Sexisme, monde du jeu de rôle et fair-play…

Je vais devoir me répéter. Et je hais me répéter, ce qui conduit donc à une première conclusion évidente : je ne vais pas le faire en prenant des gants : le monde du jeu de rôle est sexiste. Le jeu de rôle ne l’est pas ! Ce sont les humains qui jouent à ce loisir qui le sont. Comme avec toute groupe d’humains de quelque affinité, communauté de loisirs, école de pensée, ou idéologie politique.

Les connards existent par essence avec le même pourcentage que partout ailleurs. Mais si leur existence et leur nombre ne varie que très peu, leur incidence, elle, est déterminée par les courants de pensées qui leur sont contemporains.

Et désormais, avec je ne sais plus combien de gouvernements ouvertement masculinistes, anti-féministes, racistes, homophobes, anti-scientifiques et réactionnaires à la tête de quelques-uns des plus grands pays du monde, ces connards ne se sentent plus pisser.

Simone de Beauvoir lançait un avertissement clair : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Nous sommes en plein dedans. Tous les droits des femmes –et des minorités, parce qu’encore une fois, quand on tape sur les nanas, c’est qu’on tape aussi, y’a pas de raison, sur les pédés, les gouines et les sales estrangers, voire les gros, les moches, les handicapés et les pas-comme-nous- sont actuellement en recul grave et mis sur la sellette. Alors, en suivant le mouvement, tels de braves moutons bêlants et heureux, les connards, y compris dans les pays les plus progressistes, se sentent légitimisés à vomir leur merde jusque dans les plus innocents loisirs.

Le jeu de rôle se le prends dans la francophonie en pleine face et, à force d’en vomir, on en arrive à des tempêtes de merde de la part de ces salopards. Et si jamais vous trouvez que traiter les sexistes de connards et de salopards n’est pas poli ou respectueux, sachez que j’en ai strictement rien à foutre : on ne peut décemment pas respecter celui qui veut vous retirer vos droits et votre aspiration à être libre. Et c’est un peu la nature du problème : la plupart des connards sexistes pensent au contraire que c’est le féminisme qui veut retirer des droits aux mecs. Ben, à part vous retirer le droit de vous considérer seuls et uniques maîtres du monde, le féminisme ne veut qu’une chose : un monde qui aurait atteint l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes et pour tous les êtres humains, quel que soit leur naissance, leur origine, leur genre et leur sexualité.

C’est tout ! Ce n’est quand même pas dur ?!

Mais dans cette liste plus haut de droits égaux, il y a l’égalité personnelle, qui se nomme le respect. Et là on entre dans le respect de chacun, c’est-à-dire la définition de ce qui est sexiste ou pas. C’est le premier point d’achoppement, c’est-à-dire que tout un chacun se considère légitime de mesurer ce qui est sexiste et offense le respect des nanas, ou pas. Ben désolée, les porteurs de gonades, mais pour savoir ce qui fait mal au cul des nanas, ce qui les humilie, ce qui les mets plus bas que terre et leur fout la honte, faut être avant tout une nana !

Alors, entendons-nous bien : il y a des wagonnées de mecs féministes qui comprennent très bien le problème et des nanas qui quant à elles ne le comprennent pas du tout. Le genre n’y a que peu à voir, c’est ici l’éducation et le milieu social qui définissent la capacité à reconnaitre ce qui est humiliant, blessant et gênant ou pas. Ce qui explique pourquoi dans les des cultures bien réacs, les nanas elles-mêmes ont tendance à défendre les pires réflexes sexistes et masculinistes. De ce côté-là, la religion, dans son aspect social et clérical, et non pas dans son essence, est une catastrophe puisqu’elle éduque à répéter et diffuser ces modèles sexistes appris de force au cerveau de tous les enfants.  Oui, je crache sur les religions… mais en fait, je crache sur leur clergé et leur pouvoir, plus précisément, porteurs de valeurs contraires à la liberté et au respect de tous les êtres.

