J’étais à OctoGône (et c’était une surprise pour moi aussi)
Donc, je suis allé à la convention OctoGônes. Par surprise.
C’était pas du tout prévu.
Ok, commençons par : la convention aurait dû s’appeler logiquement MaiuGônes, ayant lieu en mai et pas en octobre. Mais coté communication/marketing, ça sentait quand même pas mal se tirer une balle de chevrotine calibre 12 dans le pied. Le fait est que l’ancien lieu de convention, le Double Mixte, est en train de se faire raser, donc, pas le choix… et pas trop de choix pour les dates non plus.
Mais on y reviendra. Car oui, je n’étais du tout sensée être là cette année. Pour dire les choses poliment, ces dernières années, entre état de santé déplorable, condition de vie devenues compliquées et marché professionnel détruit par l’IA Slop (e donc mes revenus en chute libre), j’étais vraiment, VRAIMENT PAS d’humeur sociale et je n’étais en général pas vraiment en état physique pour ces plaisanteries.
Pis, bon, une de ces plaisanteries, c’est que ça coute cher. Payer les entrées, le déplacement de notre coin de suisse perdu jusqu’à Lyon, trouver le logement sur place, prévoir les dépenses de déplacement sur place, la nourriture, et les faux frais qui en fait, représentent très vite une somme que je vais pas investir si je n’y vois pas d’intérêt (et encore, on cause pas de l’investissement en matos de stands et goodies !!)
Mais des gens ne l’entendaient pas ainsi, dont Sebastien Louchart, grand ami et co-auteur de Singularités, qui voulait enfin me rencontrer de visu. Donc, avec la complicité de mon Ange, Alysia Loretan, et de deux ou trois autres personnes, dont Stéphane et Isabelle Gallay, mais aussi Yves-laurent Kowalski, Christelle, la femme de Sebastien (calin, toi !!!) et Pascal Blatter, ils ont monté un traquenard depuis le début de l’année :
Louer un air-BnB pas trop loin de la convention (en l’occurence, à 11 arrêts de tram et une seule correspondance d’Eurexpo, prendre les tickets pour la convention d’avance, prévoir, avec l’aide d’Alias et de Patrice, du Guide du Rôliste Galactique, le transport en voiture depuis Genève jusqu’à Lyon, trouver comment me faire venir à Genève sans éveiller mes soupçons et prévoir tout cela en espérant que je ne sois pas trop malade le jour J pour pouvoir venir… et que je ne devine rien.
L’avantage, c’est que je suis bon public. Alysia sait que ma confiance en elle est totale, et que je respecte l’intimité d’autrui, donc, je n’ai jamais essayé de zieuter pour voir les cachoteries qu’elle me faisait. Et je n’ai rien soupçonné jusqu’à 4-5 jours avant, car Alysia essayait de savoir quels jeux me plairaient pour pouvoir m’inscrire à des parties de démo pendant OctoGône. À partir de là, même sans confirmation, car j’ai joué le jeu, j’avais compris.
Mais, ok, on est d’accord, c’est un incroyable cadeau-surprise, non ? Je ne sais pas vous, mais moi… ben j’ai quand même pleuré un peu à un moment, quoi.
Ceeeeepandaaaaant… MESSAGE D’UTILITE PUBLIQUE : je vous retrouverais tous et je vous ferais payer d’avoir appelé ce traquenard Opération Mémère. Never forget, never forgive. Surtout toi, Sebastien!
Donc, j’étais à OctoGônes, mais personne n’était au courant, y compris pas moi. Donc, je suis venue sans rien (message pour Benoit Castello : donc, non, j’avais pas tes dessins, navrée. Je vais faire un envoi par la poste, ça va être réglé), et même Romain Delplancq, le coordinateur éditorial d’Open Sesame Games (et notre ami adoré à toute l’équipe), l’éditeur des Chants de Loss, ne savait rien. Ce qui ne l’a pas empêché, entre vendredi et Samedi, de racler tous les fonds de tiroir pour sortir tout ce qui restait de notre jeu, pour l’exposer, m’offrir une chaise derrière le stand (et une aussi à Alysia, bien entendu !)… et j’ai donc beaucoup causé Chants de Loss, j’en ai dédicacé et j’en ai vendu et je peux donc annoncer officiellement qu’il ne reste chez notre éditeur que trois boites de jeu en tout et pour tout ! J’ai aussi dédicacé du Tigres Volants 3.0, des vieux fans du jeu étant venu faire signer leur exemplaire par Alias qui leur a dit : au fait, l’illustratrice officielle est dans le coin, allez-y ! (oui, j’ai encore fait des dessins double page !)
