crétins, car il y en aura toujours, quoi que l’on fasse.

On a meilleur temps à faire. Comme par exemple prévoir notre prochaine partie de Prophecy entre deux chasses au dragon à Skyrim, et la préparation de la prochaine convention ludique.

Et j’ajouterai une dernière chose : mesdames, quand on vous fait chier, faites chier. Toujours. En fait, cette règle s’applique à toute personne victime de discrimination. Ne jamais se taire, et ne jamais hésiter à être odieux vers qui l’a été, envoyer chier, lever le ton, et pourrir le connard discriminateur pour en dénoncer l’ignominie.

On ne doit jamais se taire.