Mais donc, pour en revenir à ce qui est sexiste ou pas, des mecs sont parfaitement en mesure de reconnaitre ce qui choquera une nana et les nanas n’ont pas besoin des mecs pour affirmer que là, tel truc est humiliant ou avilissant pour les femmes, bref : sexiste. Et à contrario, quand un mec dit que telle chose est sexiste et que des féministes, à fortiori en plus des nanas, lui disent : non pas du tout, ben le mec a de très fortes chances de se tromper. C’est le miroir déformant de l’éducation et de la société que je décris plus haut. Dans la liberté à chacun d’être, il y a celles des femmes de pouvoir s’afficher quand elles le veulent et comme elles le veulent : Depuis quand le féministe et l’érotisme ne peuvent aller de pair ? Depuis quand être un mannequin, une actrice, un modèle photo amateur dénudé est-il antiféministe ? Ce n’est plus de la défense du féminisme. C’est du moralisme sexiste. Et la confusion me gonfle à mort !

Et maintenant, parlons des rôlistes francophones sur internet….

Parce que récemment, dans un jeu de rôle, une bourde commise et reconnue comme telle par son auteur, a glissé une description de personnage particulièrement humiliante et avilissante à lire quand on est une nana. Franchement, c’était vraiment un gros flan, et je l’ai dit clairement : « là, c’est de la merde ». C’était vexant à lire, humiliant, ça faisait mal à se fader, ça mettait en rogne !  C’est une connerie. L’auteur l’a admis. Le texte doit faire 300 caractères sur l’ensemble de son œuvre, du reste qui aborde des thèmes durs, des sujets difficiles, un contexte pas facile du tout et qui peut, oui, dériver entre les mains des connards, mais qui est largement au-delà de cette analyse : un cadre riche et digne d’intérêt qui va faire réfléchir le lecteur en général. Ce n’est qu’un jeu de rôle, mais un jeu de rôle est un produit culturel, il apporte donc quelque chose à son lecteur, ce quelque chose est important et a de la valeur. Ici, celle-ci est évidente. Mais l’auteur a fait une bourde.

Ouais… ben j’en ai fait aussi vous en avez fait ou en ferez une un jour. Il a admis avoir merdé, j’aurais fait comme lui. Ça fait chier, bien sûr, et cela l’a fait chier. Là aussi, si vous ne comprenez pas que se faire mettre le nez dans son caca, ça ne mets pas de bonne humeur en général, jetez-moi la pierre. Mais cela nous arrive à tous, tôt ou tard. Ça n’aurait pas dû aller plus loin.

Mais ça a fini en tempête de merde…

Parce qu’une fois soulevé le lièvre, nous avons vu alors débouler, après que des féministes aient signalé le problème, les connards des deux bords dont je parle plus haut : les masculinistes haineux et les moralistes hystériques.

Les seconds ont jeté l’opprobre sur l’auteur, confondant le thème de son œuvre, le passage incriminé et les idées de l’auteur lui-même, l’accusant de tous les maux et le harcelant d’avoir osé écrire une œuvre qui puisse être sujet à polémique et parler de thèmes graves et réalistes. Je sais ce que c’est, on m’a fait le coup avec mes romans, jusqu’à me traiter d’antiféministe et de salope vendue au patriarcat –plus quelques menaces, harcèlements et tentatives de piratage pour me nuire. Des connards moralistes ont jugés et martyrisés un auteur sans rien connaitre de son œuvre au nom de leur puritanisme de merde… qui n’est PAS du féminisme !

Et les premiers ? Ben ils ont soulevé le sacro-saint droit à la liberté d’expression, tout en niant que celle-ci s’accompagne du droit d’argumenter, critiquer et répondre à son usage, et bien sûr, ont déclarés en premier lieu, pour les plus modérés, que ce n’est qu’un jeu, ce n’est pas si grave, ça ne gêne personne. Oui, que des nanas et des mecs féministes fassent remarquer que ça fait mal par où cela passe et ça insulte méchant les femmes, ça n’a pas de valeur : principalement parce que la critique vient de femmes, donc, c’est forcément biaisé. Inversion de la charge de responsabilité, et reniement total de notre droit à critiquer ce qui nous fait mal au cul.