Et bien entendu, j’ai vu et revu plein de monde. À commencer par Franck Brusset (il est vivant !!), le youtuber de la chaine Terrene Trash, que je vais résumer comme : militant antifasciste et sale gauchiasse rôliste woke, bref, un ami ! (et vraiment, hein, je l’adore). Il avait totalement disparu des réseaux sociaux, et pour une raison assez évidente (vu que je connais, j’ai testé aussi) : à un certain degré de tempête de haine et de menaces, ce n’est plus gérable, socialement et psychologiquement. Il est donc actif sur Twitch…mais ayant une mémoire de merde, je ne me rappelle même pas le nom de sa chaine. Mais pas grave ! On a causé (beaucoup !) narration cinématique et mécaniques de jeu, carte X, safe zone et anges gardiens dans une convention, socialisme libéral Vs socialisme communard radical (et y’a pas de versus en fait, tu peux très bien mêler les deux, et causer sereinement sur ces sujets, si si, on l’a fait !) et on a dit du mal des Coucouilles et des IA slop ! Bref, Franck est un grand ami, un grand allié des mouvements féministes et LGBT+ dans le monde rôliste francophone, et on ne serait pas si loin l’un de l’autre, on serait surement deux vieux complices comploteurs.
Bref, j’ai passé trois jours où j’ai principalement causé et dessiné. Étant fragile physiquement, je n’ai pas trop crapahuté, mais je n’en avais guère besoin, le fait que je sois là a un peu couru comme une trainée de poudre, et les gens ont vite compris que pour me trouver, il suffisait de tourner autour du stand de Open Sesame Games, ou de leur voisin, le stand centSucres, qui accueillait les suisses de 2D Sans Face, mais aussi John Doe éditions.
J’ai donc vu plein de monde, et tenter de dropper les noms va être ardu, surtout avec ma prosopagnosie ! Je me souviens surtout d’avoir pu jouer à Ynn Pryddein avec Hervé Bourgade, son auteur et d’avoir fait une dédicace des persos de tout le monde pendant la partie, d’avoir revu l’ami Eric, le taulier en chef de Participants de jeux de Rôles, d’avoir fait câlin à Pierre Rosenthal, mais aussi Nyden la Fée, Claudine Morin et Marion Hamard – j’ai fais plein de calins, mais je me rappelle d’eux, les autres, ne me mangez pas !- d’avoir enfin rencontré de visu une amie illustratrice (Methulu) dont le travail a enthousiasmé les quelques éditeurs à qui je l’ai présentée, et d’avoir réussi à parler de la futur édition de Singularités chez John Doe avec Emmanuel Gharbi avant qu’il ne rende les gaules, épuisé (et je crois me rappeler qu’il avait super mal, genre lumbago ou équivalent, le genre de choses horribles à endurer en pleine convention).
Véritablement, l’expérience a été géniale, même si, j’avoue, en effet les halls d’Eurexpo sont loin du centre-ville de Lyon et que les déplacements entre logement et convention ne devaient pas être simples pour tout le monde (j’étais morte chaque soir). Mais l’avantage est que c’était plus grand, plus spacieux, donc plus confortable et de facto aussi moins bruyant (enfin, un peu moins, mais c’était à noter).
Je note et souligne ici les efforts remarquables de l’accueil du public par l’organisation OctoGônes. Les safe zones pour s’isoler et pouvoir souffler dans un lieu au calme relatif m’ont sauvé la vie et m’ont permis de gérer mes migraines, les anges-gardiens qui étaient un peu partout dans la convention rajoutaient une couche de bienveillance et de sécurité émotionnel à l’accueil chaleureux et amical, permettant de se sentir vraiment en sécurité et pas isolé s’il apparaissait un problème de tension relationnelle ou sociale. Et l’accès aux boissons, aux toilettes, à la nourriture, étaient vraiment confortables et facilités.
Bon, y’avait des bémol ? Alors oui, sûrement plusieurs, et on peut en causer, mais j’en vois deux qui sont de la responsabilité d’OctoGône, dans le sens où ils seraient les seuls à pouvoir intervenir…
Le premier, c’est les annonces par haut-parleur durant la convention. Ils n’avaient apparement pas fait de phase de test avant (ou pas assez bien), et j’estime l’intensité sonore des annonces à environ 120 à 130 décibels, entre le vrombissement des bagnoles d’un circuit formule 1 et le décollage d’un avion à réaction à 100 mètres. C’était violent, et pas juste assourdissant, mais carrément douloureux. Ca a provoqué chez moi une violente crise de migraine, et clairement, je ne suis pas la seule qui fut salement impactée (j’ai aussi vu un ou deux gosses pleurer, ils avaient eu très peur).
Et le second, c’est la présence d’IA slop sur des stands. En bref, des produits, surtout du côté visuel, générés par des IA génératives. Alors de base, cela me rembrunit qu’on vende des choses générées par IA, puisque celles-ci sont entrainées massivement sur du matériel exploité sans jamais avoir rien demandé aux auteurs et sans jamais aucun contrat. Sans oublier que cela revient à exploiter un algorithme entrainé sur du travail volé à des créatifs, dans le but de se passer d’eux, mais en se faisant du pognon, sur le dos du consommateur et sur le dos des créatifs.
Mais la petite cerise de merde sur le gâteau à la bouse, c’est que nulle part, sur ces stands, il n’était annoncé visiblement : crée par IA. Donc, le but est double : se passer des créatifs et de l’humain, mais faire croire que c’est créé par des humains, dans le but d’arnaquer le client. Il y avait deux à trois de ces IA slopper au milieu d’artistes et d’illustrateurs dans le coin réservé aux artistes, et un stand d’éditeur, PEP inside, pour le nommer, que j’ai pris en photo, qui exposait fièrement sa merde produite par IA sans l’annoncer, tous les produits (sauf un : Amaranthe) étant de l’IA Slop, images, couvertures, logo et textes (et le contenu du site web est à l’avenant).
Ce n’étaient pas les seuls dans les stands d’éditeurs divers, je précise… j’ai vu des illustrations et des logos générés par IA fièrement exposés au milieu de productions humaines, pour, je suppose, ne pas se faire griller (mais quand on est entrainé à les reconnaitre, y’a rarement des doutes), et j’ai dû en louper, car je n’ai pas fait le tour de tout OctoGônes. Ça n’a d’ailleurs clairement pas été anticipé par l’organisation, car quand on l’a évoqué devant Monsieur OctoGône en chef (non, je me rappelle pas son nom, juste qu’il est super gentil et serviable et qu’il a un score expert en furtivité!), il était surpris, et clairement un peu contrarié.
Le stand quasi entièrement IA slop de PEP inside.
Alors, heu, oui…. va falloir que la convention décide d’une ligne politique à ce sujet, et légifère. Je serais hautement partisane de BANNIR tout produit généré partiellement ou totalement par IA, mais ce n’est pas si simple d’assurer la vérif en amont, OK… Mais par contre, ce qui est plus simple, et radical, c’est de forcer à afficher un panneau qui annonce : « modifié/généré à l’aide de l’IA »… et celui qui tente de tricher, ben, tu peux plier les gaules, merci d’avoir joué, au revoir. Comme, et je le sais d’expérience professionnelle, quasi personne n’assume réellement, face au tollé, qu’il vend de l’IA Slop, espérant que ça se verra pas trop, ça va vite filtrer.
Le monde du jeu de rôle est un milieu économique nul, et un éditeur de jeux de rôle est avant tout un masochiste passionné qui sait, ou non, qu’il se lance dans un secteur au rendement merdique… ou beaucoup plus rarement un arnaqueur qui croit qu’il va pouvoir soutirer du fric aux gogos avant qu’ils ne le voient trop. L’IA Slop dans le jeu de rôle, c’est juste l’arnaque assumée et institutionnalisée, motorisée par les plus gros arnaqueurs de la planète : les géants de la tech. Même ceux qui emploient ces IA slop (et payent pour en user) en sont les pigeons. Je propose qu’OctoGônes ne soit pas un pigeon et ne laisse personne se faire pigeonner.
Cela étant dit, je referme ma parenthèse critique. Je viens de passer un des plus beaux et surprenant week-end de ma vie, j’ai adoré OctoGônes dans Eurexpo, je signerais bien de suite pour recommencer l’année prochaine, j’ai trois tonnes de travail qui m’attendent (et pas que moi, les Chants de Loss, c’est reparti, et Singularités sans doutes aussi !), j’ai mal partout, j’ai tout usé, même mes rotules, mais… j’ai adoré…
Et chapeau bas, OctoGônes, et je vous aime, tous mes amis et ces rencontres merveilleuses.