Et les moins modérés ? Ils ont harcelé, insultés et menacés toutes les nanas qui ont soulevé le lièvre. Mais aucun des mecs, cependant. Ils ont vomi leur haine sur les femmes qui osaient se mêler de ce qui ne les regarde pas, osant, selon eux, critiquer ce qui est LEUR monde, leur loisir, leur chasse gardée : le jeu de rôle. Ils se sont déchainés. J’y ai en très grande partie échappé parce que les mêmes, je les ai subi y’a pas mal de temps, que j’ai pris le parti de bloquer ces gens pour ne plus avoir à lire leur connerie et leur haine et que, pour ceux qui ne sont pas bloqués, je réserve des accueils verbaux à la mesure de leur connerie de salopards, avant de les rajouter à mon ignore list.

Mais pour les copines qui n’ont pas cette expérience, ça a fait mal… très mal. Et c’est bien le but de ces connards, qu’ils en soient pertinemment conscients ou pas. Je ne peux même pas parler de trolls… c’est au-delà : l’intention est clairement de réduire au silence les nanas qui, dans le monde du jeu de rôle francophone, essayent un peu de signaler le sexisme dans ses produits, ses pratiques et ses habitudes. Parce que les nanas rôlistes, y’en a des wagons maintenant. Mais elles sont, pour ces connards, toujours une moindre partie qui doit rester silencieuse à leurs humiliations, injures, harcèlements et agressions. Et il y en a ! Je ne connais quasi aucune rôliste qui ne l’ait pas subi ! je ne connais déjà pas beaucoup de femme qui y échappe dans quelque milieu que ce soit.

Alors voilà… je ne vais pas poursuivre plus avant mon coup de gueule, il est plutôt clair et détaillé. Nous existons ! Nous ne sommes pas silencieuses ! Nous le ne serons jamais ! Nous ne demandons aucun pouvoir pris sur le vôtre, nous demandons uniquement : l’égalité en tous points entre les femmes et les hommes et pour tous les êtres humains, quel que soit leur naissance, leur origine, leur genre et leur sexualité. Oui, nous faisons chier, comme vous faites chier, et oui la cohabitation n’est pas si simple.

Mais en fait, elle peut si aisément le devenir :

Joueurs, joueuses, soyez tous franc-joueurs. Le fair-play, c’est d’être honnête avec quelque participant que ce soit, où que ce soit et dans quelque circonstance que ce soit. C’est de respecter chaque participant sans aucune autre considération qu’il participe, hors de son genre, de sa sexualité et de ses origines. Le fair-play c’est d’être maitre de soi, digne, amical et respectueux en toutes circonstances. Dans le jeu de rôle, nous admirons les codes légendaires de la chevalerie courtoise, les règles de l’honneur du guerrier. Le fair-play, c’est son incarnation moderne. Joueurs, joueuses, soyons tous fair-play. Ça ne réglera jamais les différends, mais cela fera de nous des gens capables de se respecter et s’apprécier même dans les conflits.

Et si on s’y mettait tous ?

3 pensées sur “Sexisme, monde du jeu de rôle et fair-play…

  • 26 août 2017 à 15 h 45 min
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    Un coup de gueule bien senti… et parfaitement argumenté et justifié concernant l’analyse de l’incident qui l’a déclenché. Ceci étant dit, de part mon expérience personnelle, tant ici à Brest et sur Internet, non, le monde du jeu de rôle n’est pas sexiste ; il est juste, notamment sur Internet, pollué par un certain nombre de connards sexistes qui font énormément de bruit et de mal, et qu’il faut savoir neutraliser… et pour eux, que ce soit Titine, le katana ou la cuillère à café émoussée, toutes les armes sont bonnes !

  • 28 août 2017 à 8 h 05 min
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    « Je trouve que les gens ont une capacité dingue à s’occuper de ce qui ne les regarde pas » – A. Astier
    Ca résume a peu près 90% des prises de tête sur Internet.

    • 28 août 2017 à 8 h 16 min
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      1) hors contexte cela n’a pas beaucoup de sens.
      2) qui décide de ce qui ne regarde pas pas les gens ? A part eux-même ?
      3) pas que sur internet…

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